Abdoulaye Wade l'avait dit, il l'a fait. Rien n'a pu empêcher le plus vieux candidat de l'histoire politique du pays de se représenter pour un troisième mandat à la tête du Sénégal. La volonté affichée des dirigeants de l'opposition, la pugnacité de la majorité de la jeunesse sénégalaise et le combat acharné de la société civile au nom du respect de la constitution n'y ont rien fait. La candidature de Wade a été bel et bien avalisé par les 5 juges acquis, dans leur interprétation de la charte fondamentale, à la cause de son bienfaiteur attitré. Rappelons qu'Abdoulaye Wade n'a pas ménagé ses efforts en dotant aux 5 « Sages » des limousines et en relevant exceptionnellement leur traitement salarial. L'issue de la décision ne pouvait pas être autrement. Ceci au grand dame des forces vives du pays qui ont payé le tribut de la forfaiture de la cours constitutionnelle au prix fort de leur sang. Les appels à la retenue des chancelleries occidentales sont restés sourds voire méprisés par Wade et son régime.
Dos au mur, les responsables de l'opposition sont contraints de lâcher du lest. Le vieux politicien les a poussé à choisir entre la radicalisation improductive (boycott) qui lui permettrait de conserver son pouvoir sans coup férir ou à accepter de participer au scrutin présidentiel avec lui qui se trouve être leur ennemi juré dont ils n'avaient pas envisagé de croiser le fer.
Wade a réussi son pari : il est bel et bien là et prêt à en découdre avec ses détracteurs. La campagne est partie pour être une tribune d'invectives, de calomnie et de démagogie où les idées et projets de société risquent de passer inaperçu.
Le Sénégal est à la croisée des chemins mais notre avenir collectif est pris en otage par des politiciens dont la plupart ne se soucient que de leur pain. De part et d'autres des griefs existent. Du côté du président sortant, l'âge extrêmement avancé de Wade (86 ans) ne milite pas en sa faveur. Les occidentaux, qui sont au parfum de ses bulletins de santé, ont compris qu'il est incapable de réaliser un troisième mandat et ont plaidé purement et simplement pour son éviction au profit de candidats plus jeunes (dixit Alain Juppé). Quant à l'opposition traditionnel et aux « fils bannis » qui n'ont pas su dépasser leur ego pour mettre leur ambition au service du Sénégal, ils vont en rang dispersé affronter leur ennemi commun. Les causes sont dues à des égoïsmes surdimensionnés. D'une part, Ousmane Tanor Dieng et le PS ont refusé de se soumettre au verdict du jeu démocratique qui était en faveur de Moustapha Niasse. D'autre part, la jonction tant attendu des anciens bras droit d'Abdoulaye Wade en l’occurrence Idrissa Seck, Macky Sall voire Cheikh Tidiane Gadio n'aura pas lieu au grand bonheur du pape du Sopi. Les chances de réélection de Wade repose sur ces divisions stériles. Même si une bonne part de l'opposition a décidé de faire front commun pour lui barrer la route, il n'en demeure pas moins que chacun d'entre eux ne cherche qu'à tirer la couverture de son côté tout en espérant être le challenger éventuel de Wade au second tour afin de bénéficier du report des voix des différentes chapelles anti-wadistes.
Au démarrage de cette campagne, les principaux candidats susceptibles de se retrouver avec Wade au second tour sont dans l'ordre : Moustapha Niasse, Idrissa Seck, Macky Sall, Ousmane Tanor Dieng. Les autres candidatures qui servent de faire valoir risqueront de subir davantage les conséquences de la tendance au « Vote Utile » (VU) qui s'empare petit à petit de l'électorat sénégalais. La campagne permettrait-elle aux outsiders de renverser la tendance? Celle de Wade ressemblerait fort bien à la CAN des Lions et celle de Moustapha Niasse et compagnie conjureront enfin le mauvais sort à l'image des Eléphants de Côte-d'Ivoire qui s'apprête à s'offrir un nouveau sacre continental couronnant les vertus de patience, d'abnégation et d'engagement, vertus qui sont aussi essentiels dans le landernau politique. La victoire se mérite et nécessite la mise du talent individuel au service du bien-être collectif.
Chronique animée par Dr Thierno Idrissa Mbow / Socio-économiste / Pour Tambacounda.info /
Partager
| < Précédent | Suivant > |
|---|











REDIFFUSION: Revue de la presse du 18 mars 2012. ECOUTEZ
[ VIDEO ] Message à la Nation du President de la republique Macky Sall 
Clear 40 oC
