«Nous avançons dans la consolidation de la force armée comme colonne vitale de la stabilité et de l’indépendance de la patrie», déclarait le 20 novembre le président vénézuélien Nicolas Maduro, tout en signant plus d’une cinquantaine de décrets économiques et politiques destinés à faire face à la crise économique qui touche le pays. Inflation record, manque de devises internationales et surtout chute du prix du baril de pétrole de plus de 25% depuis juin alors que l’or noir représente 95% des exportations du Venezuela, le gouvernement révolutionnaire se voit obligé de réagir.
Après les troubles politiques qui ont fait 43 morts en début d’année, Nicolas Maduro tient avant tout à s’assurer la loyauté de l’armée et prône de plus en plus «l’union civilo-militaire» si chère à son prédécesseur, le lieutenant-colonel Hugo Chavez. Suite à l’assassinat en octobre dernier du leader des jeunesses socialistes, le président a créé la Milice juvénile puis la Milice ouvrière sur le modèle de la préexistante Milice bolivarienne, une sorte d’armée de réserve qui compterait déjà 130 000 citoyens volontaires prêts à «défendre la nation» contre une éventuelle attaque de «l’empire» américain. Au nom de la «lutte contre l’insécurité», le Venezuela étant devenu ces dernières années le 2e pays le plus violent au monde, le mandataire vénézuélien vient aussi d’annoncer l’achat de drones et de 50 000 caméras pour «surveiller les espaces à haute concentration de personnes».
Toujours marqué par le coup d’Etat manqué de 2002 contre Hugo Chavez, Nicolas Maduro veut également s’assurer le soutien de l’armée régulière. Depuis son arrivée au pouvoir il y a vingt mois, les forces armées ont créé leur propre chaîne de télévision, leur propre programme de logement et l’une des seules banques de propriété militaire au monde.
Le président vénézuélien continue d’octroyer aux militaires de nombreux avantages matériels, financiers et carriéristes, à tel point qu’un tiers des ministères sont désormais tenus par des gradés. Nicolas Maduro a aussi promu en juillet plus de 200 généraux, un record au Venezuela. Selon l’association Control Ciudadano, le pays caribéen compterait dorénavant plus de 4000 généraux en exercice contre seulement une cinquantaine en 1993.
Si Nicolas Maduro se sent menacé à sa droite, le président du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) cherche aussi à éviter toute dissension dans son propre camp. «Le militant qui fomente la désunion doit être dénoncé surdenunciainfiltradospsuv@gmail.com ou par texto au 0416 9425792», a réclamé à la mi-novembre Francisco Ameliach, un haut responsable du PSUV. Le courant réformateur Marée socialiste, qui dénonce notamment la corruption qui gangrène l’Etat vénézuélien, se retrouve en pleine ligne de mire de cette politique de délation. «Depuis la mise en place du 0800-balance, plus de 350 militants ont été expulsés du PSUV juste pour avoir émis des critiques», assure l’un de ses représentants, Nicmer Evans, qui vient également d’être destitué de sa carte sans explication.
Embourbés dans les affaires, les révolutionnaires cherchent à faire taire les mécontents. L’ancien bras droit du président Nicolas Maduro lorsqu’il était encore ministre des Affaires étrangères, Temir Porras, a ainsi perdu son poste de conseiller présidentiel une semaine après avoir publié au mois de juin une note sur son blog proposant des réformes économiques. Quelques semaines plus tard, c’était au tour du très marxiste ministre de la planification, Jorge Giordani, d’être écarté après avoir dénoncé «l’absence totale» de transparence et de contrôle des comptes publics.
Dans la foulée, plusieurs leaders historiques du PSUV ont subi les foudres du parti pour avoir soutenu cet ancien ami d’Hugo Chavez. Le passage dans l’opposition étant inimaginable dans ce pays très polarisé politiquement, beaucoup de militants ont fait leur choix entre loyauté et abstention. Si la direction du parti parle de «mobilisation historique» à l’occasion des élections internes du 23 novembre, selon le mouvement Marée socialiste seuls 10% des adhérents du PSUV se seraient déplacés pour élire leurs représentants locaux.
(24 heures)



