Au coeur de la plus retentissante affaire criminelle au Canada ces dernières années, Luka Rocco Magnotta, vêtu d’un polo gris-bleu dans la salle bondée du tribunal, est resté la plupart du temps les yeux clos ce lundi 8 septembre, semblant écouter la traduction en anglais des propos du juge Guy Cournoyer.
Luka Magnotta, âgé de 32 ans, est accusé du meurtre avec préméditation en mai 2012 de son ancien petit ami Lin Jun, d’outrage à cadavre pour l’avoir découpé, de diffusion de matériel obscène avec la vidéo postée sur internet, d’envoi par courrier de morceaux du cadavre, et de harcèlement vis-à-vis du premier ministre canadien Stephen Harper et de députés.
Le sordide de l’affaire risque souvent de choquer, a prévenu le juge lundi. Si la vidéo du meurtre en lui-même ne sera pas projetée, le juge a cependant prévenu les candidats jurés que des éléments de preuves «choquants et perturbants pourraient (les) déranger».
Cavale en Allemagne
Luka Magnotta a plaidé non coupable pour les cinq chefs d’accusation. Il est accusé d’avoir tué dans la nuit du 24 au 25 mai 2012 l’étudiant chinois Lin Jun avec un pic à glace puis de l’avoir découpé. C’est également lui qui est soupçonné d’avoir expédié par la poste à travers le Canada des parties des membres de la victime, y compris au bureau du chef du gouvernement et à des personnalités du parti conservateur au pouvoir.
Le tronc de la victime avait été découvert dans une valise mise aux ordures dans une ruelle de Montréal, près du logement à l’époque de Magnotta, et la tête n’avait été retrouvée qu’en juillet 2012 dans un parc de la ville.
Le lendemain de la date du crime, le suspect avait embarqué sur un vol en direction de Paris. Sa cavale l’avait ensuite conduit en Allemagne où il avait été arrêté 12 jours plus tard à Berlin, avant d’être rapidement extradé au Canada.
Au total, 1600 jurés potentiels ont été convoqués lundi et les jours suivants par groupe de 400, en vue de la sélection des 12 membres du jury et deux jurés remplaçants. Ce processus de sélection se déroule en deux temps avec d’abord les personnes convoquées qui ont des raisons valables pour ne pas faire partie de ce jury.
Couverture médiatique intense
Ceux-là ont commencé à défiler lundi devant le président qui avait pris soin de préciser quels motifs pouvaient les soustraire à leurs obligations citoyennes, comme par exemple être membres de la magistrature, de la police ou autre excuse médicale.
Un juré potentiel ne pourra par ailleurs pas arguer avoir déjà une connaissance des faits pour se défiler comme c’est généralement l’usage. Le juge Cournoyer a estimé que «la couverture médiatique intense» de cette affaire a forcément donné des éléments sur les faits aux candidats jurés. Ces derniers pourront uniquement se substituer à leurs obligations s’ils ont acquis «une connaissance personnelle des circonstances ailleurs que dans les médias», a expliqué le juge.
En revanche, a-t-il prévenu, les jurés devront être parfaitement bilingues en anglais et en français pour suivre les débats qui se dérouleront principalement en anglais. Mais parmi la soixantaine de témoins qui seront appelés à la barre, certains vont s’exprimer uniquement en français et chaque juré devra entièrement comprendre les dépositions.
(afp/Newsnet)



