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| Effets néfastes du cyanure: Des sociétés minières du Mali au banc des accusés |
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| 13-08-2008 | ||||||
Source WalFadjri /![]() Au Mali, d'anciens salariés et une association locale ont entamé des poursuites judiciaires contre de grandes compagnies minières, accusées de mener des activités dangereuses pour l'environnement et la santé. En cause aussi, la redistribution des revenus de l'or à la population. Les sociétés réfutent en bloc et parlent d'acharnement. Au sud-ouest du Mali, dans la région de Kayes, la quête de l’or est présente dans bien des esprits. Au milieu de forêts, des villageois s’attellent à l’orpaillage, près de flaques d’eau jaunâtres. Loin de ces chantiers archaïques, des véhicules modernes empruntent les routes sinueuses en latérite qui conduisent à la mine de Loulo. Le village dont la mine a pris le nom, vit à son propre rythme, mais compte désormais aussi sur sa voisine, ouverte depuis 2005 et située à environ 3 km. ‘Je ne sais pas si la mine empoisonne. Je n'ai jamais entendu quelqu'un dire qu'un homme ou un animal était mort à cause du cyanure utilisé là-bas’, explique sèchement Sambaly Kéïta, dont le fils, comme beaucoup d’autres jeunes du village, est ouvrier à la mine. ‘Il n'y a eu aucun cas d'infection liée au cyanure parmi les patients que nous avons reçus’, confirme le Dr Haladou Manirou, responsable de la clinique construite par la multinationale Randgold Resources qui exploite cet endroit. Des déclarations qui tranchent avec celles d'anciens salariés et de différentes associations. Trois cent onze travailleurs de la mine d’or de Morila (région de Sikasso, au sud du Mali), licenciés par la Somadex (Société malienne d'exploitation, filiale du groupe français Bouygues) à la suite d’un conflit social en 2005, ont intenté une action en justice contre leur ancien employeur. Ils se plaignent, entre autres, des conséquences de leur ancienne activité sur leur santé, dénoncent les effets néfastes du cyanure sur l'environnement et critiquent la redistribution des revenus de l'or au Mali. Fin juillet, le procès a été renvoyé au 29 septembre prochain. Une plainte a par ailleurs été déposée en mai dernier contre les grandes sociétés minières du pays par Action pour l’environnement et la santé (Apes), une association locale, qui réclame 150 milliards de francs Cfa (près de 230 millions d'€) en guise de réparations pour les présumés dégâts causés par lesdites sociétés. Dégâts décrits notamment par Guamina (Soutien du foyer, en bambara), qui a mené en 2007 une étude sur l’impact de l’activité minière de la mine d’or de Sadiola (région de Kayes). ‘L’usage du cyanure contamine la nappe phréatique et compromet la fertilité des sols pour au moins sept générations’, assure Souleymane Dembélé, membre de cette Ong locale. ‘Les sociétés minières sont prêtes à répondre à ces accusations mensongères. Nous travaillons depuis des décennies sous le contrôle de l’Etat, qui a des compétences avérées en matière d’expertise dans le domaine de l'environnement. Nous n'allons pas les laisser nous extorquer de l'argent’, réplique le directeur général de Randgold Resources Mali, Mamadou Samaké. La procédure suit, là aussi, son cours. En attendant, les agents de l’Etat chargés de la protection de l’environnement se déplacent chaque trimestre sur les sites pour contrôler la qualité des eaux. ‘Jusqu'à présent, nous n'avons pas découvert d'anomalies : les eaux sont conformes aux normes de l'Oms’, affirme Mme Sacko Aïssatou Koïta, technicienne en chimie au Laboratoire national de la qualité des eaux. Sur les retombées de l'or, les esprits s'échauffent vite, car l'enjeu est de taille pour le pays. ‘Depuis 1990 (date de la libéralisation du secteur, Ndlr), l'extraction d'or est devenue la deuxième source de revenus d'exportation après le coton. Cette rapide croissance a suscité de nombreux espoirs de développement, espoirs encore renforcés par le boom du cours de l'or sur les marchés mondiaux depuis quelques années’, notait, en 2007, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (Fidh). Dans le rapport de sa mission internationale d'enquête, intitulé ‘Mali : l'exploitation minière et les droits humains. Troisième producteur d'or d'Afrique, le Mali ne récolte que des poussières’, la Fidh critiquait en particulier ‘la position schizophrène’ de l'Etat : ‘L'Etat-percepteur a intérêt à maximiser les recettes fiscales, donc les taxes imposées aux entreprises ; l'Etat actionnaire a intérêt à maximiser ses profits après impôts, donc à voir minorer la fiscalité.’ Outre l'absence de retombées positives pour la population, la Fédération pointait les conséquences négatives de l'activité minière, exemples à l'appui : ‘Une enquête sanitaire a été entreprise par la Direction nationale de l'hygiène et de la santé sur la situation environnementale et sanitaire dans les communautés affectées par la mine de Sadiola (…). La première étape a été réalisée au début 2005 et a révélé un nombre élevé de maladies pulmonaires et de fausses couches dans les villages autour de la mine.’ Les sociétés minières parlent d'‘acharnement’. ‘Cela a commencé par la publication de ce rapport’, soutient Ibrahim Kantao, un responsable du Conseil national des opérateurs miniers (nationaux et internationaux, Ndlr) du Mali. Le débat ne fait sans doute que commencer. Par Soumaïla T. DIARRA ![]()
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