Plainte pour discrimination dans les indemnités de la Shoah

 

Une plainte pour discrimination a été déposée ce lundi 5 janvier devant la Commission européenne par des victimes du Service du travail obligatoire (STO) en Allemagne nazie après la décision de la France d’indemniser des déportés américains de la Shoah, selon leur avocat.

Déportés par la SNCF

«L’Etat français indemnise les plaignants américains qui ont mis en cause la SNCF pour avoir contribué à la déportation de juifs, mais on ignore les autres victimes qui ont été transportées dans les mêmes wagons pour devenir des esclaves du STO en Allemagne, c’est inacceptable», a dénoncé l’avocat Emmanuel Ludot, représentant deux victimes directes du STO et 10 héritiers de «personnes contraintes au travail en pays ennemi».

Selon lui, la Commission européenne doit examiner la requête des plaignants avant de décider de saisir ou non la Cour de justice de l’Union européenne qui instruirait alors la plainte contre l’État français.

«Ce sont des crimes ou des complicités de crimes contre l’humanité qui ne peuvent donc être prescrits», a-t-il affirmé.

Annuler l’accord franco-américain

Me Ludot demande également à la Commission de déclarer nul l’accord franco-américain d’indemnisation des victimes de la Shoah signé en décembre dernier qui prévoit de verser 60 millions de dollars à des juifs américains ou leurs descendants, déportés dans des wagons de la SNCF depuis la France vers les camps de la mort durant la Seconde Guerre mondiale.

«Cet accord viole la convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains signée à Varsovie le 16 mai 2005 qui stipule une égalité de traitement envers toutes les victimes», a indiqué l’avocat.

«En soi je ne dénonce pas cet accord qui doit être ratifié prochainement, je cherche à mettre la pression pour que soit reconnue la souffrance de tous de façon égale», a précisé Me Ludot.

En 2007, des victimes du STO estimant n’avoir jamais vu leur préjudice reconnu avaient demandé à être reçues par le président Nicolas Sarkozy pour trouver une «solution».

Les actions devant des tribunaux administratifs pour demander réparation à l’Etat français ont également été rejetées.

Selon le «Dictionnaire historique de la France sous l’Occupation» (Tallandier), 640.000 Français sont partis en Allemagne d’octobre 1942 à juillet 1944 pour travailler dans des usines d’armement à la suite de deux lois du régime collaborationniste de Vichy.

(afp/Newsnet)