Trafic de migrants: L’UE lance une opération navale en Méditerranée

 

L’opération militaire «doit rendre impossible, pour les organisations criminelles, de réemployer les instruments qu’elles utilisent pour faire mourir des personnes en mer», a affirmé la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini.

Cette mission, baptisée «EU Navfor Med», va déployer des bâtiments de guerre et des avions de surveillance des armées européennes au large de la Libye, devenue la principale plate-forme du trafic.

Elle requiert un accord des Nations unies et ne doit être véritablement lancée qu’en juin.

Centaines de tués récents

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 34’500 migrants sont arrivés en Italie depuis le début de l’année et quelque 1770 sont décédés ou ont disparu en mer, soit plus de la moitié des près de 3300 tués enregistrés en 2014.

Mais d’emblée, le gouvernement libyen reconnu par la communauté internationale a exprimé son rejet d’une option militaire.

«Toute action militaire doit se dérouler avec la coopération des autorités libyennes», a déclaré à l’AFP le porte-parole du gouvernement, Hatem el-Ouraybi.

«L’option militaire n’est pas humaine lorsqu’il s’agit de faire face aux embarcations se trouvant dans ou hors des eaux libyennes», a-t-il poursuivi, invoquant notamment «la sécurité des pêcheurs libyens».

Réunis à Bruxelles, les ministres européens des Affaires étrangères et de la Défense ont souhaité obtenir «le consentement» préalable des autorités libyennes, alors que ce pays est plongé dans le chaos sécuritaire et politique, avec deux parlements et gouvernements rivaux.

Les dirigeants européens s’étaient entendus sur le principe d’une opération pour «capturer et détruire les embarcations» des passeurs venant de Libye avant qu’elles ne soient utilisées. Ils ont également triplé le budget des deux missions européennes de surveillance et sauvetage en Méditerranée.

Vote attendu à l’ONU

La Commission européenne souhaite par ailleurs établir des quotas pour mieux répartir les réfugiés, à commencer par 20’000 Syriens dont l’ONU demande l’accueil à l’UE. Mais le projet a déjà été rejeté par la Grande-Bretagne, la Slovaquie, la Hongrie, l’Espagne et la France.

Pour encadrer le volet militaire de leur action, les Européens veulent une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. «Je n’ai constaté aucune résistance politique majeure», a affirmé Mme Mogherini.

D’abord réticente, la Russie semble elle prête à soutenir un texte ne mentionnant pas spécifiquement la destruction des navires. Il ne devrait toutefois pas être adopté avant la fin de la semaine.

La mission militaire est unanimement dénoncée par les ONG, pour qui elle va seulement déplacer les routes migratoires et augmenter les risques pour les migrants.

Appel lancé par l’Allemagne

Le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier a lui souligné que les Européens travaillaient à une réponse globale au problème.

«Les missions de sauvetage ne vont rien changer à elles seules, la mission militaire ne changera rien à elle seule. Nous devons aussi obtenir un engagement des pays d’origine des réfugiés et une stabilisation de la Libye», a-t-il plaidé.

L’opération aura son quartier général à Rome et doit être commandée par l’amiral italien Enrico Credendino. La France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne ont déjà promis des navires.

Si les opérations terrestres en Libye sont exclues, M. Désir a estimé qu’il fallait pouvoir «intervenir au plus près des côtes de départ».

Avertissement par Stoltenberg

Sont aussi visés les bateaux utilisés par les passeurs pour tracter jusqu’en haute mer des radeaux de fortune chargés de centaines de migrants.

Non sans risque: des trafiquants ont déjà ouvert le feu sur les gardes-côtes italiens pour qu’ils abandonnent un navire intercepté.

«Il peut y avoir (…) des terroristes qui se cachent, se mêlent aux migrants», a aussi fait observer le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, invité par les ministres à se joindre à la réunion.

(ats)