L’ancien conseiller aux Etats Dick Marty salue la publication du rapport du Sénat américain sur les actes de torture commis par la CIA.
Le Tessinois, qui avait enquêté dès 2005 sur les prisons secrètes de la CIA, notamment en Europe, doute toutefois qu’il ne marque le début d’une ère nouvelle.
A l’époque, Dick Marty avait été accusé d’avoir écrit un roman. Dans ce cas, le rapport rendu public mardi par le Sénat est un «plagiat», ironise l’ancien rapporteur suisse pour le Conseil de l’Europe. «Nos conclusions sont très similaires», précise-t-il lors d’un entretien avec l’ATS.
Le libéral-radical tessinois regrette néanmoins qu’il ait fallu plus de dix ans depuis le début des faits pour que l’Etat américain reconnaisse avoir torturé des terroristes présumés entre 2002 et 2006 dans des prisons secrètes à l’étranger.
Mais c’est un grand pas en avant. «Les Etats-Unis n’ont jamais reconnu leurs erreurs, ni prononcé d’excuses d’ailleurs dans ce domaine». En revanche, si Dick Marty salue ce rapport dont la publication intervient quelques jours avant la prise du Sénat par les républicains, il doute qu’il ait des conséquences décisives.
Crédibilité en jeu
En recourant à des moyens criminels, les Etats-Unis et leurs alliés ont légitimé ces méthodes. Comment après des heures de tortures, les pays démocrates peuvent-ils défendre des droits humains, s’est interrogé le Tessinois. C’est toute leur crédibilité qui est en jeu.
Avec la mise à mort d’Oussama ben Laden, Washington s’est d’autant plus compromis. «C’était une erreur gravissime, car la justice aurait été de le rapatrier et de le juger. Or aujourd’hui, nous en payons le prix au Moyen-Orient».
Dick Marty est de ceux qui espèrent des poursuites judiciaires aussi pour l’ex-président George W. Bush et l’ancien vice-président Dick Cheney, «des bandits». Car il «espère toujours de l’impossible».
Des ONG américaines travaillent depuis des années pour confondre les agents qui torturent les prisonniers ainsi que ceux qui ont mis sur pied un tel système, relève-t-il, en s’émerveillant des ressources de la société américaine pour dénoncer ce genre d’horreur.
Etats européens complices
Le rapport du Sénat éclabousse également les Etats européens, principaux complices. Certains pour avoir accepté d’abriter des prisons secrètes. Des prisons hors-sol «vraisemblablement pour échapper à la justice américaine et rendre leur localisation difficile d’accès pour ses juges».
D’autres Etats sont épinglés pour avoir bloqué les enquêtes liées à ces tortures. «Tout le monde avait un intérêt à ménager les Etats-Unis», conclut-il.
Dick Marty rappelle néanmoins que ce jeu secret entre les Etats s’est construit «sous le manteau de l’OTAN», à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Les Etats-Unis ont invoqué l’article 5 de la charte de l’OTAN, celui qui implique la solidarité de tous les membres si l’un d’eux est attaqué.
Ministres, responsables des services de renseignements des Etats membres de l’OTAN, mais aussi des pays candidats ont alors travaillé avec leurs homologues américains, outrepassant les lois de leur pays, de manière secrète et «visiblement illégale». «L’entier d’un gouvernement n’était généralement pas au courant de l’existence de tels accords», souligne Dick Marty.
Rôle subalterne
Et la Suisse? Elle n’a pas joué de rôle majeur. Mais «de nombreux vols (plus de quarante) de la CIA sont passés par la Suisse pour transporter des détenus». Certains ont simplement traversé l’espace aérien helvétique, d’autres ont fait escale en Suisse.
Pour l’ancien procureur tessinois, la Confédération a, elle aussi d’une certaine manière, fermé les yeux sur ce qui se passait: «les vols étaient comme des valises diplomatiques»
.(ats/Newsnet)



