Tambacounda: un collège neuf sans toit depuis 2 ans à Colibantan. Un nouveau scandale ?

 

C’est un collège neuf, construit il y a 2 ans. Un collège neuf qui -lorsque les murs ont commencé à sortir de terre début 2016- a fait rêver et espérer la communauté éducative de Colibantan. Mais le rêve ne s’est pas réalisé. L’espoir a fui. Les travaux ne sont pas allés jusqu‘au bout et faute de têtes crépues assises sur les tables-bancs, ce sont les mauvaises herbes qui ont élu domicile dans ce collège sans toit. Avec pour la population de Colibantan, beaucoup de questions et aucune réponse. Et pour l’équipe éducative et les élèves, l’histoire qui se répète : des salles de classes provisoires à reconstruire chaque année et qui offrent des conditions de travail indignes d’un collège d’Etat.

Heureusement, la jeunesse ne s’est pas démobilisée. Ce serait mal connaitre la population de Colibantan qui n’abandonne jamais. Et qui sait ce que le « droit à l’Education » signifie, elle qui compte aujourd’hui plus de 60 étudiants, dont plusieurs doctorants.  Et qui n’hésite-pas à se mobiliser, comme elle l’a fait début octobre- pour faire déguerpir un Directeur qu’elle jugeait indigne de continuer à diriger son école primaire.

Des abris provisoires à 30 mètres du collège sans toit

Ce mercredi 04 octobre, ils sont plus de 200 jeunes mais aussi des chefs de famille à reconstruire pour la « Unième fois » le collège provisoire de Colibantan. Des abris provisoires pour abriter 7 classes pédagogiques et près de 250 élèves de la 6éme à la 3éme. Des abris provisoires qui laissent passer la poussière, la chaleur. Des conditions indignes en cette nouvelle rentrée scolaire 2017. Indignes mais surtout incompréhensibles. Car à moins de 30 mètres, le nouveau collège trône sans toit.

Aucune information de l’académie

C’est la loi du genre : quand on ne communique pas et qu’aucune information n’est donnée, on laisse la place aux rumeurs et aux hypothèses les plus variées. Les informations, les villageois de Colibantan n’en ont aucune, pas plus que le principal du collège d’ailleurs. Pourtant les questions sont légion. Mais à qui les poser ? Et quand enfin, ils trouvent un interlocuteur – comme le supposé entrepreneur pas de réponse. « Pourquoi le toit du collège n’est pas terminé ? Qui est le donneur d’ordre : l’Etat ? L’académie ? Pourquoi l’académie n’est-elle pas en mesure de donner des informations ? Quand les travaux seront-ils terminés ? Quelle entreprise est chargée des travaux ?»

Un nouveau scandale de détournement de fonds publics ?

Face au silence des autorités et au manque de communication, la population s’interroge et émet ses propres hypothèses, recueillies ci-après. « Le constructeur aurait fait faillite. Il aurait mangé l’argent. C’est un politicien, donc il est intouchable. L’académie est parfaitement au courant, mais ne fait rien car elle aurait reçu des ordres. Le constructeur attend que les populations cotisent pour installer le toit. Comme cela il gardera l’argent pour lui. L’Etat ne suit pas ses travaux ou n’est pas au courant de ce qu’il se passe. « Ils » attendent les prochaines élections pour finir les travaux. »

Des résultats excellents et une équipe soudée autour du principal 

Du côté du principal, réserve oblige, pas de commentaire sur la situation. Mais le découragement est visible. Malgré l’investissement humain et un travail de qualité auprès des élèves avec la jeune équipe enseignante, le coeur n’y est plus. Les 60% de réussite au BFEM en 2015, 98% en 2016, et les 75% en 2017 attestent pourtant d’un parcours de qualité et de résultats largement au-dessus des moyennes nationale et régionale.

Où sont nos édiles et nos politiciens ? 

Face à cette situation, les villageois se demandent où sont leurs responsables et politiciens locaux. « Quand il s’agit de récolter des voix avant les élections, les politiciens ne ménagent pas leurs efforts. Ils sont là à organiser des meetings, promettre monts et merveille, distribuer des billets, arpenter nos villages avec leurs 4X4. Mais quand ils sont élus, ils sont aux abonnés absents ! s’indignent nombre de villageois.  Que fait notre Maire Koureichi Thiam ? Et pourquoi les autres politiciens ne nous apportent-ils pas leur soutien ?

Un appel à l’aide au Ministre des Affaires Etrangères et ex Ministre de la Justice : Sidiki Kaba

Faute de réponse locale et régionale, les villageois en appellent désormais à l’intervention de Monsieur Sidiki Kaba : un homme d’Etat auquel ils font confiance et qu’ils ont d’ailleurs reçu au village en juin dernier. « Nous avons voté majoritairement pour le parti en place », témoignent plusieurs chefs de famille. «Nous avons confiance dans notre gouvernement et nous lui lançons aujourd’hui un appel à l’aide pour que le travail commencé soit fini et que l’avenir de nos enfants puissent s’écrire en lettres majuscules.»

Bruno Briand Sotin / www.tambacounda.info /

  • Nolob

    Bonjour,
    Ce n’est pas nouveau dans la région de Tambacounda. Le seul lycée que l’état ait dédié construire dans la région, est à l’abandon dans le quartier Gourel Diadié, et cela ne choque personne. Est-il normal que depuis les indépendances (57 ans révolu), que le seul lycée existant est le don d’un particulier, le regretté Djily Mbaye.
    Quelle est la place de l’éducation secondaire pour nos enfants? On ne retrouve jamais ce débat dans les préoccupations des Tambacoundois. On a peut-être ce que l’on mérite.
    Ce qui sont venus des autres régions s’installaient à Tambacounda, se considèrent encore comme des venants, plusieurs générations après le premier de la famille. Et les soi-disant autochtones, considèrent les premiers comme des étrangers.
    Il est de l’intérêt de tous, d’unir les forces pour sortir Tambacounda (la région : Bakel, Tambacounda et kédougou) de cet oubli administratif. Cela permettra à nos enfants d’étudier dans de meilleures conditions.
    Les batailles sectaires ne font qu’isoler et appauvrir tout le monde. Chacun perd dans ce manque d’unité et de cohésion. Nous ne sommes pas obligés de nous aimer les uns les autres, il faut juste avoir un objectif commun : le développement de tous.
    A bon entendeur salut