Manifestations: Des milliers de Brésiliens dans la rue contre la corruption

 

Des dizaines de milliers de Brésiliens ont manifesté dimanche contre la corruption et la présidente Dilma Rousseff. Celle-ci est aux prises avec le vaste scandale de corruption qui éclabousse le groupe pétrolier d’Etat Petrobras (PBR 7.75 2.79%)et sa coalition de centre-gauche.

La mobilisation semblait toutefois sensiblement moindre que lors de la première journée nationale de protestation de ce type, qui avait réuni jusqu’à 1,7 millions de personnes le 15 mars pour réclamer la fin de l’impunité dans les affaires de corruption et la destitution de la présidente de gauche. Vers 13h30 (19h30, en Suisse), la police a estimé le nombre de participants à 105’000 et les organisateurs à 188’000.

Plus de 25’000 personnes ont défilé à Brasilia, la capitale, dans une ambiance festive et familiale. Il y avait environ la moitié de l’affluence du 15 mars, a indiqué la police militaire. A Rio de Janeiro aussi, sur l’avenue bordant la plage de Copacabana, la foule semblait moindre qu’il y a un mois.

A Sao Paulo, la capitale économique du Brésil où jusqu’à un million de personnes avaient manifesté le 15 mars, les protestataires commençaient à se rassembler dans le centre.

Aux cris de «Dehors Dilma!», «Dehors le PT!» (Parti des travailleurs au pouvoir, gauche: ndlr), les manifestants réclamaient un peu partout la destitution de la présidente Rousseff, quelques mois seulement après sa difficile réélection pour un second mandat de quatre ans.

Majorité pour une destitution

Selon un sondage de l’Institut Datafolha publié samedi, 63% des Brésiliens seraient favorables à la destitution de la présidente à cause du scandale Petrobras. Mais ils sont également 64% à penser que cela ne se produira pas, même si huit sur dix pensent qu’elle était au courant des malversations au sein du géant pétrolier.

La plupart des juristes estiment que les conditions d’une destitution de la présidente ne sont pas réunies et aucun parti politique de poids ne s’est pour le moment prononcé ouvertement en faveur de cette option radicale défendue par une majorité de manifestants.

«Le principal objectif est d’obtenir la destitution de Rousseff ou sa démission», a ainsi déclaré le politologue Fabio Ostermann, coorganisateur du Mouvement Brésil Libre (MBL), l’une des organisations officiellement apolitiques à l’origine de ces manifestations.

Treize sénateurs, 22 députés, deux gouverneurs, le trésorier du Parti des travailleurs (PT, gauche) au pouvoir, d’anciens fonctionnaires de la présidence et d’ex-élus sont dans le collimateur de la justice pour leur supposée participation à un vaste système de corruption qui aurait brassé jusqu’à quatre milliards de dollars en une décennie, selon les enquêteurs.

Un allié frondeur

Le trésorier du PT, Joao Vaccari, qui clame son innocence, a été formellement accusé de corruption et blanchiment d’argent. Il sera prochainement jugé avec 26 comparses, dans un premier volet de l’affaire.

La présidente Rousseff affronte parallèlement d’importantes difficultés sur les fronts économique et politique.

Le Brésil, septième économie mondiale, est au bord de la récession, avec une inflation à 8,13%, des comptes publics dégradés qui obligent le gouvernement à tenter d’imposer une cure d’austérité d’autant plus impopulaire qu’elle avait été écartée par la candidate Dilma Rousseff.

Sur le front politique, la présidente doit composer avec l’humeur chaque jour plus frondeuse de son soi-disant principal allié parlementaire, le Parti du Mouvement démocratique brésilien (PMDB), dont sont membres les présidents du Sénat et du Congrès des députés, tous deux visés par l’enquête Petrobras.

(ats/Newsnet)