Espagne: Déferlante à Madrid contre la corruption des partis: “C’est l’heure du changement!”

 

Ils étaient plus de 100 000 manifestants, samedi, à défiler dans les rues de Madrid. Venus de toute l’Espagne à l’appel de Podemos pour participer la «Marche du changement», ils fêtaient la victoire de Syriza en Grèce et affirmaient leur volonté de gagner les élections législatives qui se dérouleront d’ici la fin de l’année.

«Tic-tac, tic-tac, c’est l’heure du changement!» scandait la foule. «Pour la première fois, j’ai l’impression que mon vote sera utile et que je serai écoutée, je n’aurai plus besoin de me boucher le nez en glissant mon bulletin dans l’urne», affirme Begoña de la Hoz, «social media manager» de 42 ans, qui a entraîné mari, parents et enfants dans la manifestation. «Nous sommes tous pour Podemos, dit-elle, parce que nous nous sentons roulés dans la farine par les politiques, on les a vu s’enrichir allègrement pendant que le pays tombait dans la misère. Ils se fichent de nous? C’est nous qui nous ficherons bien d’eux quand nous les mettrons dehors!»

Tout au long du cortège, la même clameur, la même colère, contre la classe politique corrompue, coupée de la réalité des Espagnols, incapable de sortir le pays de la crise, accusée d’avoir accepté de se laisser imposer la même austérité par Bruxelles. «Le système est pourri, il faut changer tout et rendre le pouvoir aux citoyens», clame Antonio Geraldo, physicien qui du haut de ses 65 ans s’est inscrit au Cercle de militants de Podemos de son quartier. «Tous les partis auxquels j’ai voté au long de ma vie ont fini corrompus ou intégrés au système. Les Grecs ont fait ce que nous devons faire nous aussi, un choix radical pour en finir avec toi ça.»

La litanie de toutes les affaires de corruption qui ont éclaboussé la vie politique de tous bords durant les dernières années, rythme les conversations dans le défilé. «Ici, il y a une crise économique, mais il y a surtout une crise politique: la gauche a disparu!» ironise Alfonso Nevarez, étudiant en psychologie venu de Séville. «On a été trop longtemps paralysé par la mystification. Voter PSOE, c’est voter à gauche?» s’indigne-t-il. «Ils tapent dans la caisse autant que les autres dès qu’ils en ont l’occasion!»

A quelques pas de lui, Elena Ramirez, fonctionnaire de 55 ans venue défiler avec ses amies s’interroge: «Je ne sais pas si je voterai Podemos, avoue-t-elle. Mais je suis d’accord avec tous leurs reproches au système, on ne peut pas continuer comme ça.» Pour elle comme pour nombre de ceux qui défilaient dimanche, la force de Podemos est de casser enfin de bipartisme qui régit l’échiquier politique.

«Ras le bol de l’alternance entre deux partis qui font la même chose!» clame Pepe Hernandez, chercheur en mathématiques de 59 ans. «Les socialistes ont du souci, à se faire, ce sont leurs électeurs qui défilent avec Podemos.» Et avertit: «S’ils ne font rien, ils finiront comme le PASOK. Les Grecs ont ouvert le chemin, c’est au tour de l’Espagne maintenant.»

(TDG)