Alex Masi, un photographe italien établi à Londres, est revenu pour «The Independent» sur un cliché qui a particulièrement marqué sa jeune carrière. En août 2009, l’homme alors âgé de 28 ans se rend à Bhopal pour y photographier Sachin Jatec, un jeune garçon lourdement handicapé. L’explosion d’une usine produisant des pesticides en 1984 y est peut-être pour quelque chose.
«Il a commencé à pleuvoir très fort. Il n’avait pas plu depuis longtemps, alors les enfants étaient surexcités», raconte le photographe. A ce moment là, le regard de l’Italien se pose sur Poonam, 7 ans, la petite soeur de Sachin. «J’étais à l’abri sous une feuille de plastique et elle était juste devant moi. Pendant un court instant elle a profité de la pluie, puis elle a réalisé que je la prenais en photo et elle s’est enfuie», se souvient Alex Masi.
Le cliché qu’il vient de réaliser est un véritable bijou empli «d’un sentiment de liberté et d’émancipation, malgré le décor», estime-t-il. En 2011, cette photo remporte le Photographers Giving Back Photo Award et son auteur reçoit 5000 dollars. Il décide de se servir de cette somme pour aider la fillette et sa famille. Plutôt que de leur verser directement l’argent, Alex Masi choisit de leur assurer un avenir en leur faisant construire une maison en briques en lieu et place de leur cabane faite de boue et de fumier.
«J’ai pu voir comme la vie de cette famille a changé»
Le père de famille acquiert un chariot qui lui permettra de vendre des légumes et laisser tomber son travail de laboureur. Un simple investissement qui lui permettra de doubler ses revenus. Les trois plus jeunes enfants de la famille sont inscrits dans une école privée. Avec l’aide du crowdfunding, Alex Masi continue de financer la formation des bambins et rend visite chaque année à la famille Jatec afin de documenter son évolution. «J’ai pu voir comme la vie de cette famille a changé. J’ai voulu rester impliqué, les voir grandir», confie le photographe.
L’Italien s’efforce de garder une certaine distance afin d’éviter que ses protégés ne dépendent trop de lui. Et malgré leur méfiance du début, les Jatec ont fini par faire confiance à cet Occidental au grand coeur. «Je crois qu’ils sont contents de me voir, mais si je passe trop de jours à prendre des photos, ils s’ennuient un peu», raconte-t-il. Aujourd’hui, les filles de la famille sont heureuses à l’école. Elles rêvent de devenir enseignantes.
(joc)




