XÉNOPHOBIE: Le mouvement Pegida divise l’Allemagne

 

Après trois mois d’existence, le mouvement populiste Pegida a été stoppé dans sa progression par une forte mobilisation antiraciste. Pour la première fois, les défenseurs d’une «Allemagne de la diversité» ont été plus nombreux dans les rues (30 000) que les «Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident» (Pegida) qui défilent depuis mi-octobre dans plusieurs villes d’Allemagne.

Syndicats, églises, entrepreneurs, sportifs, partis politiques de tous bords, personnalités, organisations antiracistes… «L’Allemagne de la diversité culturelle» a dit clairement «non» à la xénophobie. Le pays n’avait pas connu une telle mobilisation depuis 2000 lorsque le chancelier Schröder avait appelé au «soulèvement des gens honnêtes» contre les violences néonazies.

Après onze manifestations, le mouvement se concentre désormais à Dresde. Il semble avoir atteint son paroxysme puisque le nombre de manifestants n’avait pas évolué dans la capitale de Saxe (18’000 contre 17’500 fin décembre). Mais il continue d’être pris très au sérieux par la classe politique, car il a relancé le débat sur l’intégration des étrangers et sur l’accueil des réfugiés dont le nombre devrait atteindre un nouveau record en 2015. «Il ne faut surtout pas ignorer Pegida», insiste Werner Schiffauer, président du conseil interuniversitaire sur les migrations et sociologue à l’université européenne Viadrina de Francfort-sur-l’Oder. «Ce mouvement n’est pas né de rien. La prétendue islamisation de l’Occident est un prétexte pour exprimer des inquiétudes. Ce phénomène ne disparaîtra avec des appels moralistes», ajoute-t-il.

Quant à la classe politique, elle s’inquiète de la tentative de récupération du mouvement par le parti anti-euro AfD (Alternative pour l’Allemagne). «L’AfD se métamorphose lentement en bras parlementaire de l’extrême droite», prévient Bernd Riexinger, coprésident du parti «Die Linke» (gauche radicale). «Et l’émergence d’un leader politique charismatique pour ce genre de mouvement serait une catastrophe pour l’Allemagne», ajoute le sociologue Werner Schiffauer.

Dans le camp Merkel, les avis sont partagés sur l’attitude à avoir face à ce phénomène alors que les sondages révèlent que plus de la moitié des Allemands souhaitent limiter la construction des mosquées. La position de la branche bavaroise des conservateurs (CSU), qui vient de réclamer un durcissement des reconduites à la frontière pour les demandeurs d’asile, reste très ambiguë.

Le président de la CSU a décidé «d’ouvrir un dialogue» avec ce mouvement rejeté par tous les partis établis. «Ce ne sont pas des nazis», a insisté Horst Seehofer. Une position dangereuse, estime Werner Schiffauer. «Si la CDU glisse vers l’extrême droite, le mouvement de Dresde en profitera», prévient-il.

(24 heures)