Ce fut un grand moment du périple de la délégation du RIT2D à travers la région de Tambacounda pour présenter le nouveau réseau créé à Genève le 27 octobre 2007 (où le maire de Diawara M. Makha Sakho avait fait le déplacement), restituer une synthèse des travaux d’ateliers menés en Suisse, mais surtout pour se mettre à l’écoute des citoyens de Diawara, tout comme cela avait été fait la veille à Bakel et avant que la délégation ne poursuive sa route vers Kédougou le jeudi 27 décembre et ne clôture sa tournée à Tamba le samedi 29.
Ce n’est pas à un habitant de Diawara que l’on peut apprendre quelque chose sur l’émigration et la diaspora, tant l’histoire des cinquante dernières années de cette commune de 13'000 âmes est marquée par ce phénomène. Ce qui frappe à Diawara, c’est qu’au bout d’une piste de 18 km partant de Bakel, impraticable en hivernage, on trouve une bourgade où de grandes maisons de deux ou trois étages couvrant des surfaces de plusieurs centaines de mètres carrés bordent les rues non bitumées. Les émigrés ont investi dans la pierre, massivement, mais l’Etat n’a pas accompagné leurs efforts et de sérieux problèmes d’assainissement, de routes, d’eau potable se posent.
Afin que tous les participants suivent la rencontre, une traduction français / soninké a été assurée par l’adjoint au Maire. De nombreux conseillers municipaux, mais aussi un directeur d’école, des enseignants, des agriculteurs, des pêcheurs et, en nombre, d’anciens émigrés désormais à la retraite ont répondu à l’appel lancé par le maire pour venir échanger avec la délégation du RIT2D. Comme à Bakel, nombre d’informations et de témoignages précieux ont été apportés par les participants. Parmi les points saillants des débats, la question de l’émigration et de l’avenir de celle-ci, la plupart des gens ayant fait le constat que les conditions d’émigration se durcissant drastiquement depuis quelques années, celle-ci ne pouvait plus constituer une perspective d’avenir pour la commune. En conséquence, selon M. Mamadou Doucouré, un jeune originaire de Diawara né en France et de retour dans sa commune pour développer un projet socio-éducatif « la question de l’investissement des émigrés dans des secteurs porteurs de développement économique devient cruciale ». Plusieurs participants, surtout des enseignants, ont mis l’accent sur le rôle à jouer par les émigrés dans le maintien des enfants à l’école, ceux-ci ne pouvant plus se contenter de dire que leur avenir est tout tracé vers l’exil. Mais aussi, comme partout dans la région de Tambacounda, le constat du désengagement de l’Etat a été fait par l’ensemble des participants qui espèrent qu’un des atouts du réseau mis en place sera de fédérer les voix des citoyens de la région pour revendiquer leurs droits, notamment en matière d’infrastructures de base.
Des associations de ressortissants de Diawara oeuvrant pour le développement existent depuis longtemps, notamment en France, à l’image du COREDIA, et la délégation a, tout comme à Bakel, lancé un appel fort en direction des individus et associations de la diaspora de Diawara pour qu’ils rejoignent le réseau et apportent leur expérience. Les coordinateurs du RIT2D estiment que « les actions exemplaires accomplies par les émigrés de Diawara et du Sénégal oriental méritent reconnaissance et visibilité, mais aussi que ceux-ci doivent s’unir pour relever de nouveaux défis afin de contribuer significativement au développement de leur région ».
A Diawara, les premiers fruits de la mise en réseau devraient bientôt voir le jour, puisqu’un projet de construction d’une nouvelle école primaire sera soumis début 2008 pour un financement à des partenaires genevois que le Maire, M. Sakho, a eu l’occasion d’approcher lors de son passage à Genève pour la Rencontre Internationale des Tambacoundois de la Diaspora.