Trente personnes ont été inculpées de «terrorisme» lundi en Macédoine. Elles sont impliquées dans les combats meurtriers qui ont opposé la police à un groupe armé, présumé d’origine albanaise, ce week-end. Il s’agit des pires violences dans ce pays en 14 ans. Ces affrontements ont fait 22 morts – huit policiers et 14 membres du groupe armé – à Kumanovo, au nord-est de la capitale Skopje. Trente-sept policiers ont été blessés dans les combats.
L’ONU appelle au calme
Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a appelé lundi au calme après les combats entre la police et un groupe armé en Macédoine ce week-end.
«En ce moment délicat, le secrétaire général appelle tous les protagonistes à faire preuve du maximum de retenue et à éviter toute déclaration ou action qui pourrait faire monter la tension», a déclaré son porte-parole Stéphane Dujarric.
Ban Ki Moon «s’inquiète des violences récentes à Kumanovo» et soutient les appels au calme lancés par l’Union européenne. Il encourage les autorités de Macédoine «à réaffirmer leur attachement aux droits fondamentaux (…) en promouvant un environnement dans lequel des points de vue opposés peuvent s’exprimer librement», a ajouté le porte-parole.
Des dizaines de maisons détruites, des façades calcinées ou criblées d’impacts de balles témoignent de la violence des affrontements. dans le quartier à majorité albanaise où s’était retranché le groupe. Lundi, des habitants qui avaient fui le quartier des combats retournaient chez eux, ont constaté des journalistes de l’AFP.
Les forces spéciales de la police ont, elles, quitté cette ville d’environ 100’000 habitants, en majorité slaves macédoniens. Kumanovo se trouve proche de la frontière avec le Kosovo d’où, selon la presse, le groupe serait venu. La fin de l’opération a été annoncée dimanche dans la soirée. La police affirmait avoir «neutralisé un groupe terroriste».
Pristina condamne
Arrêtées lors des combats, trente personnes ont été inculpées de «terrorisme, d’avoir mis en danger l’ordre constitutionnel et la sécurité». Il s’agit de 18 Kosovars, 11 Albanais de Macédoine, et le dernier est un ressortissant albanais résidant en Allemagne, a indiqué le parquet dans un communiqué. Certaines personnes sont accusées de «possession illégale d’armes et d’explosifs».
Le Kosovo a «condamné toute implication» de ses ressortissants dans ces combats, affirmant qu’ils avaient pour but de «déstabiliser le Kosovo et les pays voisins».
Peu après le début des affrontements, un communiqué, publié par la presse macédonienne de langue albanaise, affirmait que les combats étaient menés par l’Armée nationale de libération (UCK). Ils avaient pour but de faire cesser l’agression de la police contre des innocents, souligne le texte. L’UCK de Macédoine, créée lors du conflit de 2001, n’existe plus officiellement.
Crise politique en toile de fond
Ces violences ont réveillé la crainte d’un conflit similaire à celui de 2001. Pendant six mois, les forces armées macédoniennes étaient aux prises avec des rebelles albanais réclamant davantage de droits au sein de la société.
Mais le pays, candidat depuis dix ans à une adhésion à l’Union européenne, est aussi en proie à une grave crise politique. Elle oppose depuis des mois les principales formations slaves. L’opposition de gauche accuse le pouvoir conservateur de corruption et de la mise sur écoute de 20’000 personnes, dont des personnalités politiques, des journalistes et des chefs religieux.
Un grand rassemblement de l’opposition est prévu le 17 mai. Ex-république yougoslave, la Macédoine compte 2,1 millions d’habitants, dont un quart d’origine albanaise.
(afp)




