L’exécution de Kenji Goto ébranle le Japon pacifiste

 

Le coup est très dur pour le Japon. Le groupe «Etat islamique» (Daech en arabe) a diffusé samedi sur Twitter une vidéo montrant ce qui semble bien être l’exécution du journaliste nippon Kenji Goto, enlevé fin octobre ou début novembre en Syrie. Et cela, une semaine après que les mêmes djihadistes ont annoncé la décapitation de celui que le reporter avait justement tenté de retrouver au Moyen-Orient: son compatriote Haruna Yukawa, capturé en août.

Pour ajouter l’incompréhension à l’horreur de cette terrifiante vidéo, le bourreau à l’accent britannique y affirme punir la «participation irresponsable» du Japon à la guerre de la coalition internationale contre les djihadistes. Or, l’archipel ne participe pas aux combats contre Daech. Par contre, le drame survient en pleine tournée au Moyen-Orient du premier ministre Shinzo Abe, juste après que celui-ci a promis une aide de 200 millions de dollars aux pays affectés par l’offensive djihadiste qui s’étend sur de larges pans de territoire en Syrie et en Irak.

D’ailleurs, le groupe «Etat islamique» avait demandé une rançon du même montant, dans un premier temps, avant de changer de tactique et de réclamer la libération d’une kamikaze irakienne détenue en Jordanie. Autant dire que l’image pacifiste de l’archipel nippon ne le protège plus, et la politique du premier ministre Shinzo Abe ne simplifie pas les choses, observent des experts.

Depuis son retour au pouvoir fin 2012, ce conservateur s’est mis en tête de redonner fierté et puissance au Japon sur la scène internationale. Il a visité plus de 50 pays en deux ans et réinterprété la Constitution «pacifiste» pour autoriser l’armée à intervenir hors des frontières dans le cadre de la «défense collective» au profit d’alliés en difficultés.

Mais l’opinion craint que ce genre d’initiative n’entraîne le pays dans des conflits distants et inextricables, comme la lutte contre Daech emmenée par les Etats-Unis. «Jusqu’ici les gens pensaient que le Japon n’avait pas grand-chose à voir avec le Moyen-Orient et que les djihadistes ne s’en préoccupaient pas», explique Tomoaki Iwai, professeur de sciences politiques à l’Université du Japon. «Maintenant, ils se rendent compte que les terroristes sont partout et peuvent cibler n’importe qui».

«Cette crise des otages est un grand choc pour les Japonais. Beaucoup estiment que le pays devrait faire profil bas plutôt que d’intervenir sur des sujets internationaux susceptibles de mettre en danger la vie des citoyens japonais», a estimé Takehiko Yamamoto, professeur de relations internationales à l’Université Waseda de Tokyo.

Avec AFP (TDG)