De grands portraits de quatre des dessinateurs tués dans l’attentat contre Charlie Hebdo ont été placardés jeudi près du siège de l’hebdomadaire satirique où des Parisiens continuaient d’apporter fleurs et bougies en signe de solidarité, a constaté un journaliste de l’AFP.
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A l’angle de la rue Nicolas Appert, où est installé l’hebdomadaire satirique, les visages de Charb, Cabu, Wolinski et Tignous étaient affichés sur la façade d’un immeuble. Devant ces photos, des gerbes, des bouquets de roses et des bougies déposés par des anonymes, et même un ballon de rugby où était inscrit, en anglais: +Never quit, they can’t win, vive la France« (N’abandonnez jamais, il ne vaincront pas, ndlr).
L’attentat a fait douze morts
Tawfik Chalfouh, 51 ans, un habitant du quartier, était encore sous le choc. »Hier à 11H30, je suis allé chercher mes enfants à la sortie de l’école d’à côté, on a vu la police tirer, les gens crier. Ce matin, j’ai amené mes enfants à l’école, ils m’ont dit +papa j’ai peur+. J’habite ici depuis 18 ans, c’est quelque chose d’horrible, c’est un grand choc. Il faut défendre la liberté de la presse«, a-t-il expliqué à l’AFP.
»On est tous choqués, on savait que Charlie Hebdo était menacé mais je suis d’accord avec eux : on peut rire de tout, il faut combattre les gens qui instrumentalisent les religions«, renchérit François Siécat, 55 ans, un médecin généraliste qui est passé dans la matinée.
Quelques minutes avant midi
«Charlie sera libre!»: quelques minutes avant midi, le cri d’une femme brise le silence de la foule, parmi les centaines de personnes rassemblées, sous une forte pluie, sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame à Paris, devant des dizaines de journalistes du monde entier.
Beaucoup pleuraient ou fermaient les yeux, d’autres priaient tandis que touristes et Parisiens faisaient la queue pour entrer assister à la messe en hommage aux victimes.
Face au choc «d’un attentat terroriste» qui a fait douze morts, François Hollande avait annoncé une «journée de deuil national», mesure rarissime en France.
Dans la gare Saint-Lazare, un message appelle au recueillement avant un coup de sifflet qui retentit à midi: des centaines de personnes s’arrêtent de marcher et restent figés.
Julie, 37 ans, est «atterrée». «Il faut être ensemble et sauver la liberté d’expression», affirme cette assistante sécurité à la SNCF.
Plusieurs événements ou inaugurations annulés
Des grandes enseignes de distribution (Carrefour, Casino, Fnac, Quick) avaient précisé que les transactions commerciales seraient interrompues pendant la minute de silence.
A travers la France, plusieurs événements ou inaugurations ont été annulées, leur caractère festif n’étant pas de mise, comme la cérémonie d’installation officielle de la Métropole de Toulouse ou l’audience solennelle de rentrée de la cour d’appel de Rennes. Plusieurs préfectures ont aussi annulé les cérémonies de vœux prévues dans les jours à venir.
Dans l’est parisien, à 300 mètres du siège endeuillé de Charlie Hebdo, des enfants croisés le matin sur le chemin de l’école demandent à leurs parents «est-ce qu’ils ont été arrêtés?».
C’était comme un cauchemar
«Il faut expliquer ce qui s’est passé, on leur dit qu’il y a des méchants qui ont fait du mal, et que la police va les arrêter», dit Hervé Roch, père de deux enfants de neuf et quatre ans.
Angoissée, Sarah, douze ans, ne voulait pas aller au collège. Sa mère a exceptionnellement décidé de l’accompagner. «C’est important qu’elle y aille… Si on se met à avoir peur, on leur donne raison».
«En me réveillant, je n’y croyais pas, c’était comme un cauchemar…», raconte Anne-Laure Roserat, une institutrice du quartier. Elle se rend à une cellule psychologique prévue par l’Éducation nationale «pour nous aider à en parler: les enfants ont peut-être vu ou entendu des choses».
A Bordeaux, Nantes, Saint-Denis de La Réunion
A Saint-Germain-en-Laye, dans les Yvelines, une mère a parlé de l’attentat à ses enfants, préférant qu’ils ne l’apprennent pas dans la cour de récré «où les choses peuvent être déformées».
Une autre mère a préféré ne rien dire: «ils sont petits, j’avais peur de ne pas trouver les mots. J’espère que la maîtresse va le faire».
Sur le parvis des droits de l’Homme de Bordeaux, où le rassemblement organisé mercredi après-midi s’est poursuivi une bonne partie de la nuit, des passants continuaient de s’arrêter jeudi matin pour déposer fleurs, bougies, inscriptions à la craie, vieux exemplaires de Charlie…
A Nantes, un jeune homme, portant un tee-shirt noir sur lequel il a peint en lettres blanches «Je suis Charlie», se recueillait jeudi matin sur la Place Royale. En larmes devant des dizaines de bougies éteintes et des fleurs laissées au bord de la fontaine, où trônent des pancartes «Je suis Charlie», il lâche: «ils ont voulu tuer Charlie Hebdo, mais ils l’ont rendu immortel».
A 9’000 km de là, plusieurs centaines de personnes rassemblées à Saint-Denis de La Réunion portaient des pancartes proclamant «nou lé Charlie» («Nous sommes des Charlie», en créole réunionnais).
La Tour Eiffel dans le noir
Sur les réseaux sociaux ou par texto, certains appelaient à une opération «bougie aux fenêtres» jeudi soir pour donner un «message de paix, pour la liberté».
Et à 20h00, les lumières de la Tour Eiffel s’éteindront en hommage aux victimes.
( /afp, ats/Newsnet)



