Centrafrique : Neutralisés à Bangui, les Séléka essaiment en province

Quasiment neutralisés à Bangui, les Séléka se replient en province pour tenter de conserver leurs fiefs. En voie de neutralisation à Bangui, les combattants Séléka, qui avaient pris le pouvoir en mars 2013, essaiment désormais en province, avec l’objectif d’y conserver des fiefs. Ils menacent toute tentative de stabilisation durable de la Centrafrique, estiment des analystes.

Depuis la démission forcée, le 10 janvier, de leur ancien chef Michel Djotodia, qui avait renversé le régime de François Bozizé, «on assiste à un réarmement, une remobilisation dans plusieurs villes de province où il y a des communautés musulmanes importantes», explique à Roland Marchal, chercheur français spécialiste des conflits en Afrique centrale. La situation à Sibut (180 km au nord de Bangui) où une importante colonne de combattants s’était regroupée ces derniers jours, déclenchant une opération de la force africaine (MISCA) appuyée par la force française Sangaris, illustre la nouvelle donne, créée par le départ de Michel Djotodia. Désormais, comme le résume le directeur des urgences de Human Rights Watch (HRW) à Bangui, Peter Bouckaert, «c’est maintenant chacun pour soi» chez les Séléka.

 

Pouvoir à conserver

Les chefs Séléka, qui ont régné en maîtres sur le pays pendant des mois, n’ont pas l’intention de se laisser évincer sans rien dire. Mais les stratégies divergent, sans commandement centralisé, avec une multitude de petits groupes armés isolés signalés un peu partout en province. «Certains veulent montrer les dents pour conserver leur statut, tenter de négocier des places dans le gouvernement, d’autres se disent que c’est fini à Bangui, mais veulent garder le contrôle en province et sont prêts à se battre pour cela», analyse Roland Marchal. Le nombre total de combattants Séléka dans le pays reste une inconnue. Plusieurs milliers au moins, mais il n’existe aucun décompte précis. «Ceux qui restent à Bangui ne sont que le résidu de la Séléka. Ils sont entre 1500 et 2000. Le gros des troupes est parti avec armes et bagages», assure Thierry Vircoulon, directeur du projet Afrique centrale au centre de réflexion International Crisis Group.

 

Au Tchad

Parmi eux, beaucoup de laissés pour compte, des «petites mains» abandonnées à leur sort par des chefs qui ont déserté la capitale. Certains officiers ont rejoint le Tchad, d’autres le nord-est du pays, dont beaucoup sont originaires. Ils sont désormais cantonnés pour la plupart dans un camp miliaire de Bangui, le RDOT, à la sortie nord de la ville. D’autres sont cependant toujours présents dans certains quartiers de la ville, aux côtés de civils musulmans, contre les miliciens chrétiens anti-balaka. Les Séléka ont en outre perdu beaucoup d’armement lourd dans Bangui. Mais «ceux qui sont remontés vers le nord ont tout de même emmené avec eux des RPG (lance-roquettes), des mortiers légers, des Kalachnikov, des mitrailleuses et beaucoup de munitions», commente un officier français.

 

Pas de stratégie

Pour les Séléka, harcelés dans plusieurs localités de province par les anti-balaka, le regroupement dans certaines places fortes est aussi un moyen de se défendre. «Le problème, c’est que les Français et la MISCA ne semblent avoir aucune stratégie de gestion des Séléka hors de Bangui», relève Thierry Vircoulon: «Il y aura peut-être une micro-DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion) pour ceux qui sont restés à Bangui. Pour le reste, l’opération de désarmement est en train de devenir une opération de délocalisation» des combattants en province, juge-t-il. Armés et livrés à eux-mêmes, il fait peu de doute que ces combattants continueront à piller et à se servir sur le dos de la population, dans ce pays de 623’000 km2, avec des régions entières sans présence de l’Etat. Il a connu depuis son indépendance en 1960 une succession de coups d’Etat et de rébellions qui, bien avant l’arrivée des Séléka, s’étaient déjà arrogé le contrôle de portions du territoire.

 

(ats/Newsnet)