Ebola prive la Sierra Leone de Fêtes de fin d’année

 

 

«Do they know it’s Christmas (Savent-ils que c’est Noël)?», s’interrogent gravement les chanteurs du Band Aid contre Ebola.

En Sierra Leone, le doute est permis, car les célébrations de fin d’année sont interdites dans ce pays, celui où la propagation de l’épidémie est la plus intense.

Les autorités ont annoncé le 12 décembre l’interdiction des rassemblements publics pour Noël et le Nouvel An, y compris les offices religieux, en raison de l’épidémie. Cette décision a été réitérée par le chef de l’État à une semaine de Noël.

«Je sais que c’est la période des fêtes», a assuré le président Ernest Bai Koroma le 17 décembre. «Mais nous devons tous avoir à l’esprit que notre pays est en guerre contre un ennemi sournois qui continue de tuer.»

«Les chrétiens qui se rendront à l’église pour la messe de Noël y seront autorisés, mais devront rentrer chez eux dès la fin de l’office et poursuivre les célébrations en famille», a-t-il annoncé. Il a précisé que pour le Nouvel An, toute festivité, «y compris les offices religieux et les sorties», serait interdite.

Bien que la Sierra Leone – pays qui compte le plus grand nombre de cas identifiés du virus (8759 au 17 décembre), devant le Liberia et la Guinée – soit majoritairement musulmane, la période de Noël et du Nouvel An y est habituellement l’occasion d’importants mouvements de population et de rassemblements, sans distinction de religion, comme ailleurs en Afrique.

«Un temps limité»

En Guinée voisine, également à forte majorité musulmane, le gouverneur de la capitale, Conakry, a décrété l’interdiction des fêtes de fin d’année, invoquant le «respect de l’urgence sanitaire». Les dirigeants religieux approuvent la décision du président sierra-léonais, mais la population de Freetown, la capitale, fait grise mine, surtout les jeunes.

«Nous comptions sur les vacances pour tuer l’ennui», soupire Augustus Williams, secrétaire du Mereweather Club, un club de loisirs pour les jeunes. «Les autorités auraient dû au moins nous accorder un temps limité, disons jusqu’à minuit, plutôt que de nous imposer une interdiction totale», poursuit-il.

Un groupe qui organise chaque année un bal costumé, les Masqueraders, a dit dans un communiqué «appréhender ce à quoi ressemblera le réveillon du Nouvel An».

A travers Freetown, les boîtes de nuit et bars sont fermés en vertu de l’état d’urgence décrété le 31 juillet en raison d’Ebola et toujours en vigueur. «Je me sens flouée», a réagi Mariama Deen, gérante d’un restaurant dans le centre, «j’espérais équilibrer mes comptes après les mauvaises affaires de ces sept derniers mois».

Sur une des plages les plus réputées de Freetown, une gérante de boîte aurait «préféré que le gouvernement fixe un quota de personnes pour chaque rassemblement», qu’il s’agisse d’activités de loisirs ou mercantiles.

Célébrations dénuées de sens

Mais les responsables religieux insistent sur la priorité sanitaire. «Ce ne sont pas des temps ordinaires pour que les gens ouvrent les portes des églises et se déplacent avec des haut-parleurs pour évangéliser», a affirmé le révérend Daniel Sesay, porte-parole d’un Conseil religieux islamo-chrétien.

«Ce serait violer la parole de Dieu et les instructions du gouvernement», a-t-il ajouté. Pour l’imam Abdulai Sankoh, «il ne faut pas sous-estimer le fléau d’Ebola alors que le pays est encore entre la vie et la mort. Comment être joyeux et mettre le chagrin de côté?»

Le pasteur baptiste Jeremiah Buckle appelle à «méditer pendant cette période pour nous souvenir de tous ceux qui sont morts d’Ebola, rendre grâce pour ceux qui ont survécu et prier pour ceux qui sont contaminés». Selon lui, «cela vaut mieux que de danser dans la rue et faire beaucoup de bruit comme si tout était normal».

En raison de l’épidémie également, les musulmans avaient déjà célébré leur fête de l’Aïd al-Adha sans faste et avec des rassemblements d’ampleur réduite début octobre.

Un enseignant à l’université de Sierra Leone, le Dr Alphonso Harding, suggère de reporter toute liesse tant que l’épidémie n’aura pas été vaincue: «Jusqu’à ce que nous ayons passé ce cap, aucune célébration ni interdiction n’aura de sens».

(ats/Newsnet)