L’organisation Etat islamique (EI) a étendu son influence au Moyen-Orient en obtenant lundi 10 novembre l’allégeance du principal groupe djihadiste, égyptien. Cette dépendance s’est tissée alors que l’incertitude persiste sur le sort de son chef Abou Bakr al-Baghdadi, qui aurait pu être blessé ou tué par des raids.
«Nous annonçons prêter allégeance au calife Ibrahim Ibn Awad (…) pour écouter et obéir», a annoncé le groupe égyptien Ansar Beït al-Maqdess dans un enregistrement audio, en référence au nom religieux du chef de l’EI, Abou Bakr al-Baghdadi.
Ansar Beït al-Maqdess, dont le nom signifie «Les partisans de Jérusalem», a multiplié les attentats meurtriers ces derniers mois contre les forces de l’ordre en Egypte, principalement dans le Sinaï où il est basé.
Il affirme agir en représailles à la répression sanglante qui s’est abattue sur les islamistes après la destitution par l’armée du président Mohamed Morsi en 2013.
EI référence ultime
Sa décision d’aller plus loin en faisant allégeance est susceptible de renforcer l’EI au-delà de l’Irak et de la Syrie, où al-Baghdadi a proclamé un «califat» sur les vastes territoires qu’il contrôle.
Pour le spécialiste de l’islam radical Jean-Pierre Filiu, il ne fait pas de doute que l’EI «a définitivement détrôné Al-Qaïda comme référence ultime du jihad global à vocation planétaire». Ansar Beït al-Maqdess disait jusqu’à récemment s’inspirer d’Al-Qaïda.
Le principal groupe d’insurgés islamistes en Egypte cherche à recruter des combattants, estiment d’autres experts. Les chefs d’Ansar Beït al-Maqdess «semblent vouloir internationaliser leur position, peut-être face à l’offensive de l’armée, mais il reste à voir s’ils peuvent attirer en dehors de l’Egypte», estime Hisham Hellyer, spécialiste du Moyen-Orient au Royal United Services Institute de Londres.
«Il est peu probable que l’EI ait beaucoup à donner à l’Egypte», sauf à susciter des vocations «chez certains individus», prévient-il toutefois.
Kobané sous les bombes
L’annonce d’Ansar Beït al-Maqdess intervient après un week-end de rumeurs et d’informations contradictoires selon lesquelles al-Baghdadi aurait été blessé, voire tué, dans des raids de la coalition ayant visé vendredi des dirigeants de l’EI.
A Bagdad, les autorités ont assuré que ces informations, relayées notamment par des médias arabes, n’étaient pas «fiables». Le Commandement américain pour le Moyen-Orient a indiqué pour sa part ne «pas pouvoir confirmer» qu’ al-Baghdadi se trouvait bien dans le «convoi de véhicules formé de dix camions armés de l’EI» détruit par les frappes.
Né en 1971 en Irak, l’énigmatique «calife» auto-proclamé agit dans le plus grand secret afin de garantir sa sécurité alors que les Etats-Unis ont promis 10 millions de dollars (9,7 millions de francs) pour sa capture.
Pendant ce temps, la ville Kobané (nord), devenue le symbole de la résistance à l’EI, était toujours le théâtre de violents combats. La coalition y a mené 13 raids depuis samedi en soutien aux forces kurdes.
(ats/Newsnet)



