CONFLIT SOCIAL: En Belgique, la montée en puissance du mouvement de grève

 

 

Avions cloués au sol, trains à l’arrêt, métro et bus absents: un mouvement de grève ciblant les transports a paralysé Bruxelles et sa région lundi, affectant également les liaisons internationales. A l’aéroport de Bruxelles, 44% des vols ont ainsi été annulés, tandis que tous les Thalys (le train à grande vitesse belge) reliant le pays à la France, aux Pays-Bas et à l’Allemagne ont été supprimés.

La grève de lundi affectant Bruxelles et ses deux provinces environnantes s’inscrit en réaction aux réformes et au plan d’économies voulus par la coalition inédite au pouvoir, formée par les libéraux, les démocrates-chrétiens et les nationalistes flamands. Ce plan du gouvernement prévoit le recul de 65 à 67 ans de l’âge de la retraite pour 2030, le non-remplacement des fonctionnaires partant à la retraite, la suppression de l’indexation des salaires pour 2015 et des économies de 11 milliards d’euros sur cinq ans.

Le bras fer est ainsi engagé de puis le 6 novembre, avec des grèves à répétition chaque lundi ciblant différentes régions. Mais surtout, le 15 décembre, un mouvement général devrait affecter l’ensemble du pays. Lundi, la Centrale générale des services publics déposait même un préavis de grève illimitée de l’ensemble de la fonction publique à partir du 16 décembre.

Traumatisme national

Les Belges, attachés au pacte social comme le sont les Suisses, gardent en mémoire le grave conflit de l’hiver 1960-1961, qui poussa un million de travailleurs dans la rue. Marqué par des violences extrêmes, il paralysa le pays durant quatre semaines. On n’en est bien sûr pas là. Mais pris entre un gouvernement déterminé et une mobilisation dénonçant «les dérives à la Thatcher» de la coalition au pouvoir, les Belges s’interrogent sur l’hiver qui les attend.

Lundi, des grévistes très décidés ont installaient des piquets pour empêcher l’accès aux zones industrielles, tandis que des barrages routiers bloquaient l’accès à la capitale. Une lettre envoyée par un syndicat des enseignants aux directions des écoles donne le ton: «Nos militants et ceux des autres organisations considèreront comme une provocation toute entreprise, toute institution ou toute école qui, le 15 décembre, fonctionnerait normalement», dit la missive. La tension émotionnelle est telle que le chef de file du Mouvement réformateur, les libéraux de la Belgique francophone, a annoncé dimanche que son parti préparait un projet de loi garantissant aux Belges «le droit à travailler».

(24 heures)