Par Pape Demba Sidibé / Tambacounda.info /
Tambacounda est une ville calme, mais les nuits sont chaudes, si chaudes que certains visiteurs venus voir un copain le temps d’un week-end ou d’une affectation arbitraire sont en train d’y donner leur petite fille en mariage
Nous nous sommes concocté une virée pour faire le tour des bars et des dancings, après un plat copieux dans un des restaurants de la ville qui deviennent de plus en plus chics et respectables. Pour les petites bourses, les quartiers de Gourel Diadié, Plateau et Abattoirs Complémentaire restent les lieux de prédilection. Dans ces clandos, on retrouve les boissons artisanales telles que le canna, le soum-soum, le béssou, l’hydromiel, le bandji, le kadjou, etc.. . Ces boissons fermentées sont agrémentées par des grillades de poisson ou de viande de porc. Les usagers ont la hantise des descentes de police, fréquentes et régulières, surtout si le banditisme se signale dans la région. En effet, ces coins de la périphérie de la commune sont réputés être le nid des bandits de tout acabit. Ces lieux sont aussi des lieux de vente et de transit du chanvre indien. Le train amène cette marchandise délictuelle qui est déversée dans ces quartiers. Le chanvre indien vient aussi du Sud de la Gambie ou encore de la Casamance.
La tournée nocturne commence à minuit après un passage dans un bar pour prendre un départ. Ce départ-là se confond pour certains avec l’arrivée. A force de lever le coude, des noctambules restent sur place avec leur concert de cacophonie abordant tous les problèmes politiques, économiques ou sociaux. D’autres choisissent les coins considérés comme chics, où le confort et la sérénité sont doublés de la sécurité. Le cercle est bien défini : c’est le foyer de la douane au centre ville, la caserne des sapeurs pompiers et le cercle mess des officiers du camp militaire Mamadou Lamine. Les usagers sont connus, codés, répertoriés pour ne pas verser dans la dépravation. Le point commun de ces endroits reste le prix bas par rapport aux bars classiques. Mais la différence majeure est que dans ces endroits-là, on n’élève pas la voix. Un ordre supérieur est toujours à côté pour diminuer les tensions.

Là où on ne calme pas les nerfs des clients, c’est à la « Détente », au « Saraba », chez Siprien , chez Eva, etc... Ces milieux, fréquentés par les belles de nuit, donnent une autre dimension à la virée nocturne. On a le choix et l’embarras du choix de la petite minette à la femme adulte marchandant à tout va. A la Détente, le bar est couplé à un night-club connu sous le nom de Mamacounda, où le rendez-vous de la soirée sénégalaise chaque vendredi est à ne pas rater, me souffle un DJ et un de mes confrères qui ne manqueraient pour rien au monde ces soirées d’enfer. Vous avez dit soirée sénégalaise ? Oui, tout est sénégalais, même les femmes qui les fréquentent en trémoussant sur la piste leur postérieur rebondi.. En plus pour le DJ, elles sortent l’artillerie lourde composée de petits pagnes, les perles cliquetant sous les étoffes exhalant un parfum envoûtant concocté selon leur recette secrete. Les envolées du mballakh taquinent les jambes endolories, mais même fatigué on peut s’asseoir et observer les belles créatures. Le regard n’a pas besoin de chercher loin, tout est évocateur, des balancements des fesses aux écarts rythmés des jambes, les déhanchements synchronisés, on y perd son latin et on se promet de revenir la semaine prochaine.
Autre night-club, autre décor, le « Complexe Leggal Pont » regroupe bar américain, night-club et cases climatisées, un triangle de choc pour les fêtards. On n’a pas besoin de faire un dessin. Contente-toi de t’attarder à la porte du night-club après une nuit survoltée. Il y a du choix, à moins que les prostituées ne se décident en groupe à prendre un taxi pour se rendre à 80 km de Tamba dans un campement rejoindre les touristes qui parlent en euros. Tout un univers dans les campements. Après la chasse aux animaux, le repos du guerrier continue par la chasse aux filles qui ont découvert ce créneau de la perversion. Ce sont nos sœurs qui fréquentent ces milieux et reviennent bourrées de fric pour organiser le lendemain de véritables festins. Les séances de Sabar qui suivent ces virées sont exhibitionnistes. Ces femmes se regroupent en cercles appelés « calcio », du nom du championnat italien, à la différence près que c’est la balle de la perversion qui est y frappée. La journée, le milieu de ces prostituées est animé par les grands saoulards qui n’ont pas fini de cuver leur vin.

Si chez Hortense, comme chez Francis, la barre a été placée haute, Select n’est pas un coin vraiment chaud, parce que les prostituées ne fréquentent pas assez ce bar qui a pris des galons. Ce n’est pas le cas de Saraba, communément appelé grand S, l’un des plus vieux bars de la commune de Tamba qui renaît de ces cendres après avoir été fermé par la commission de la protection civile. Ce bar a vu passer des stars comme Laba Socé. Saraba est revenu en force et déverse son plein de chaleur dans le Mamacounda, vallée qui divise la commune en deux. Ce n’est pas ce Monsieur, qui après six heures passées à enchaîner bière sur bière, vin sur vin, me contredira. Retenu par la pluie, il s’est levé à la fin de l’averse pour enfourcher son vélo et se retrouver après quelques coups de pédales dans l'eau. Aux personnes venues pour le tirer de cette mauvaise posture alors que l’eau lui arrivait au-dessus de la ceinture, il a simplement répliqué « Laissez moi ! Je vais voler. ! » Les gourmets ne se plaignent plus à Tamba. L’accent est mis sur le confort dans les restaurants de classe. Au Best Burger ou au salon de thé sur le passage à niveau dans le quartier Dépôt, on constate que des efforts sont faits concernant la qualité tant au niveau de la nourriture que sur les plans de l’accueil et du décor.
Ca bouge à Tamba, c’est le cas aussi à Kédougou, mais Bakel est à la traîne, loin derrière. Il n’y a pas de « bons coins » là-bas. Seulement des bars dont les propriétaires cherchent la voie. En apparence Tamba est une ville calme, mais les nuits sont chaudes, si chaudes que certains visiteurs venus pour voir un copain le temps d’un week-end ou d’une affectation arbitraire sont en train d’y donner leur petite fille en mariage. Les générations passent, chacune avec son rythme, son tempérament et ses excès.