La cheffe de la diplomatie européenne a d’abord dit sa «honte que l’Europe ne se réveille que lorsqu’elle est confrontée à des morts». Depuis le début de l’année, quelque 1800 migrants, hommes, femmes et enfants, sont morts ou ont disparu en Méditerranée, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM).
«Notre priorité est de sauver des vies et d’empêcher des pertes humaines supplémentaires en mer», a plaidé Mme Mogherini devant le Conseil de sécurité. Elle a insisté sur la nécessité de traiter tous les aspects de cette «situation sans précédent», humanitaire et politique autant que sécuritaire.
L’Italienne a aussi fait valoir que «l’Union européenne est finalement prête à prendre ses propres responsabilités: sauver des vies, accueillir des réfugiés, traiter les causes profondes et démanteler les organisations criminelles». Mais, a-t-elle martelé, «nous ne pouvons pas travailler seuls, il faut un partenariat si nous voulons mettre fin à ces tragédies».
Elle a également affirmé que l’Europe voulait agir «en partenariat» avec les autorités libyennes. «Notre message aux Libyens est le suivant: l’Europe est prête à vous aider de toutes les manières possibles, l’Europe sera à vos côtés».
Résolution en préparation
Mme Mogherini n’est pas entrée dans les détails de ce qu’elle a qualifié de «possible opération navale». Après des consultations à huis clos avec les 15 pays membres, elle s’est dite «confiante dans la possibilité d’obtenir une résolution (du Conseil) dans un délai raisonnable».
L’UE veut obtenir le feu vert du Conseil de sécurité pour une opération militaire contre les passeurs qui forcent les migrants à risquer leur vie en haute mer pour gagner l’Europe depuis la Libye. Une résolution de l’ONU est en préparation, qui autoriserait l’arraisonnement, et éventuellement la destruction, des navires utilisés par les trafiquants.
Mais la Russie et certains pays africains restent réticents. Les pays européens membres du Conseil espèrent mettre un projet de texte sur la table dans les prochains jours.
Une première
Le 23 avril, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE s’étaient réunis en urgence après un naufrage qui avait coûté la vie à 800 migrants. Ils avaient alors demandé à Mme Mogherini de préparer une mission militaire pour «capturer et détruire les embarcations avant qu’elles ne soient utilisées» par les passeurs en Libye, «dans le respect du droit international».
Les Européens espèrent intensifier leur traque et arraisonner des embarcations dès le mois de juin, selon une source diplomatique. Une telle mission contre des trafiquants, à laquelle participeraient des bâtiments de guerre de plusieurs pays européens, serait une première.
L’OTAN «soutient pleinement» l’UE qui «veut donner une réponse plus globale à cette tragédie», a commenté lundi son secrétaire général, Jens Stoltenberg. L’Alliance n’a pas été sollicitée, mais verrait une partie des navires de ses membres occupés par cette tâche.
Convaincre Moscou et Pékin
L’UE demande une résolution de l’ONU, car cette opération militaire suppose d’entrer dans les eaux territoriales de la Libye et d’arraisonner des bateaux qui battent pavillon étranger. Il s’agit notamment de repérer les bateaux utilisés par les passeurs pour tracter jusqu’en haute mer les embarcations de fortune chargées de centaines de migrants.
Les ministres européens des Affaires étrangères et de la Défense pourraient entériner le principe de cette mission lors d’une réunion conjointe prévue le 18 mai. Mais selon un autre diplomate, ils n’auront pas obtenu d’ici là un vote du Conseil de sécurité, car «il faut encore caresser les Russes dans le bon sens».
Mme Mogherini devra aussi convaincre la Chine. Lundi, le ministère chinois des Affaires étrangères s’est dit «disposé à écouter les arguments» de l’UE.
L’ONU a annoncé lundi que son secrétaire général Ban Ki-moon se rendrait le 26 mai à Bruxelles pour s’adresser au Parlement européen. Il a demandé à l’UE de ne pas privilégier l’option militaire, mais d’offrir aux migrants des possibilités légales de s’installer en Europe.
(afp)




