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| Kédougou: Sabodala, une mosaïque culturelle qui vaut son pesant d'or |
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| 18-08-2008 | ||||||
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Source Le Soleil / Reportage de Sadibou MARONE, Babacar DIONE (Textes) et Abdoulaye MBODJ (Photos) Créé en 1942, Sabadola est rendu célèbre par ses gisements d’or. L’exploitation de cette richesse attire un beau monde. Ainsi, aux Malinkés qui y habitaient, sont venues s’ajouter d’autres populations de l’intérieur du Sénégal et même de la sous-région ouest-africaine. Une diversité culturelle empreinte de respect mutuel entre les différentes sensibilités, selon les populations. Mais celles-ci expriment de plus en plus leurs soucis pour l’emploi de leurs jeunes.
![]() LE TRAFIC est dense. Malgré la présence des engins qui grattent pour embellir la route en latérite. Et à presque tous les cinq cents mètres, un tableau indique une déviation. Les véhicules de type « L 200» et les camions sont plus visibles sur la route. La direction est la même. Ces véhicules se rendent à Sabadola. La pollution sonore causée par les voitures ne laisse pas indifférentes les populations qui habitent à côté de la route. Elles se pointent devant les maisons pour observer. Cette situation semble également irriter les singes et autres animaux sauvages qui se réfugient dans les buissons à chaque passage de voiture. Le visiteur qui emprunte cette route pour la première fois n’éprouve pas beaucoup de peine pour rallier Sabadola en dépit des intersections menant vers d’autres villages comme Saraya. De nombreux tableaux indiquent le chemin. Mieux, les populations, les jeunes surtout, connaissent bien ce terroir. « Prenez cette route, elle vous mènera au camp », nous souffle un jeune, torse nu, sorti d’une case au village de Faloumbou. Conseil suivi. Et au bout de quelques minutes de trajet, notre attention est attirée par la lumière qui se dégage d’un grillage hérissé de barbelés qui s’étendent sur plus de 500 mètres. Il cerne des tentes qui servent de dortoirs à certaines personnes qui travaillent dans les mines. À la porte centrale, deux vigiles filtrent les entrées et les sorties. Quelques bus sont stationnés. Une dizaine de jeunes attendent dans un silence absolu. « Ce sont des jeunes venus chercher du travail », renseigne un homme qui montre du doigt la voie conduisant à Sabadola. Mais pour arriver à ce hameau, il faut traverser des cordons de sécurité. Des jeunes, vêtus de gilets verts, foulards rouges, à la main, sont dans les intersections. Des camions jaunes remplis de pierres traversent, soulevant derrière eux une forte poussière. Ces jeunes ne sont pas les seuls à veiller sur la sécurité dans la zone. À l’entrée du village de Sabadola, un petit bâtiment bleu, entouré de palissades. Une tente en paille est aménagée en face. Une dizaine de gendarmes y sont, en compagnie de leur chef de poste. Leur cantonnement est isolé d’une dizaine de mètres des habitations des villageois composées en majorité de cases. Les maisons sont clôturées avec des bambous. « Nous ne sommes pas xénophobes». Les lieux d’habitation sont manifestement désertés. Il n’y a pas beaucoup de bruits. « Certains sont aux champs. D’autres sont employés dans l’exploitation des mines d’or », informe un jeune, neveu du chef de village. Ce dernier est parti à son champ situé à environ un kilomètre du village. C’est le seul en mesure de donner la bonne information, nous dit-on. Un certain ordre semble régner dans le village. Il faut donc aller à la recherche du chef. Une opération qui n’est pas difficile eu égard à sa disponibilité, même si le recours d’un traducteur est indispensable pour échanger avec Sara Cissokho. Il ne parle pas wolof, encore moins le français. Un autre notable du village, barbu, la soixantaine sonnée, vient en sapeurs-pompiers. Malgré son niveau d’étude assez faible, il impressionne par sa maîtrise de la langue française. Et il s’y plait. Car de même que Sara Cissokho, il trouve le moment propice pour des confessions sur la situation de leurs concitoyens. « Il est bon de voir quelqu’un pour dire ses difficultés. Tu peux rencontrer des choses qui te favorisent et d’autres qui vous combattent » , déclare le chef de village. Les propos de Sara Cissokho, chef du village de Sabadola, constituent un véritable plaidoyer en faveur des populations du terroir. « Les jeunes du village veulent être recrutés par les sociétés qui exploitent l’or. Nous habitons dans la zone du gisement. Si les jeunes ne sont pas embauchés, ce serait catastrophique pour la population », souligne-t-il. Et M. Cissokho de relativiser : « néanmoins, certains sont recrutés, mais nous souhaitons que plus de jeunes soient employés dans les mines. C’est notre principale préoccupation. Si les jeunes travaillent, le village pourrait davantage se développer ». Mais il s’empresse de préciser : « nous ne sommes pas xénophobes. Le Sénégal appartient à nous tous. Tout concitoyen doit pouvoir travailler là où il pense pouvoir le faire, mais il est important que les populations autochtones soient aidées. Ce sont les gens de Sabadola qui souffriront le plus des conséquences négatives qui surviendraient à travers l’exploitation des mines d’or ». La maison de M. Cissokho est le point de convergence des villageois. Au fur et à mesure que les échanges se poursuivent, des notables se joignent à nous, écoutant religieusement les propos de leur chef. Certains le complètent souvent sur certains points. Ils manifestent une fierté à parler des richesses de leur terroir devenu célèbre grâce à l’or, même s’ils esquivent des questions relatives à l’origine du mot Sabadola. « Notre village est créé en 1942. Il y avait un ancien village ravagé par la méningite. Ce qui a occasionné un déplacement des populations vers ce site. Voilà tout ce qu’on peut dire sur l’histoire de Sabadola », déclare le chef. S’agissant de l’origine, M. Cissokho est catégorique : « C’est un sujet tabou. C’est un secret. Nous n’avons pas le droit de vous le dire. Vous pouvez vous rabattre sur d’autres populations qui n’y habitent pas pour avoir les informations que vous souhaitez détenir sur l’origine du mot Sabadola ». L’on apprend que les Malinkés sont les premiers à s’installer. Le trône de chef du village se transmet de père en fils chez les Cissokho. Il y a une minorité de Bassaris et de Peulhs dans le village. Mais l’exploitation de l’or a précipité l’arrivée d’autres populations ce plateau entouré de collines, doté d’un sol argileux et aurifère. Wolofs, Toucouleurs, Bédiks ainsi que des citoyens maliens, guinéens, burkinabé et gambiens s’y côtoient, créant une sorte de mosaïque culturelle. Cette reconfiguration du paysage social de Sabadola se lit sur le terrain. À 17 heures, des bus débarquent des jeunes en haillons. Le visage couvert de sable, la mine triste, chacun se dirigeant vers son domicile après une journée de travail. « Nous saluons le fait que des gens viennent se joindre à nous. Nous gagnons sur le plan économique et culturel», affirme le président de l’association des jeunes de Sabadola, Bourama Cissokho qui salue ce creuset culturel. Son organisation est forte de 202 membres. Les « étrangers » n’en font pas partie, mais il précise qu’elle est ouverte à tout le monde. Selon lui, un important brassage est en cours avec l’arrivée des travailleurs. Et, pour le moment, tout le monde se voue un respect mutuel, même si M. Cissokho plaide avec fermeté pour les jeunes autochtones. Comme pour dire qu’il y a de la place pour tous, mais pour les jeunes de Sabadola d’abord. ![]() Une case louée entre 5'000 et 10'000 francs CFA : Leçons de vie pour jeunes citadins en quête de travail A la recherche d’un travail rémunéré, les jeunes de l’intérieur du Sénégal se ruent sur Sabadola. Ils louent de petites cases en paille et paient entre 5.000 et 10.000 Fcfa par mois. «Nous prenons des cases en location. Nous payons entre 5.000 et 10.000 Fcfa par mois. Les cases sont en forme circulaire avec un petit espace», confie Boucounta Cissokho, un jeune originaire de Kédougou. Employé comme chauffeur par l’une des sociétés en service à Sabadola, il vient de boucler 6 mois de dur labeur dans ce hameau. Il dit n’attendre que son salaire pour plier bagages au cas où son contrat ne serait pas renouvelé. « Les conditions de vie sont difficiles. Pour assurer la nourriture quotidienne, chacun d’entre-nous dépense au moins 900 Fcfa par jour. Le plat de riz coûte 300 Fcfa», explique-t-il. Ismaïla Diarra, un autre jeune originaire de l’intérieur du Sénégal, dit gagner en expérience sur la vie dans les villages, même s’il dit avoir hâte de retourner chez lui. «C’est une vie d’homme. Nous avons quitté nos maisons pour trouver de quoi aider nos parents. Mais je veux vraiment retourner chez moi », indique-t-il. La journée de travail est payée à 2.500 Fcfa, selon les jeunes interrogés. « Le travail se fait souvent par rotation. Pendant le mois, on ne peut travailler que pendant quinze jours », se désole le président de l’association des jeunes. Cette situation créé un désespoir chez certains qui pensaient gagner plus dès leur arrivée. «Des gens pensent qu’il y a de l’or à gogo. Ils croient souvent que s’ils arrivent, ils vont beaucoup gagner. Chaque jour, des jeunes débarquent », explique le chef de village. C’est pourquoi, selon lui, les populations font d’énormes sacrifices pour soutenir les jeunes qui ne parviennent même pas à trouver un emploi. A en croire Sara Cissoko, l’aide va de l’hébergement à la nourriture en passant par l’intervention auprès des sociétés qui travaillent dans les mines. L’exploitation de l’or a contribué au développement des activités économiques des femmes de Sabadola. Mais celles-ci sont freinées par le manque de moyens d’allégement des travaux domestiques. ![]() En file indienne, une dizaine de femmes attendent devant un petit bâtiment. Elles portent des calebasses remplies de maïs. A côté d’elles, d’autres, en rang, font le pied de grue devant une borne-fontaine, munies de seaux et de bassines. Le quotidien des femmes de Sabadola a aujourd’hui changé avec l’exploitation des mines d’or. Les activités économiques ont monté en puissance. Le village dispose actuellement de deux groupements féminins engagés dans le développement. Le secteur de l’agriculture fait partie de leurs champs de prédilection, selon la présidente de l’un des groupements, « Narena » , forte de 70 membres. Cependant, la responsable des femmes, Mahanba Cissokho, se désole de la perte des terres. « Les zones cultivables sont prises au profit de l’exploitation de l’or. Nous avons un projet de jardinage, mais nous n’avons plus de terre », déplore-t-elle. Selon la présidente, l’engagement des femmes est également concrétisé par l’organisation de tontines au sein des groupements. Un fait favorisé en outre par le petit commerce en expansion. Mme Cissokho admet que leurs activités sont facilitées par les réalisations effectuées dans le village. Au début de l’hivernage, le paludisme faisait des ravages, mais cette maladie a reculé. Les entreprises sur place ont créé une clinique dans le village. Des insecticides sont souvent mis à la disposition des populations, selon elle. Le chef de village, Sara Cissokho, dit qu’une case des tout-petits est construite. Une ambulance a été mise à la disposition des populations. Pour la consultation, les enfants payent 100 Fcfa, les adultes 150Fcfa. Les médicaments sont gratuits. Cependant, l’engagement des femmes est freiné par le manque de moyens d’allégement des taches domestiques. « Nous avions deux moulins, mais ils sont usés et ne fonctionnent plus. Les moulins ont été ramassés pour réparation au cours de la dernière visite du ministre des Mines, mais jusqu’à présent nous ne les avons revus », regrette la présidente, qui renseigne que la machine dont dispose actuellement les populations est très petite pour satisfaire la demande. La borne-fontaine tombe souvent en panne, selon la présidente.
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Un autre notable du village, barbu, la soixantaine sonnée, vient en sapeurs-pompiers. Malgré son niveau d’étude assez faible, il impressionne par sa maîtrise de la langue française. Et il s’y plait. Car de même que Sara Cissokho, il trouve le moment propice pour des confessions sur la situation de leurs concitoyens. « Il est bon de voir quelqu’un pour dire ses difficultés. Tu peux rencontrer des choses qui te favorisent et d’autres qui vous combattent » , déclare le chef de village. Les propos de Sara Cissokho, chef du village de Sabadola, constituent un véritable plaidoyer en faveur des populations du terroir. « Les jeunes du village veulent être recrutés par les sociétés qui exploitent l’or. Nous habitons dans la zone du gisement. Si les jeunes ne sont pas embauchés, ce serait catastrophique pour la population », souligne-t-il. Et M. Cissokho de relativiser : « néanmoins, certains sont recrutés, mais nous souhaitons que plus de jeunes soient employés dans les mines. C’est notre principale préoccupation. Si les jeunes travaillent, le village pourrait davantage se développer ». Mais il s’empresse de préciser : « nous ne sommes pas xénophobes. Le Sénégal appartient à nous tous. Tout concitoyen doit pouvoir travailler là où il pense pouvoir le faire, mais il est important que les populations autochtones soient aidées. Ce sont les gens de Sabadola qui souffriront le plus des conséquences négatives qui surviendraient à travers l’exploitation des mines d’or ». La maison de M. Cissokho est le point de convergence des villageois. Au fur et à mesure que les échanges se poursuivent, des notables se joignent à nous, écoutant religieusement les propos de leur chef. Certains le complètent souvent sur certains points. Ils manifestent une fierté à parler des richesses de leur terroir devenu célèbre grâce à l’or, même s’ils esquivent des questions relatives à l’origine du mot Sabadola. « Notre village est créé en 1942. Il y avait un ancien village ravagé par la méningite. Ce qui a occasionné un déplacement des populations vers ce site. Voilà tout ce qu’on peut dire sur l’histoire de Sabadola », déclare le chef. S’agissant de l’origine, M. Cissokho est catégorique : « C’est un sujet tabou. C’est un secret. Nous n’avons pas le droit de vous le dire. Vous pouvez vous rabattre sur d’autres populations qui n’y habitent pas pour avoir les informations que vous souhaitez détenir sur l’origine du mot Sabadola ». L’on apprend que les Malinkés sont les premiers à s’installer. Le trône de chef du village se transmet de père en fils chez les Cissokho. Il y a une minorité de Bassaris et de Peulhs dans le village. Mais l’exploitation de l’or a précipité l’arrivée d’autres populations ce plateau entouré de collines, doté d’un sol argileux et aurifère. Wolofs, Toucouleurs, Bédiks ainsi que des citoyens maliens, guinéens, burkinabé et gambiens s’y côtoient, créant une sorte de mosaïque culturelle. Cette reconfiguration du paysage social de Sabadola se lit sur le terrain. 






