Sansanding : sur les traces d’une localité mal en point.

 

Sansanding, ce village habité par une communauté peul, a mal. La localité est malade de son inconsidération et de son délaissement par les différents régimes qui se sont succédés à la tête du pays. Il n’existerait que de nom sans ses émigrés. Rien n’y est fait par la puissance publique  et tout y est urgence, aujourd’hui.

 Niché en plein cœur du Boundou,  dans la commune de Toumboura, dans l’arrondissement de Kenieba,  dans le département de Bakel, le village manque de tout ou presque.  Les conditions de vie des populations sont quasi moyennageuses, il n’y a aucune infrastructure sociale de base, les femmes continuent de plus belle à moudre les grains à la main en ce 21e siècle, quand elles doivent accoucher,  c’est sur des charrettes qu’elles sont évacuées sur des chemins tortueux. Le problème de l’eau est le goulot d’étranglement pour les deux milliers d’âmes qui y vivent. Le fleuve, la Falèmé qui le traverse, est la principale source d’approvisionnement. Seulement,  les populations le partagent avec les animaux sauvages. Pis,  depuis quelques temps,  les orpailleurs Burkinabé qui le fréquentent l’ont quasi pollué avec leurs produits chimiques, le rendant presque inutilisable, ont expliqué les populations. Et c’est pourquoi, fulmine le vieux Chérif Cissokho, il y’a beaucoup de maladies liées au problème de l’eau dans le village. Et malheureusement,  il n’y a pas de structure sanitaire adéquate pour prendre en charge les cas.

L’accès,  première difficulté. 

Accéder dans ce village peul vieux de 63 ans,  est un vrai parcours du combattant.  Distant de Goudiry d’à peu près 70km sur une route latéritique réalisée au 3/4 dans le cadre du Pudc,  il faut au minimum deux tours d’horloge pour rallier le patelin. La moins d’une vingtaine de kilomètres restante et  qui le sépare du village maraboutique de Dide Gassama, est infernale. Il faut vraiment ménager sa monture pour faire la distance. Car,  il faudra entrer dans des crevasses et autres ravins,  descendre par moment du véhicule, le pousser, escalader des pentes pour enfin arriver, complètement lessivé  à Sansanding.

21heures sont passées quand nous sommes arrivés dans le village, un soir de vendredi. Les populations  avaient prévu de battre le macadam le lendemain pour dénoncer leurs dures conditions de vie. C’est le calme plat noté dans le patelin, seules quelques personnes et les membres de la famille du chef du village qui nous attendaient,  étaient encore en veille. Un froid glacial du mois de décembre avait obligé les habitants à regagner l’intérieur des chambres. Nous sommes accueillis et installés dans une chambre, en attendant le matin.

Quand 7heures avaient sonné,  le microphone de la mosquée retentissait déjà pour appeler les populations à un rassemblement à la place publique. Sur place,  jeunes, vieux,  hommes et femmes étaient bien présents. Tout le monde tenait à signifier son courroux.  La description des conditions de vie ne tardera pas. Chérif Cissokho,  un ancien émigré de la France, aujourd’hui à la retraite, va porter la parole pour donner le ton.  Ici, pointe-t-il du doigt, le bâtiment qui fait office de poste de santé,  tout ce que vous voyez est réalisé par les émigrés. Sans eux,  Sansanding n’existerait pas. C’est eux qui se cotisent pour faire des réalisations, informe notre interlocuteur. L’état,  de Senghor à Macky, n’y a rien fait,  fulmine le vieillard. Ici,  tomber enceinte est quasi suicidaire pour les femmes. Il n’y a pas de poste de santé digne de nom et l’état des routes est chaotique. Les femmes ne passent aucune visite médicale normale,  faute de personnel qualifié. D’ailleurs,  cette année,  deux d’entre elles ont perdu leurs vies, en voulant en donner,  a dénombré le septuagénaire qui déplore l’état actuel des conditions de vie de ses cohabitants. Diary Diallo aux noms des femmes, dira   déplorer le manque de matériels d’allégement des travaux des femmes.  Pour elle,  c’est un manque de considération et d’égards à leur endroit. “Nous n’avons pas de moulins et continuons à puiser de l’eau au fleuve ou dans quelques rares puits qui existent”, a-t-elle tonné, visiblement épuisée par les durs travaux.  Seulement,  alertent-t-elles,  nous saurons signifier notre colère le moment venu.

Émettre un appel téléphonique,  un acte quasi suicidaire.

Passer un appel à Sansanding requiert beaucoup d’énergie et de muscles. Il faut escalader des pentes ou grimper les arbres pour espérer avoir  un semblant de réseau. Ici,  aucun opérateur n’y est encore arrivé. Seuls quelques téméraires parviennent à passer des appels à leurs grands risques,  s’est désolé,  Amadou Diallo, porte-étendard de la jeunesse. Nous ne sommes pas accompagnés, a pesté le jeune. Il n’y a aucune infrastructure sociale de base,  les jeunes sont laissés à eux-mêmes,  sans emplois. A part l’agriculture,  rien d’autres à faire, a rugit Amadou. Comment dans ces conditions, ne pas tenter l’émigration, clandestine ou légale,  peut importe, a-t-il fulmine. C’est inadmissible, tonne la jeunesse, débordante de rage.

“Nous voulons être considérés comme des sénégalais”. 

La seule chose qu’exige ces populations,  est d’être considérés comme des sénégalais à part entière. Alassane Maka Diallo, notable du village, a lui déploré cet état de fait. L’état n’a rien fait pour nous.  Le peu que vous voyez,  est l’oeuvre des émigrés. Sans eux, le village aurait été depuis longtemps rayé de la carte du pays. C’est eux qui se cotisent pour faire des réalisations. Même de mini-forages, nous n’en avons pas,  fulmine,  Maka Diallo. Les 2 milliers d’âmes qui y vivent,  boivent l’eau du fleuve avec les babouins et autres animaux sauvages,  se désole-t-il, non sans déplorer la pollution du fleuve par l’utilisation de produits chimiques par les orpailleurs burkinabé. “Nous sommes fatigués”, a-t-il fulmine. Cependant,  poursuit le notable,  du moment que nous ne sommes pas considérés comme des sénégalais,  qu’il nous soit juste permis d’être reversés au Mali voisin. Peut-être qu’avec eux,  il y aura des améliorations,  a pesté,  Alassane Maka Diallo. “Nous sommes vraiment fatigués”, a martelé le notable, appelant de toutes ses forces l’état à revoir leur situation qui n’a que trop duré.

Abdoulaye Fall / www.tambacounda.info /

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