Après la victoire de la gauche radicale Syriza en janvier en Grèce, le coup de semonce est clair, à six mois des législatives: quatre ans après la naissance du mouvement des indignés, les Espagnols ont exprimé lors des municipales et régionales leur ras-le-bol de l’austérité imposée par la droite et de la corruption gangrénant la politique.
A Barcelone, la liste de l’«indignée» Ada Colau (notre photo), une militante anti-expulsions, est arrivée en tête devant celle du maire nationaliste sortant Xavier Trias.
A Madrid, celle de «Ahora Madrid» (Maintenant Madrid) avec l’ex-juge Manuela Carmena, comprenant notamment «Podemos» (On le peut!), est deuxième après celle du Parti populaire (PP) sortant (20 conseillers contre 21) et pourrait gouverner avec l’appui des socialistes (neuf sièges), Ciudadanos arrivant quatrième (sept sièges).
Les partisans des indignés, comme Antonio Sama, 53 ans, un syndicaliste de gauche manifestant devant la mairie de Madrid encore occupée par la droite et estimait lundi matin que Manuela Carmena apporterait «un souffle d’air frais».
«Ca va convaincre beaucoup de gens qui ont peur du changement qu’il est possible de faire les choses autrement», a estimé non loin de lui Isabel Fernandez Lopez, une autre manifestante de 51 ans.
Dans la nuit, les partisans de Manuela Carmena, ancienne juge communiste de 71 ans, ont fait la fête dans la capitale, tenue par la droite depuis 23 ans et berceau du mouvement des «indignés».
La résignation vaincue
A Barcelone aussi, d’autres ont célébré la victoire d’Ada Colau, 41 ans, égérie des «indignés», également soutenue par Podemos. «Le désir de changement a vaincu la campagne de la peur, de la résignation», a-t-elle lancé avec des larmes de joie.
Ces indignés seront cependant vite rattrapés par la réalité des tractations qui suivront ces résultats.
Ada Colau doit être investie par le conseil municipal et peut être renversée par une coalition d’opposants. A Madrid, le PP s’attend à une alliance de la liste de «Manuela» avec les socialistes du PSOE pour le chasser, mais reste en tête et lui mènera la vie dure. Pedro Sanchez, secrétaire général du PSOE (25% des voix au niveau national), a lui estimé que les Espagnols voulaient un coup de barre à gauche, assurant que son mouvement ferait en sorte qu’il y ait «des gouvernements progressistes».
Sur l’ensemble du pays, le PSOE et le PP ont 52% des suffrages contre 65% en 2011 et le camouflet pour la droite est clair.
Le parti «va perdre le gouvernement de communautés autonomes (régions) très importantes… et des villes de province», a admis sur la radio Cadena Ser la candidate à la présidence de la région de Madrid, Cristina Cifuentes, de l’aile modérée du PP: les électeurs veulent «que nous changions de comportement et davantage de proximité».
Le PP chassé?
Le PP, qui dirigeait 13 régions sur 17, a perdu 2,5 millions d’électeurs même s’il reste premier (27% des voix). Il pourrait être chassé du pouvoir dans six régions: en Estrémadure (ouest), où le PSOE est en tête, et dans cinq autres par le jeu des alliances: Aragon (nord), Cantabrie (bien Cantabrie, nord), Castilla La Mancha (centre), les Baléares (est) et enfin son bastion de Valence (est), gangréné par la corruption.
Podemos, créé en janvier 2014 par un groupe enseignants en sciences politiques, a gagné une troisième place dans une dizaine de régions, selon des résultats presque définitifs publiés lundi. «Notre main est tendue mais ceux qui voudraient s’entendre avec nous doivent assumer que la manière de faire de la politique doit changer», a déclaré lundi son chef Pablo Iglesias.
L’autre jeune formation, Ciudadanos (centre droit), a revendiqué une «troisième place au niveau municipal» et lancé un message semblable.
Le chef du gouvernement Mariano Rajoy devait se réunir avec l’exécutif du PP pour analyser les résultats, qui ne faciliteront pas sa tâche en vue des législatives.
(afp/Newsnet)




