Le mea culpa de l’Eglise catholique irlandaise

 

Fièrement dressée le long du grand canal de Dublin, au sud de la ville, l’église Saint Mary était bien remplie, dimanche, pour la messe de 11 h. Solennel dans sa robe rouge de la Pentecôte, le père Fachtna McCarthy a pris soin de ne pas aborder l’actualité de la veille, mais les discussions y convergeaient forcément, sur le perron de l’édifice, une fois l’office terminé.

«Surprise par l’ampleur» de la victoire du «oui» au référendum pour le mariage homosexuel vendredi, qui a passé avec 62% des suffrages, Áine, 72 ans, dit ne plus reconnaître le pays dans lequel elle a grandi: «Le mariage homosexuel ne correspond pas à notre éducation et à certains de nos principes.» Pour Richard, la cinquantaine, venu avec sa femme et deux de ses enfants, «l’émotion l’a emporté sur la raison».

Grande perdante du scrutin, l’Eglise catholique irlandaise a déjà commencé son examen de conscience. L’un de ses plus hauts responsables, l’archevêque de Dublin Diarmuid Martin, a reconnu au micro de la télévision publique RTE qu’elle n’avait pas réussi à anticiper la «révolution culturelle» qui se dessinait sous ses yeux.

Même si 84% des Irlandais se déclaraient encore catholiques dans le dernier recensement de 2011, l’institution, jadis toute-puissante, a clairement perdu son emprise sur la population. «Nous devons regarder la réalité en face, nous asseoir autour d’une table et comprendre les raisons qui ont poussé la jeunesse à s’éloigner de nous», poursuit le prélat.

Le Labour irlandais, membre de la coalition au pouvoir, a profité de la brèche ouverte par le référendum sur le mariage homosexuel pour s’attaquer à l’un des derniers bastions conservateurs: l’avortement, toujours interdit par le 8e amendement de la Constitution, sauf en cas de risque «réel et substantiel» pour la vie de la femme.

La vice-première ministre Joan Burton, leader du Labour, a confirmé ce week-end qu’elle souhaitait l’abrogation de cet amendement. Mais son partenaire gouvernemental, le Fine Gael (centre droit), a d’ores et déjà fait savoir qu’il n’aborderait pas le sujet – sur lequel les Irlandais sont nettement plus divisés – avant les prochaines élections législatives, prévues en 2016.

L’Église catholique, longtemps campée sur ses positions ultraconservatrices, aura peut-être trouvé d’ici là la façon de «faire passer [son] message», selon les mots de l’archevêque Diarmuid Martin. «Contrairement à ce que nous avons tendance à penser, rien n’est jamais tout blanc ou tout noir. Beaucoup d’entre nous voient les choses en gris.» Depuis samedi, l’Irlande s’est surtout drapée d’arcs-en-ciel.

(24 heures.ch)