Vrais jumeaux: le crime parfait n’a plus d’avenir

 

L’histoire est digne d’un épisode des Experts Miami. Il y a une dizaine d’années, deux femmes sont violées à quelques jours d’intervalle aux Etats-Unis. La police scientifique mène l’enquête et, très vite, l’ADN parle. Problème: le suspect, qui a laissé son matériel génétique sur la scène de crime, ne peut être arrêté. Pourquoi? Il possède un frère jumeau!

«Les tests génétiques utilisés dans le domaine judiciaire et pour les tests de paternité se concentrent sur de petites parties de l’ADN, appelées microsatellites, explique le docteur Vincent Castella, responsable de l’Unité de génétique forensique du Centre universitaire romand de médecine légale (CURML). Ces régions sont très variables d’un individu à l’autre, ce qui permet d’individualiser une personne à travers son ADN.»

Chaque année, l’Unité de génétique forensique du CURML, qui effectue les tests génétiques pour l’ensemble de la Suisse romande, analyse ainsi 25 000 échantillons. «Ces tests contribuent à identifier une quarantaine d’auteurs d’infractions par semaine, impliqués aussi bien dans des vols que dans des affaires criminelles», détaille Vincent Castella.

Infimes différences

Et les vrais jumeaux? Issus du même ovule fécondé, ils devraient en théorie posséder le même matériel génétique. Impossible donc de les distinguer. «Néanmoins, on sait depuis plusieurs années qu’il existe d’infimes variations dans l’ADN entre les jumeaux. Elles résultent de mutations qui se sont produites après la division de l’ovule fécondé en deux embryons, poursuit Vincent Castella. Les techniques d’analyses classiques ne sont toutefois pas adaptées pour déceler ces quelques différences.»

Aujourd’hui, l’amélioration des méthodes change la donne. «Il y a environ dix ans, les premiers séquençages complets du génome humain ont pris des années et coûté des milliards de francs, rappelle le généticien. Aujourd’hui, cela se fait en quelques jours pour un millier de francs.» Conséquence: des chercheurs allemands ont décidé de comparer minutieusement le génome de deux jumeaux. Leur étude, publiée dans le journal Forensic Science International: Genetics en mars 2014, montre que sur les 3 milliards de paires de bases que compte le génome humain, cinq paires de bases diffèrent dans l’ADN de deux frères issus d’un même ovule. Très peu, mais assez pour les distinguer. «Nous n’avons pas encore assez de recul pour savoir combien de différences existent en moyenne chez les jumeaux, souligne le Dr Vincent Castella. Mais cette étude montre qu’il est possible de les individualiser.»

Bientôt aux Etats-unis

Un résultat qui n’est pas passé inaperçu du côté des Etats-Unis. En appliquant la même méthode, les enquêteurs américains sont parvenus à distinguer le jumeau supposé responsable du viol. Prochainement, un juge décidera si ce nouveau test est recevable, ou non, devant un tribunal. «Sur le plan scientifique, cette méthode me paraît solide. De plus, les différences mises en évidence par cette méthode peuvent être confirmées par des analyses classiques, déjà reconnues dans le domaine de la génétique forensique. Les résultats devraient être acceptés par la justice américaine, estime Vincent Castella. Mais c’est une bataille d’experts et d’avocats… Il peut y avoir des surprises.»

En Suisse, en revanche, ce test poserait problème. «L’ADN ne peut être utilisé en Suisse pour connaître les caractéristiques d’une personne, comme sa couleur de peau ou sa taille, explique le spécialiste. Or, cette technique nous donne accès à ces informations. Pour l’utiliser, il faudrait donc changer la loi au préalable.»

(TDG)