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Par Boubacar Dembo Tamba / Tambacounda.info
A la table ronde du forum social de Kédougou ce samedi sur le « Droit à l’alimentation et à la gestion foncière : le cas du projet de Raoul Barosso », quelques éléments de rationalisation sont apparus. Le projet du promoteur espagnol est dénommé « Lanka Investissement Sénégal », une société anonyme, et il doit faire dans le tourisme intégré. Le président du conseil rural de Saraya s’est très clairement prononcé en sa faveur, pendant ce temps, des chefs de village et des responsables ressortissants des zones concernées ainsi que les membres de la diaspora laissent entendre leur désapprobation pour ne pas être mis au parfum des tenants et aboutissants du fameux projet.
Le Président du conseil rural de Saraya, le Président de la commission environnement du conseil rural de Tomboronkoto et l'ancien député Fily Sadiakhou.
Les membres du Forum Social ont réussi le pari de réunir au tour d’une même table chefs de villages, anciens élus nationaux, conseillers ruraux, représentants de jeunes et de femmes et le président du conseil rural de Saraya, l’un des trois présidents concernés par ce fameux et mystérieux projet, pour collecter suffisamment d’informations relatives aux ambitions de Mr Raoul Barosso. Il ya tout de même eu des absences de taille qui n’ont pas manqué de susciter quelques interrogations chez les participants, celles du préfet du département et, curieusement, de chefs de services techniques départementaux concernés, invités à apporter des éclairages sur les dispositions légales en la matière.
Après avoir campé le décor en rappelant fort opportunément les différentes péripéties prises par « la lutte », Mohamed Moustapha Sylla le représentant du Forum Social Sénégalais, initiateur de la rencontre, précisera que ce « conclave n’a pour seul but de couper court à la salve de rumeurs allant dans tous les sens et qui sont de nature à jeter l’opprobre sur d’honnêtes citoyens et qui pourraient dans un futur proche constituer de redoutables obstacles épistémologiques pour un plaidoyer efficace en faveur de l’annulation de l’attribution des 80 000 ha à Raoul Barosso ». Alhassane Cissé en charge du volet « sécurité alimentaire » à Action Aid International, membre du forum social précisera que « le droit à l’alimentation est un droit reconnu par des textes internationaux que le Sénégal a paraphés or, si la terre qui constitue un capital inestimable pour ce faire n’est plus accessible aux producteurs, il ya problème ». L’un des temps forts de cette large table ronde a été indubitablement la sortie au vitriol du reste très attendue du président du conseil rural de Saraya. Mamoudou Kanouté qui s’est vivement félicité de cette tribune a jeté suffisamment de cailloux dans le jardin des rédacteurs des virulents tracts ayant à l’époque inondé le département de Kédougou, et à travers lesquels les présidents des conseils ruraux de Saraya, Bandafassy et de Tomboronkoto ont été traités de « vendus ». Mr Kanouté commencera par dédouaner les pouvoirs publics pour dire que le promoteur a directement négocié avec le conseil rural l’octroi de quelques 17 400 ha. A ce niveau il précisera que le conseil rural n’avait qu’un avis à donner, seul l’Etat avait le pouvoir de procéder à une affectation dans la mesure où la zone concernée est la zone d’intérêt cynégétique. Cet avis favorable, après être imprégné par le promoteur de la substance du projet dont il dira qu’il est inhérent à l’agriculture, à l’élevage, à la pêche, à la transformation de fruits et légumes et au tourisme, a été donné, même s’il est assorti de quelques huit conditions comme l’élaboration en commun d’un cahier des charges, le respect des sites sacrés et du code de l’environnement ou encore les problèmes liés à l’emploi non qualifié. Mamoudou Kanouté s’est voulu formel, « nos populations ne sauraient demeurer au stade de la préhistoire, vivre que de cueillette, alors que la zone concernée chez nous est peu propice à l’agriculture. Nous ne voyons que du bien dans ce projet Lanka, et s’il fallait donner autant de fois un avis favorable, nous le ferons sans hésiter ». Le président du conseil rural de Saraya soutiendra ne pas encore signer quelque convention que ce soit, il lui aurait été mis la puce à l’oreille comme quoi, certaines choses méritent d’être revues et corrigées, à l’image des vingt millions de francs annuels au conseil rural proposé par Mr Barosso. « Il n’y a aucun relent de compromission ou de concussion, je ne suis pas homme à vendre ma dignité », martèlera-t-il. Malheureusement Mr Kanouté est parti après avoir asséné ses «vérités » considérées après par la quasi-totalité de l’assistance comme une pilule difficilement consommable. Pourquoi est ce que Mr Barosso s’est payé le luxe de démarrer les travaux sans pour autant que rien ne soit conclu entre lui et les responsables des collectivités concernées ? Pourquoi les présidents des conseils ruraux de Tomboronkoto et de Bandafassy n’ont pas daigné faire face aux populations au cours de cette table ronde ? Le président du conseil rural de Saraya a-t-il pris le soin d’informer ses administrés sur la quintessence de ce projet ? N’est-il pas seul en brillant intellectuel à vouloir sceller le sort des populations dans la mesure où lui-même a publiquement reconnu qu’il n’y a que sept conseillers sur vingt et quatre à savoir lire et écrire, s’est on interrogé.
Des frottements qui ont suivi, il est ressorti quelques recommandations fortes comme la collecte supplémentaire d’informations au près des présidents des conseils ruraux de Tomboronkoto, Bandafassy, de Raoul Barosso, du gouverneur de la région de Tambacounda et des ministres concernés, histoire de constituer un argumentaire béton avant d’aller à la rencontre des communautés et les informer des tenants et aboutissants du projet jusqu’ici ignorés par les populations. La tenue d’un forum au niveau national est également envisagé et c’est dans l’optique de fédérer les énergies et d’harmoniser les positions dans la perspective de tout mettre en œuvre au plan légal afin d’obtenir « l’annulation pure et simple de ce projet d’octroyer 80 000 ha à Mr Raoul Barosso ». La crainte exprimée par les communautés est de voir toutes les zones propices au développement d’activités agro pastorales, à la pêche et à la cueillette, voire à l’orpaillage traditionnel faire partie de cet empire Barosso, par voie de conséquence, voir des villages encore déguerpir pour aller l’on ne sait où. « Le véritable enjeu dans cette histoire de Mr Barosso, ce n’est pas un simple projet de tourisme intégré, mais plutôt l’or dans la mesure où les zones ciblées regorgent de ce métal précieux » lancera dépité le vieux Fily Sadiakhou, visiblement déterminés à se battre jusqu’à son dernier souffle contre ce qu’il considère comme étant le bradage de leurs terres. »L’Etat doit assurer la sécurité alimentaire de ses administrés, il y est tenu » laissera entendre Alhassane Cissé de Action Aid International. Le forum social, Action Aid International, le Cncr, Kéoh, le Réseau des Organisations de la société civile pour la Sécurité Alimentaire, la Raddho entre autres organisations ayant pris part à ce forum, promettront apporter leur expertise et tout leur soutient aux populations dont il faut rappeler qu’elles ont bénéficié de l’assentiment de la diaspora qui y a envoyé un document pour ce faire.
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