Cela faisait longtemps que Giorgos Doulis, Zurichois depuis près de 40 ans, n’avait pas passé les fêtes de Noël dans sa patrie d’origine, la Grèce. Malheureusement pour lui, son ultime voyage de retour, il l’a fait à bord du «Norman Atlantic», dont l’incendie, dimanche, a fait au moins huit morts.
«Giorgos s’est sacrifié pour moi, en faisant un bouclier de son corps pour me réchauffer». Sa femme Theodora, âgée de 57 ans, originaire de Parga, actuellement hospitalisée à Lecce en Italie, a raconté les derniers moments de son mari à la télévision italienne. «Au moment d’embarquer sur un canot de sauvetage pour fuir le navire en flammes, nous sommes tombés. Avec les vagues, le vent, la fumée, nous n’avons pas réussi à sortir de l’eau, où nous sommes restés plus de quatre heures».
«Un paroissien modèle»
Ce lundi, la communauté grecque de Suisse était sous le choc. Pour le père Simandirakis, pope de la communauté orthodoxe de Zurich, forte de ses 6000 âmes, Giorgos Doulis était «un paroissien modèle. Un être bon, toujours le sourire aux lèvres et une plaisanterie à la bouche, un chef de famille, travailleur, honnête, très aimé». Son meilleur ami qui est aussi le parrain de ses enfants, Petros Soufis, avait aussi un autre proche à bord: son frère Panagiotis, émigré lui en Allemagne. Ce rescapé est monté sur le premier bateau qui s’est porté au secours du ferry, le tanker «Spirit of Piraeus».
«Le Titanic en vrai»
Il a déposé aujourd’hui devant les procureurs italiens de Brindisi. «Nous avons vécu en vrai l’histoire du Titanic, sauf que le bateau n’a pas coulé. C’était l’horreur. Les gens se bousculaient pour accéder aux secours, certains ne laissant même pas la priorité aux femmes et aux enfants. Entre les flammes qui nous encerclaient, les parois en tôle qui se liquéfiaient autour de nous, les semelles des chaussures qui fondaient sur le plancher brûlant, on ne pensait qu’à se sauver par tous les moyens».
Le bateau a été complètement évacué lundi en fin d’après-midi. A cause de la tempête persistante, le sauvetage s’est fait essentiellement par voie aérienne Avec l’aide de cinq hélicoptères Super Puma qui hélitreuillaient les passagers deux par deux. Le bilan très lourd pose la question de la responsabilité quant à ce terrible sinistre. De nombreux témoignages parlent de plusieurs départs de feu dans le garage, de l’absence d’alarme et de consignes d’évacuation. On s’interroge aussi sur le retard mis à éteindre le feu naissant.
Certains passagers mettent en cause la compagnie grecque, car le bateau prévu a été remplacé au dernier moment par le «Norman Atlantic». Ce ferry n’avait pas bonne presse. Cinq fois accidenté, il n’aurait pas dû prendre la mer en pleine tempête. Enfin, lors de la dernière inspection, la capitainerie du port de Patras avait signalé de graves manquements à la sécurité (feux de signalisation, matériel d’extinction des feux inexistant et mauvaise étanchéité des portes).
(24 heures)



