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| Forte chaleur à Tambacounda : quand les habitudes changent |
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| 20-04-2007 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Avril bat son plein à Tambacounda et une forte canicule accable la région (plus de 45° à l'ombre). Du coup, les habitudes vestimentaires, culinaires et même les comportements changent. Tout ce qui peut soulager de la chaleur est bienvenu. Vestes, jaquettes ou autres costumes et pull-overs sont rangés tandis que les survêtements, shorts, bodys, jupes, pagnes et mini jupes s’arrachent comme de petits pains ou plutôt comme de l’eau fraîche, des glaces, des boissons qui s’invitent à table avant une bonne tranche de farniente sous un air chaud brassé par le ventilateur.
Reportage réalisé par Assane Diallo ![]() F. N. est une jeune fille de 23 ans. Le teint d’une gazelle, les yeux d’une biche, la démarche nonchalante, elle se plaisait à s’habiller en manches longues pour cacher ses formes. Ses fringues favorites sont les pantalons, les hauts talons. Mais F. N. a finalement changé de look depuis l’arrivée de la chaleur au début du mois de mars. Croisée sur l’avenue Léopold Sédar Senghor, elle était habillée en mini jupe, body et lunettes noires. Accompagnée de quelques copines de son âge, elle était d’ailleurs venue se ravitailler en tenues transparentes pour coller à la mode en vigueur par ces chaleurs. Paco, un jeune rappeur élève dans un collège de la place lui aussi très porté sur la mode, a troqué ses « jungles » et autres manches longues qu’il affectionne contre des survêtements et « bodys ». Nous l’avons aussi croisé sur l’avenue Kandioura Noba, près de l’ex cinéma Dépôt, dans une boutique de la place pour se procurer des tenues bon marché appropriées à la chaleur, « mais griffés » insiste t-il, pour renouveler sa garde robe. Survêtements, body, mini jupes, shorts à la mode ![]() Tout comme F. N. et Paco, beaucoup de personnes ont changé leurs habitudes vestimentaires, forte canicule oblige. La mode est plutôt maintenant côté féminin aux minis jupes, body, shorts et autres survêtements et côté masculin, ce sont les tenues relax qui sont de mise. Tout dépend des goûts et de la bourse. Du coup, les marchands ambulants, les vendeurs de friperies et autres gérants de boutiques spécialisées dans la vente d’habits et d’accessoires, comme les casquettes, lunettes de soleil, voient leur chiffre d’affaires grimper. Dans le grand marché central c’est la ruée le matin. Chez les vendeurs de fripes un tohu-bohu indescriptible est causé chaque matin par les jeunes filles et les femmes qui se bousculent devant les fourgonnettes venues débarquer à même le sol des ballots de couvertures, de tee-shirts, bodys, etc., assaillis par des clients qui se disputent les marchandises à des prix défiant toute concurrence. Les stocks pour faire face à la fraîcheur ont été rangés, place aux habits légers et transparents. Selon Malick Diop, gérant d’une boutique spécialisée dans l’habillement à la rue Ainina Fall, les habits légers tels que les bodys, les minis jupes se vendent bien. L’autre constat du commerçant est que les couleurs claires, surtout le blanc, sont les plus en vogue en cette période de chaleur. « Cela est dû au fait que les habits blancs n’attirent pas la chaleur comme les habits noirs » explique-t-il. Strings et petits pagnes se vendent bien Un tour sur les grandes artères de la ville de Tambacounda suffit pour constater que ce ne sont pas seulement les habits et autres pantalons qui marchent en cette période de forte canicule. Les vendeurs d’effets vestimentaires tels que strings, slips, petits pagnes se frottent les mains. « J’adore la chaleur ! Pas sur le plan climatique, mais parce qu’étant marchand, je me frotte les mains car c’est en cette période de chaleur que nous faisons de bonnes affaires. Dans une seule journée, nous pouvons espérer des recettes de 10.000 à 80.000 francs CFA, contrairement aux autres périodes où nous arrivons rarement à atteindre ces chiffres » révèle un jeune vendeur venu de Dakar. Il ajoute que son attirance pour la chaleur est également due au fait que c’est à cette période que les strings se vendent le mieux à sa clientèle composée de jeunes élèves ou coiffeuses. « Les hommes préfèrent les filles sexy qui portent des strings ou les femmes qui mettent de petits pagnes appelés « kéyitou keur » (la clé de la maison) et sont très sensibles à la tenue de ces jeunes filles qui mettent des strings. C’est pourquoi pendant cette période, je débarque dans cette ville avec beaucoup de strings en provenance de ma ville, Dakar ». Poussière, coupures d’électricité et d’eau s’y mêlent Les populations de Tambacounda ne savent plus où donner de la tête et sont les plus éprouvées du pays par la forte canicule qui sévit à l’est. Elles subissent depuis début mars forte chaleur, poussière et coupures d'électricité. Le thermomètre affiche dans la ville presque 45° C à l'ombre. C’est un véritable calvaire que vivent les habitants de Tambacounda. Des vents chauds et secs sont accompagnés de poussière qui envahit le décor, surtout au niveau des principales artères de la ville. Les familles dont les maisons longent ces artères sont celles qui en souffrent le plus. Une poussière rouge s'y soulève à chaque passage de véhicule. La canicule règne de jour comme de nuit. Pour se prémunir de la chaleur, les chambres étant impraticables, les Tambacoundois passent la nuit à la belle étoile, souvent sous des moustiquaires pour fuir les moustiques qui pullulent. Les longues coupures d'électricité paralysent toutes les activités. Certains usagers se plaignent aussi du coût élevé des factures, passé ce bimestre du simple au double. Hélas, les populations de Tambacounda devront prendre encore leur mal en patience. La chaleur ne s'en ira qu'à la tombée des pluies, c'est-à-dire au mois de Juin. Les délestages de la Sénélec ne sont pas pour faciliter les choses. S'y ajoutent les coupures intermittentes d’eau. La règle à Tambacounda, plus précisément dans des quartiers comme Abattoirs, Quinzambougou, est que quand le courant s’en va, l’eau fait de même. Délestages récurrents : les propriétaires de congélateurs et de frigos paient la note Interrogée sur les conséquences que les délestages pourraient avoir sur le fonctionnement de son matériel frigorifique, Bintou, commerçante, ne passe pas par quatre chemins pour regretter un manque à gagner certain. « D'autant que, explique cette dame, nous ne parvenons même pas à vendre 1000 francs de glace. Pire, nos matériels finissent à chaque coupure par céder. Cette situation affecte notre chiffre d'affaires et peut même détruire tous nos matériels. Cela fait plus de deux semaines que je ne parviens pas à atteindre les recettes que je j’obtenais avant». Taximans et charretiers se frottent les mains A quelque chose malheur est bon. Si les vendeurs de glace ne savent plus à quel saint se vouer, les taximans et les cochers se frottent les mains. Et cela semble très bien marcher pour P. Ndiaye, charretier. Il exprime sa satisfaction et celle de ses congénères. En effet, il n’hésite pas, pour une course à travers le centre ville via les quartiers Plateau ou Gourel Diadji, à augmenter le tarif de 50 ou 100 francs. Les arbres au secours des populations Dès les premières heures de la matinée déjà la chaleur se manifeste, mettant mal à l'aise les populations qui sont obligées de squatter l'ombre des arbres. C'est le lieu de prédilection des personnes en quête de fraîcheur. La nuit, le thé et la causerie occupent les habitant Au Quartier Dépôt, l’avenue Kandioura Noba est restée fidèle à sa réputation de point culminant et névralgique de Tambacounda, de jour comme de nuit, à n’importe quelle période ou heure. Il y a plus de monde, donc plus d’animation, en cette période de canicule où la chaleur chasse les personnes des chambres et même des cours des maisons. Par moment, la nuit on se croirait en plein jour, surtout au-delà de minuit. Seuls ou en couple, les gens vont et viennent dans tous les sens pour un « doxantu » en attente que le sol soit rafraîchi. Thé, causeries et musique animent les grandes places. Certains préfèrent les devantures des maisons alors que d’autres préfèrent les fast-food pour combler un creux. Dedans, il fait encore plus chaud à cause des fours, au point qu’un des fast-food a aménagé un espace à l’extérieur pour accueillir les clients tandis qu’à l’intérieur, le plafonnier tourne à plein régime. Par certains côtés, la chaleur n’est pas pour déplaire à ces jeunes, riant, buvant du thé, fumant et dégustant tranquillement leur verre d’eau fraîche. A quelques mètres, au garage du car mouride, des voyageurs dorment à même le sol, sous de légères couvertures, avec pour matelas des cartons dépliés, attendant le départ du bus pour Dakar, le temps d’un somme peut-être peuplé de rêves dorés, de luxe dont ils sont exclus par la chaleur. Un peu plus loin, vers le « stop Abdou Cissokho », c’est le carré des belles de nuit. Elles sont nombreuses. Celles qui osent s’habiller sexy sans protéger leur corps expliquent « dafa tang, déniouy fex lou » (Il fait chaud et nous prenons de l’air). Dans la morosité étouffante du climat et des affaires, seules les boutiques semblent tirer leur épingle du jeu, assaillies qu’elles sont par les clients en quête d’eau fraîche ou de boissons. Lamine Fall tient une grande boutique en face du garage du car mouride, un garçon est préposé au thé à côté du « tangana » de Diop. La perspective des bonnes affaires fait supporter la chaleur à Tambacounda. Dossier réalisé par Assane Diallo
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