“La diaspora a tous les atouts pour contribuer à sortir Tambacounda de sa situation actuelle”

Propos recueillis par Boubacar Dembo Tamba / tambacounda.info /

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Au fil de ses pérégrinations dans la diaspora tambacoundoise, tambacounda.info ambitionne de présenter à travers des interviews le profil de jeunes cadres dont le cœur et l’esprit restent fortement attachés à leur région natale. C’est au tour de Ousmane DIA, artiste plasticien, professeur d’arts visuels et gestionnaire culturel.

Parmi les réalisations que l’on doit aux initiatives prises par le Collectif Artistes Plasticiens, qu’Ousmane Dia a fondé 2000 à Genève et qu’il préside depuis, on compte le monument du rond-point de la police, les décorations de la salle de conférence de la Gouvernance de Tamba, celles du cercle mess des officiers, les installations (disparues depuis) sur le mur et dans le jardin la mairie, des fresques au centre culturel, près de la gare, au collège Moriba Diakité, etc… Mais encore 400 poubelles de rue offertes à la mairie de Tamba en décembre 2004, des ordinateurs, des dictionnaires, une salle d’activité créatrice moderne de 200m2 offerte au collège Moriba Diakité en cours de construction, des livres et du matériel artistique offert au centre culturel régional de Tamba, et aussi les échanges artistiques TGD à l’occasion desquels des jeunes de Tamba ont exposé en Europe. Ousmane Dia est en outre l’initiateur de tambacounda.info et de la première Rencontre internationale des Tambacoundois de la diaspora au palais des Nations Unies à Genève…Bref, un homme qui n’hésite pas à mettre tout en oeuvre pour le développement de la région de Tambacounda.


Quels sont les souvenirs les plus forts que vous gardez de votre enfance et de votre jeunesse à Tamba et que vous souhaitez partager avec les lecteurs ?

Toute ma jeunesse fut intense à Tamba. A chaque âge, des expériences fortes. Quand j’avais 12 ans, j’aimais particulièrement la période de l’hivernage, quand avec un groupe d’amis on allait tous les jours en brousse sous prétexte de chercher du bois mort pour nos mamans. Nous en profitions pour aller nous baigner dans des marigots comme « dala’nding », « dalaba », « congo » ou encore « océan » qui se trouvaient vers l’aéroport. Pour manger on creusait des « fion » ou on ramassait des « dimbe ». Que de beaux souvenirs !

Comment a germé en vous la passion de la culture et de l’art ?
Comme tout enfant, j’aimais bien dessiner. J’avais rencontré une touriste à l’hôtel Asta Kébé en 1982, j’étais élève en CE2 à l’école St-Joseph. Elle est venue chez moi rencontrer mes parents, manger avec nous à midi. Quand elle me demanda ce que je souhaitais qu’elle m’envoie comme cadeau depuis la France, sans hésiter je lui ai répondu des crayons de couleurs. Riant, elle me dit que bien sûr j’aurai des crayons de couleurs, mais elle me demanda ce que je voulais d’autre et je répondis à nouveau des crayons de couleurs. Un mois après, je recevais par la poste une grande boîte de 36 crayons de couleurs que j’ai rangée jalousement dans l’armoire de ma mère. Et j’ai beaucoup dessiné à cette période.

Mais le véritable déclic vint de Jacob Yacouba, artiste plasticien Tambacoundois résidant à St-Louis. J’avais repris un de ses tableaux, « Femme voilée », et en 1991 il était venu à Tamba pour quelques jours. Lorsque j’ai su qu’il était là, je suis vite parti à sa rencontre au quartier Dépôt. Je lui ai montré le tableau et il dit en rigolant : « ma relève est assurée, c’est magnifique, tu es doué jeune homme». Puis il me conseilla d’aller passer le concours des Beaux Arts. J’étais en seconde D au Lycée Mame Cheikh Mbaye et je voulais vraiment faire des études en médecine après le bac. Il rétorqua avec sa grosse voix « fiston, écoute bien ce que je vais te dire, tu es fait pour les arts. Tu es doué, je te conseille d’aller faire le concours des Beaux Arts à Dakar et tu verras, tu ne le regretteras jamais. Je n’ai pas l’habitude d’insister de la sorte, surtout sur des questions d’avenir, mais tu as le conseil d’un oncle». En échange du tableau que je lui avait offert, il m’a donné une somme d’argent importante pour moi. Deux ans après, en 1993, j’étais admis d’office aux Beaux-Arts de Dakar.

monument

Peu de Tambacoundois ont effectué un cursus académique en arts plastiques, quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées pour partir étudier à l’Ecole Nationale des Arts de Dakar et mener à bien vos études au Sénégal puis en Suisse ?
Depuis la création de l’école des arts de Dakar vers les années 1960, j’étais le quatrième Tambacoundois à y faire des études. Mon cursus aux Beaux-arts de Dakar s’est passé dans des conditions extrêmement difficiles. Le premier problème s’étant posé au niveau du logement et de la nourriture et le deuxième au niveau du matériel artistique qui coûte cher. Comme j’y croyais, je dormais à l’école dans mon petit atelier de deux mètres carrés et me débrouillais pour manger à l’université ou chez des amis. Lorsque j’étais en quatrième année, j’ai commencé à sentir l’air de la réussite. Un jour, le Réseau International de Cadres Africains et Européens (ICARE) devait exposer un jeune artiste dans trois villes françaises (Paris, Tours, Lille) dans le cadre d’un programme. Ils sont venus à l’école visiter tous les ateliers des étudiants qui étaient au département des arts plastiques. A la fin de la visite, ils ont porté leur choix sur mon travail. Il m’ont acheté une œuvre, donné de l’argent pour faire mon passeport et les frais de visa, etc.. Malheureusement, le projet tomba à l’eau pour des raisons dont je vais vous épargner le détail.

A la fin de mes études, j’ai postulé dans des écoles en Europe pour un diplôme post-grade en arts plastiques. Comme les réponses tardaient à venir, j’ai décidé de m’installer à Dakar pour me battre afin de me faire une place dans le milieu de l’art. J’avais déjà des contrats de décoration avec des boîtes qui me permettaient de gagner ma vie, quand le 1er novembre 1997 survint le décès de mon père. Je décidais de tout laisser à Dakar et de revenir à Tamba aux côté de mère, de mes frères et sœurs. Le 23 novembre 1997, ma mère décéda aussi. Je décidais alors de m’installer définitivement à Tamba pour réorganiser la famille et prendre les choses en main. Un mois après, je recevais trois lettres de trois écoles d’art d’Europe qui m’acceptaient pour faire un diplôme post-grade. Mon choix s’est porté sur la Suisse. Après des d’échanges de courriers avec cette école suisse, j’ai finalement pu faire le voyage qui m’a permis de continuer mes études et de m’y installer.

Que conseilleriez-vous aux jeunes Tambacoundois qui s’intéressent à une carrière dans les arts plastiques ou dans d’autres domaines de la culture ?

Le véritable problème reste un problème d’accès à l’information et à une politique d’encouragement pour faire des études d’art. Les projets d’échanges artistiques entre la Suisse et le Sénégal que j’ai mis en place depuis 2001 avec l’association Collectif Artistes Plasticiens ont permis à beaucoup de jeunes TambacoundoisEs de prendre conscience de la richesse culturelle de notre cher Tamba et de découvrir leurs talents artistiques. Depuis 2001, quatre jeunes Tambacoundois ont étés admis aux beaux arts de Dakar grâce à la sensibilisation et à l’aide que je leur ai apportées. Je suis persuadé qu’aujourd’hui le développement de la région de Tambacounda passera forcément par la culture. J’ai toujours été actif dans le milieu culturel tambacoundois (théâtre, ballets, musique, arts plastiques..). Il y a tellement de choses à faire dans le domaine de la préservation, de la formation et de la diffusion de cette richesse unique. Tamba reste encore aujourd’hui le grenier culturel du Sénégal. Malheureusement, il n’y a pas une volonté politique saine de développer et de sauvegarder le patrimoine culturel tambacoundois. C’est là que les acteurs culturels tambacoundois ont un défi à relever pour sortir Tamba de sa situation actuelle.

Vous avez plusieurs cordes à votre arc et n’êtes pas seulement un artiste plasticien, mais aussi un enseignant en arts visuels et un gestionnaire culturel. Comment conciliez-vous toutes ces activités et quels sont vos objectifs et ambitions dans ces trois domaines ?
Je me suis toujours battu dans ma vie que ce soit au Sénégal ou en Suisse. Je suis le premier Africain noir à enseigner les arts-visuels au cycle d’orientation de l’enseignement public genevois. Cela est non seulement une fierté, mais aussi une façon de montrer aux autres Africains de Genève qu’une porte est ouverte par un compatriote. Je continue à me battre, car c’est un privilège d’être un fonctionnaire genevois.

Je poursuis aussi mon travail artistique et j’ai à mon actif des expositions dans plusieurs pays surtout européens. Je me prépare actuellement pour une grande exposition de mes sculptures au Sénégal.

A travers mes nombreuses expériences dans le montage de projets culturels, je me suis rendu compte que j’avais encore des lacunes pour les mener de façon professionnelle. C’est pour combler ces lacunes que j’ai entrepris une formation de deux ans en gestion culturelle organisée par les Universités de Genève et de Lausanne pour laquelle les candidats sont sélectionnés sur dossier. Cette formation unique en Suisse romande est destinée aux professionnels de la culture pour, notamment, approfondir leurs connaissances des politiques culturelles suisses et européennes, élargir la compréhension de l’environnement culturel des réseaux locaux et internationaux, définir son rôle et positionnement en tant que gestionnaire culturel, construire une vision à long terme et une argumentation claire autour d’un projet culturel, mettre en place des stratégies innovantes, etc.. J’ai obtenu le diplôme de gestionnaire culturel en septembre 2006 et j’ai eu l’honneur et le plaisir d’avoir comme expert pour l’évaluation de mon mémoire Monsieur Amadou Tidiane Wone, ancien ministre de la culture du Sénégal. Cela a été vraiment une chance pour moi de pouvoir bénéficier de cette formation.
J’ai fait mon mémoire de diplôme en gestion culturelle sur la création d’un « Périmètre d’arts plastiques et appliqués » à Tambacounda. Ce périmètre devrait pallier au manque d’infrastructures de formation pour les artistes et artisans et servira aussi de lieu de rencontre, de résidence et de diffusion du travail des artistes.

Quel regard portez-vous sur la situation de l’art, de la culture et des artistes dans la région de Tambacounda et que peuvent-ils apporter aux habitants de la région?
Comme je l’ai déjà dit, la situation de l’art et de la culture à Tamba est chaotique. Il n’y a aucune politique d’encouragement tant au niveau local que national, aucune structure de formation pour les acteurs culturels. Les artistes sont pleins de bonne volonté et de créativité, mais ils finissent par se décourager ou émigrer vers Dakar.  Les deux seuls lieux culturels qui existent sont le CDEPS et le Centre culturel régional. Ces structures ont des moyens financiers dérisoires qui ne leur permettent pas de mener à bien de véritables projets culturels pour la jeunesse tambacoundoise, malgré la bonne volonté du directeur du CEDEPS et de la Directrice du centre culturel.

En tant qu’initiateur des projets d’échange artistique TGD quel est votre bilan à ce jour et quelles sont les perspectives de votre association, le Collectif Artistes Plasticiens, pour les années à venir ?
Le bilan est plus que positif, mais les objectifs que je me suis fixés pour Tamba sont encore loin d’être atteints. A ce jour, le CAP a renforcé le patrimoine artistique tambacoundois par des réalisations concrètes le monument du rond-point de la police, les décorations de la salle de conférence de la Gouvernance de Tamba, celles du cercle mess des officiers, les installations (disparues depuis) sur le mur et dans le jardin la mairie, des fresques au centre culturel, près de la gare, au collège Moriba Diakité, etc… Mais encore 400 poubelles de rue offertes à la mairie de Tamba en décembre 2004, des ordinateurs, des dictionnaires, une salle d’activité créatrice moderne de 200m2 offerte au collège Moriba Diakité en cours de construction, des livres et du matériel artistique offert au centre culturel régional de Tamba. Nous avons réussi à faire venir à Tamba l’Ambassadeur de Suisse à Dakar en 2004 pour remettre officiellement les 400 poubelles aux autorités municipales. Malheureusement, il n’y a pas eu de suite favorable quant à l’utilisation des poubelles, car la mairie les a très mal gérées.

A ce jour, nous avons fait venir plus de 100 artistes et étudiants de 18 pays du monde entier à Tambacounda. Et dans le cadre des échanges, 9 artistes Tambacoundois ont participé à des projets en Suisse et 4 jeunes ont étés acceptés à l’école des beaux-arts de Dakar.

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Actuellement, nous sommes en train de construire une salle moderne d’activités créatrices au collège Moriba Diakité. En effet, je me suis rendu compte en 2003, qu’il y avait pas de professeur de dessin au collège Moriba Diakité. Après entretien avec le Directeur, M. Keita, j’ai décidé d’entrer en contact avec le Ministère de l’éducation nationale. La responsable du personnel m’a fait savoir que le problème est dû au manque de salle pouvant accueillir cette activité. Je me suis engagé auprès du ministère à construire une salle et en 2004, il avait affecté un jeune professeur de dessin à Moriba Diakité. En août 2006, j’ai rencontré le Ministre de l’éducation nationale, M. Sourang, qui a été informé des vraies conditions de travail de nos frère et sœurs à Moriba et de l’initiative que j’avais prise avec le CAP pour la construction de cette salle. Il nous a fait l’honneur d’aller avec toute sa délégation visiter le chantier à Moriba. A ce jour, les ouvriers sont en train de couler la dalle du plafond, car nous voulions une salle dallée qui non seulement va contribuer à la réduction de la chaleur mais aussi nous permettra dans l’avenir de construire une autre salle par dessus. Je lance un appel à toutes les bonnes volonté pour récolter du matériel neuf et moderne pour équiper cette salle que je veux unique au Sénégal.

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Parlez nous du fond ODIA pour l’excellence ?
L’idée de créer ce fond m’est venue après avoir assisté à la Fête de l’excellence au mois d’août dernier à Tamba, cérémonie organisée par l’IDEN de Tamba. La majorité des jeunes primés viennent d’endroits complètement enclavés et leurs parents n’ont pas les moyens financiers pour accompagner ces élèves. Le fonds a été créé cette année et je sponsorise deux élèves une fille et un garçon qui avaient une moyenne de 17 en classe de sixième. Il y a déjà une structure que j’ai mise en place à Tamba qui gère ce fond. Il s’agit d’un jeune instituteur, Directeur de l’école primaire de Payar, M. Yaya Cissokho et de Madame Aminata Djigo, coordinatrice de l’USAID dans la région de Tambacounda. J’ai déjà trouvé des donneurs qui ont accepté de m’accompagner dans cette initiative. Je lance un appel à toutes les bonnes volontés, soucieux de l’éducation de nos frères et sœurs, pour sponsoriser un élève pour cent mille francs par année.

Vous avez créé en août 2006 le premier site régional d’information au Sénégal. Quelle a été votre motivation pour la création de Tambacounda.info?
Je suis parti du constat que Tamba manquait de visibilité au Sénégal et à l’étranger et que les Tambacoundois expatriés avaient très peu d’info sur leur région. La majeure partie des organes de presse sénégalais ne diffuse que des faits divers sur cette région. Tambacounda.info a été créé pour pallier à ce manque d’info et surtout pour permettre aux Tambacoundois de la diaspora de se retrouver afin d’échanger des idées constructives pour le développement de la région. Les journalistes qui alimentent et gèrent le site le font de façon professionnelle et avec amour. J’en profite pour leur réitérer ma confiance et mes remerciements. En juillet et août 2007, j’ai fait venir à Tamba des étudiants d’une école de journalisme de Paris pour échanger leurs expériences avec leurs pairs Tambacoundois. Je pense que nous continuerons cette expérience avec d’autres étudiants ou des journalistes professionnels.

Pourquoi avoir initié la « Première Rencontre Internationale des Tambacoundois de la Diaspora » dans un lieu privilégié comme le Palais des Nations Unies à Genève ?
Je pense que la Diaspora Tambacoundoise a une grande part de responsabilités quant à la situation de Tambacounda. Tambacounda est la région qui a le plus d’expatriés du Sénégal. Ils ont des moyens financiers et intellectuels pour contribuer à sortir Tamba de son état actuel. Ce que je suis en train de faire sur le plan culturel, d’autres le font dans d’autres domaines. Je pense qu’il est temps d’unir nos forces, de se constituer en réseau de veille et d’expertise et d’inciter nos politiciens à respecter leurs engagements vis-à-vis de la population. Nous avons un poids électoral sans commune mesure, il est donc temps d’agir. Il n’y pas de raison qu’en 2007 Tambacounda soit encore considéré comme un gros village et une vache à traire.

Vous savez, la majeure partie des expatriés sont dégoûtés par nos politiciens et se limitent à envoyer de l’argent à chaque fin du mois à leur famille sans se préoccuper du comment ou du pourquoi. La chance que j’ai eu est d’avoir beaucoup voyagé à travers le monde (Europe, Asie, Usa). J’ai rencontré des Tambacoundois partout, en Chine, en Corée, à New York, au Japon et dans plusieurs pays d’Europe. La chanson est la même et ce qui me fais le plus peur, à part pour ceux de Bakel que j’avais rencontré à Paris et à Lyon, c’est que la majorité va investir à Dakar. Ce qui fait qu’aujourd’hui, l’économie de la région est entre les mains de gens qui n’habitent pas à Tamba. Un exemple simple, à la veille et après les grandes fêtes sénégalaise, le système est paralysé à Tamba, car les commerçants rentrent dans leur région. Pas de véhicules à la gare routière, les marchés sont vides, les grandes boutiques fermées, etc…
Il est temps de prendre conscience de tout cela et d’agir par des actes concrets.

Tambacounda est à la hauteur des Nations Unies au même titre que toute région du monde. Je cherche toujours à amener le nom de cette région là où les gens ont honte d’en parler. Je sais que des jeunes étudiants à Dakar ne veulent même pas qu’on sache qu’ils viennent de Tambacounda. Ce complexe doit disparaître. Nous devons être tous fiers d’être Tambacoundois, Sénégalais et Africains. Tambacounda mérite bien des premières dans l’histoire de la République du Sénégal. Vous savez, le président Wade m’a reçu trois fois à Genève, et je suis fier quand il m’appelle l’avocat de Tambacounda. A chaque occasion, je ne lui parle que des problèmes de Tambacounda.

Le premier semestre 2007 a été marqué au Sénégal par la présidentielle puis par les législatives. Que pensez-vous du bilan des urnes et de ce que Tamba peut espérer comme évolution dans les cinq prochaines années, Tamba qui est depuis longtemps la région « oubliée » ?
Je respecte beaucoup le choix des Sénégalais d’avoir voulu reconduire le président Wade à la tête du pays. Tout ce que je peux dire aux Tambacoundois, le développement de cette région ne passera jamais par Wade et son gouvernement. Le développement de cette région reste le dernier de leur souci. Ils ne pensent qu’à ce qu’ils peuvent y prendre, jamais à ce qu’il doivent y faire. Nous attendons toujours de voir le démarrage effectif des travaux de reconstruction de la route Tamba-Kaolack qui est notre souci majeur. Ils ont mené leur campagne avec des promesses de Macky Sall lors des législatives, en promettant de démarrer les travaux, en nous montrant des machines et après les législatives les machines ont été envoyées à Touba. Mais sur le long terme, je reste très optimiste, c’est la raison pour laquelle je n’hésite pas un moment à investir à Tamba dès que l’opportunité se présente.

Comment voyez-vous le paysage politique à Tamba dans cinq ans et en tant que Tambacoundois menant des initiatives pour la région, avez-vous des ambitions politiques ?
Je reste optimiste sur toute la ligne, car le vent de changement commence à souffler et la population en a assez des manipulations, des fausses promesses, de la pauvreté extrême. Pour le moment, je n’ai aucune ambition politique, car ma vie est actuellement en Suisse où j’ai des responsabilités et des engagements. Par ailleurs, mon rêve est de voir des jeunes honnêtes, motivés, à l’aise financièrement à la tête de la mairie et du conseil régional. Nous pourrons les épauler, les soutenir, leur trouver des partenaires sur le plan international. Je me rends compte que je peux apporter plus à Tambacounda en étant en Suisse et c’est le cas pour beaucoup de compatriotes expatriés.

Pensez-vous qu’il soit possible de développer la région de Tambacounda?
C’est clair qu’il est possible de développer la région de Tambacounda. A court terme, il faut des hommes politiques à la hauteur et mettre concrètement en application un véritable plan d’action dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage, de la gestion des ressources, de la culture, de l’éducation, de la santé et de l’environnement.

Il faut investir à Tambacounda. Aujourd’hui, Tamba mérite une université, la deuxième école des arts qui pourrait être une école sous–régionale, le conservatoire national doit être décentralisé à Tambacounda, on doit y créer un théâtre africain et une grande bibliothèque sous-régionale, une école de formation hôtelière et touristique, un aéroport moderne (qui demanderait juste un peu de travaux, car l’aéroport de Tamba dispose déjà de la deuxième piste du Sénégal) qui permettrait aux Tambacoundois de décoller des aéroport africains, européens, américains et d’atterrir à Tamba ou, par exemple, de décoller de Tamba pour aller à la Mecque sans faire toute la route Tamba-Dakar et transiter par Dakar avec toutes les complications que cela entraîne. Il faut par exemple renforcer les capacités des producteurs de coton en leur proposant des prix corrects, valoriser le fonio à la place du riz thaïlandais qui n’a aucune vitamine, aider les éleveurs à faire évoluer leurs pratiques, encourager la fabrication du pain à base de mil et non de farine de blé blanche qui est importé et n’a pas de valeur nutritive, mettre en place un dispositif pour que les producteurs de bananes puissent exporter leurs récoltes sur le plan national et sous-régional, renforcer les moyens des forces de l’ordre tambacoundoises par exemple avec un deuxième poste de police moderne, etc….

Vous venez régulièrement à Tamba, qu’est-ce qui vous tient le plus à cœur pour l’avenir de Tamba à moyen et long terme ?
Depuis 2000, je vais régulièrement à Tambacounda, au minimum deux fois par an. J’en ai besoin pour me ressourcer, revoir la famille, les amis. En tant qu’artiste, côtoyer régulièrement mes racines est important. Et Tamba est la région la plus pure du Sénégal. La dignité existe encore dans cette région, le lien social est fort, tout le monde connaît tout le monde, les jeunes respectent les adultes, un malheur d’une famille est partagé avec tout le monde de même qu’un bonheur, bref c’est la région la plus africaine du Sénégal. Je peux me permettre d’avancer ces propos car je connaît bien les onze régions du Sénégal, ainsi que beaucoup de villes de la sous-région. Tamba est l’avenir du Sénégal et je reste persuadé que cette région a un rôle important à jouer dans l’avènement des états unis d’Afrique, car c’est par Tambacounda que le Sénégal est rattaché à cinq pays africains et les échanges avec ces pays sont des réalités quotidiennes pour les Tambacoundois.

Musique, sport et repas préféré.
J’adore le reggae, le fitness et le mafé boroboro hummm

 

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