Pérou: Pedro Castillo promet une réforme de la Constitution.

 

 

Pedro Castillo, ancien instituteur rural, a prêté serment mercredi comme nouveau président du Pérou, disant souhaiter mettre fin à la corruption dans le pays et annonçant un projet de réforme constitutionnelle.

«Je jure devant Dieu, devant ma famille, les paysans, les peuples indigènes (…), les pêcheurs, les médecins, les enfants, les adolescents que j’exercerai ma charge de président de la République», a déclaré le nouveau président de gauche devant le Parlement. «Je jure devant les peuples du Pérou, pour un pays sans corruption et pour une nouvelle Constitution», a-t-il ajouté, vêtu d’un costume andin noir et arborant son désormais célèbre chapeau blanc. Il a ensuite reçu l’écharpe bicolore des mains de la nouvelle présidente du Parlement, l’opposante centriste Maria del Carmen Alva.

La prestation de serment a lieu le jour où le pays andin de 33 millions d’habitants célèbre le bicentenaire de son indépendance. Des festivités sont programmées jusqu’à vendredi. Le roi Felipe VI d’Espagne, six présidents de la région, le secrétaire d’État américain à l’Éducation, Miguel Cardona, et l’ex-président bolivien Evo Morales étaient présents à la cérémonie.

L’ancien syndicaliste de 51 ans, qui a fait toute sa carrière dans une école rurale du nord du pays, n’a été proclamé officiellement vainqueur du deuxième tour de la présidentielle du 6 juin qu’il y a une dizaine de jours. La multiplication des recours par son adversaire, la candidate de la droite populiste, Keiko Fujimori, dans ce scrutin particulièrement serré, avait retardé de plusieurs semaines la proclamation des résultats.

Mercredi, Keiko Fujimori a promis «une opposition démocratique responsable» tout en assurant que son parti Fuerza popular serait «un rempart contre la menace latente d’une nouvelle Constitution communiste».

Un paysan au pouvoir

«C’est la première fois que ce pays va être gouverné par un paysan», a déclaré Pedro Castillo lors de son premier discours comme chef de l’État. «Pendant la campagne électorale, on a dit que nous allions exproprier. C’est totalement faux. Nous voulons que l’économie soit en ordre», a-t-il poursuivi, dans une nouvelle tentative de rassurer les milieux d’affaires qui redoutent un éventuel virage radical à gauche dans ce pays marqué par plusieurs décennies de politiques économiques ultralibérales.

Vendredi, Pedro Castillo avait déjà exclu toute velléité de copier des «modèles» étrangers, insistant sur le fait qu’il n’était ni «chaviste», ni «communiste», en référence aux pouvoirs en place à Caracas et à La Havane. Il a toutefois annoncé qu’il déposerait rapidement devant le Parlement un projet de réforme de la Constitution pour remplacer l’actuelle promulguée en 1993 par l’ex-président Alberto Fujimori (1990-2000) et qu’il accuse de favoriser à outrance l’économie de marché.

Le Pérou ne peut être «condamné à rester prisonnier de cette Constitution de 1993», a estimé le nouveau chef de l’État. «Nous présenterons au Parlement un projet de loi visant à la réformer, qui, après avoir été débattu par le Parlement, sera, nous l’espérons, approuvé puis soumis à référendum», a-t-il ajouté.

Campagne polarisée aux extrêmes

«Nous devrons toutefois concilier nos positions avec le Parlement», a-t-il admis, alors que son parti, Pérou Libre, détient le plus de sièges (37 sur 130), mais sans majorité absolue dans un Parlement très fragmenté où pas moins de dix partis sont représentés.

Dans un pays marqué par une forte instabilité institutionnelle qui a vu trois présidents se succéder en une semaine fin 2020 et après une campagne polarisée, la question de sa marge de manœuvre reste ouverte.

Le nouveau président va devoir également gérer l’épidémie de coronavirus, qui a dramatiquement touché le pays, et relancer l’économie qui a chuté de 11,12% en 2020. Le Pérou déplore plus de 195’000 morts dus au Covid-19, soit le plus haut taux de mortalité au monde par rapport à la population.

«Le défi le plus grand de Pedro Castillo va être de ne pas décevoir les gens qui ont besoin de réponses rapides car ils n’ont plus d’emploi, ont faim ou risquent leur vie en raison du Covid-19», a souligné auprès de l’AFP l’analyste Hugo Otero. Il y a une semaine, ce novice en politique avait lancé un appel à «tous les spécialistes, les personnes les plus qualifiées et les plus engagées pour le pays» afin qu’ils rejoignent son équipe.

(AFP)