Italie: Fusillade à Macerata: «J’ai décidé de tous les tuer»

 

L’expédition punitive contre des Africains qui a fait six blessés samedi à Macerata, dans le centre de l’Italie, a glacé le pays à un mois jour pour jour des élections législatives. Le tireur a expliqué son geste après avoir appris le meurtre d’une jeune fille de 18 ans et l’arrestation d’un Nigérian soupçonné de cet assassinat.

Cet homme de 28 ans, crâne rasé, tatouage d’inspiration fasciste sur la tempe, a vidé samedi matin deux chargeurs avec un pistolet semi-automatique dans les rues de Macerata, une commune de 43’000 habitants non loin de la côte adriatique. Il a blessé cinq hommes et une femme originaires du Mali, du Ghana et du Nigeria.

«J’ai ouvert le coffre-fort et j’ai pris le pistolet»

«J’étais en train de me rendre en voiture à mon club de gym quand j’ai entendu à la radio l’histoire de la jeune fille de 18 ans. D’instinct, j’ai fait demi-tour, je suis rentré chez moi, j’ai ouvert le coffre-fort et j’ai pris le pistolet. J’ai décidé de tous les tuer», a raconté aux enquêteurs le tireur, cité par le journal Il Corriere della Sera.

Cet agent de sécurité a passé la nuit dans la prison de la région où se trouve également le Nigérian demandeur d’asile et dealer soupçonné d’avoir assassiné cette semaine la jeune femme et d’avoir découpé son corps en morceaux.

Sujet «borderline»

Selon le propriétaire d’un club de gym de Macerata qui avait exclu le tireur en raison de son comportement extrémiste et déséquilibré, ce dernier «était tellement mal qu’il était allé voir un psychiatre». «Le médecin avait jugé qu’il était un sujet ‘borderline’», a-t-il confié au Corriere della Sera.

Un exemplaire de «Mein Kampf», un livre d’histoire sur Benito Mussolini, un magazine sur la jeunesse fasciste ou encore des croix celtiques ont été retrouvés dans une chambre au domicile de sa mère, ont annoncé dimanche les carabiniers.

Montée de la droite

Ce fait divers inquiète l’Italie, à un mois des législatives du 4 mars à l’issue très incertaine, mais marquée par une montée de la droite. «Nous devons être épouvantés», a estimé l’éditorialiste du Corriere della Sera, pour qui ce genre d’incidents peut se reproduire quand le «discours de haine» devient une «forme habituelle de polémique politique».

Le tireur s’était présenté aux municipales l’an dernier sous l’étiquette de la Ligue du Nord, parti d’extrême droite et anti-immigration. Le chef de la Lega, Matteo Salvini, a certes condamné samedi l’attaque de Macerata, tout en dénonçant aussitôt l’«invasion migratoire» source d’«affrontement social».

«Immigration clandestine»

Dimanche, il a à nouveau dénoncé l’«immigration clandestine», affirmant que les Italiens n’étaient pas racistes, mais qu’ils voulaient vivre dans un «pays civil», où on «vit et on travaille tranquillement».

Son allié Silvio Berlusconi a souligné dimanche le «problème de sécurité» que pose selon lui ce qui s’est produit à Macerata. L’immigration en Italie est une «bombe sociale prête à exploser», a-t-il affirmé.

L’éditorialiste de La Repubblica s’interrogeait dimanche sur les conséquences du «venin inoculé» en Italie par certains hommes politiques. Ce quotidien proche de la gauche rappelle ainsi la «défense de la race blanche» récemment prônée par un candidat de la droite à Milan, ou encore les raids perpétrés fin 2017 par des groupuscules d’extrême droite contre des associations d’aide aux migrants.

«Ça aurait pu être moi»

L’Italie a vu débarquer sur ses côtes quelque 630’000 migrants depuis 2014. Et si beaucoup ont depuis passé la frontière vers le nord, la présence de dizaines de milliers de ces migrants pèse dans un pays qui a toujours été plutôt une terre d’émigration que d’immigration.

«J’ai peur, ça aurait pu être moi», a confié dimanche à l’AFP devant l’hôpital de Macerata James Nosakhari, un Nigérian ami de l’une des victimes. «Ce n’est pas facile de vivre en ville après que quelqu’un a tiré sur six personnes de couleur».

Et il n’est pas le seul à s’être réveillé dimanche encore sous le choc. «On n’aurait jamais cru possible une chose pareille, ce genre de choses se produit plutôt dans les grandes métropoles», jugeait ainsi un vendeur de journaux près de la gare de Macerata, l’une des étapes du parcours de haine du tireur.

Sur sa devanture, les Unes des quotidiens italiens portaient toutes sur la fusillade de Macerata. «L’expédition raciste qui empoisonne les élections», titrait ainsi La Repubblica.

(nxp/ats)

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