Djokhar Tsarnaev, 21 ans, risque la peine de mort pour les attentats de Boston du 15 avril 2013, les plus graves depuis ceux du 11 septembre aux États-Unis.
Jeune musulman d’origine tchétchène, étudiant apparemment bien intégré, il est accusé d’avoir fait exploser avec son frère Tamerlan, depuis décédé, deux bombes artisanales fabriquées dans des cocottes-minute et cachées dans des sacs à dos, que les deux frères avaient déposés dans la foule près de la ligne d’arrivée du marathon de Boston. Elles avaient explosé à 12 secondes d’intervalle, transformant en carnage un événement extrêmement populaire auquel assistaient des dizaines de milliers de personnes dans cette ville du nord-est des États-Unis.
Après une enquête menée tambour battant et une chasse à l’homme frénétique, Tamerlan Tsarnaev avait été tué lors d’une confrontation avec la police quatre jours plus tard. Djokhar Tsarnaev avait été arrêté, grièvement blessé, caché dans un bateau en banlieue de Boston. Il est aussi accusé d’avoir, dans sa fuite, tué un policier, les deux frères ayant essayé en vain de lui voler son arme, selon les autorités.
Le mal impuni
Sur une paroi intérieure du bateau, Djokhar Tsarnaev, arrivé aux États-Unis quand il avait 8 ans et naturalisé américain en 2012, avait écrit un semblant d’explication aux attentats.
«Le gouvernement américain tue nos civils innocents. Je ne peux pas supporter de voir ce mal rester impuni. Nous, musulmans, sommes un seul corps, vous faites du mal à l’un de nous, vous nous faites du mal à tous. (…) Arrêtez de tuer nos innocents et nous arrêterons».
Le procès fédéral, l’un des plus importants depuis celui de Timothy McVeigh, exécuté pour les attentats d’Oklahoma City en 1995, doit durer au moins trois mois.
Djokhar Tsarnaev, apparemment remis de ses blessures et détenu quasi à l’isolement dans la prison hôpital de Fort Devens, à quelque 70 km de Boston, sera défendu par une équipe de cinq avocats, parmi lesquels Judy Clarke, spécialiste des affaires, impliquant la peine de mort.
Procès retardé de deux mois
Elle l’a évitée à plusieurs de ses clients, dont l’auteur des attentats d’Atlanta en 1996 Eric Rudolph (2 morts, plus de 100 blessés), et Ted Kaczynski («Unabomber»), un mathématicien survivaliste qui entre 1978 et 1995 avait envoyé une série de colis piégés à des universités et compagnies aériennes (3 morts, 23 blessés). Mais il lui faudrait parvenir à un accord avec les procureurs, qui n’y semblent pas disposés à ce stade.
Mercredi dernier, le juge avait refusé de repousser une nouvelle fois le procès, déjà retardé de deux mois, comme le demandait la défense qui arguait ne pas avoir eu assez de temps. Il a aussi refusé qu’il soit déplacé dans une autre ville.
Là encore, il a rejeté les arguments de la défense selon laquelle il serait impossible d’avoir un jury objectif à Boston, en raison de l’impact énorme des attentats dans cette ville de 645’000 habitants.
30 chefs d’accusation
Le procès est sûr d’y raviver des émotions parfois toujours à vif, comme l’avait montré la dernière audience préparatoire du 18 décembre, où une victime avait rageusement montré sa jambe artificielle à des manifestantes pro-Tsarnaev devant le tribunal. Depuis, les avocats de Djokhar Tsarnaev ont demandé que cette demi-douzaine de protestataires partisanes de la théorie du complot ne soient plus autorisées à stationner devant le palais de justice.
Une Bostonienne, dont deux des fils ont dû être amputés après les attentats, s’est promis d’assister au procès tous les jours. «Je veux tout savoir», dit-elle. Et elle admet aussi qu’elle veut la peine de mort pour Djokhar Tsarnaev.
La sélection des jurés pourrait à elle seule prendre plusieurs semaines. Défense et accusation vont devoir s’accorder sur douze jurés et six remplaçants, parmi 1200 personnes contactées ces dernières semaines. Ces jurés potentiels seront convoqués par groupes de 400 (200 le matin, 200 l’après-midi) et auront à remplir un questionnaire pour commencer le processus d’élimination.
Djokhar Tsarnaev a plaidé non coupable des 30 chefs d’accusation retenus contre lui, dont utilisation d’arme de destruction massive ayant entraîné la mort, attentat dans un espace public et utilisation d’une arme à feu.
(ats/Newsnet)



