Au moins 40 guérilleros des FARC ont été tués dans des bombardements de l’armée ces derniers jours. Des attaques menées en représailles contre la mort de onze soldats en avril. Les rebelles marxistes ont ainsi suspendu leur «cessez-le-feu unilatéral» décrété il y a six mois. Mais les pourparlers de paix ont tout de même repris lundi à La Havane. Interview de l’universitaire Jean-Pierre Gontard, qui fut médiateur suisse de ce conflit.
Cette recrudescence de la violence met-elle en péril le processus de paix?
Les opérations de ces derniers jours ont été d’une grande violence. Mais assez rapidement, des responsables de très haut niveau des deux côtés ont réaffirmé leur intention de continuer à discuter. Le dirigeant des FARC, Pablo Catatumbo, a déclaré que l’escalade de la guerre n’est pas le chemin. Le président Juan Manuel Santos a, lui, affirmé qu’on ne pouvait se réjouir de la mort d’aucun être humain et qu’il faut «arrêter ce bain de sang».
Il faut aussi se rappeler que le processus de paix a été lancé sans suspension du conflit. Le cessez-le-feu des FARC n’est intervenu que plus tard, en gage de bonne volonté. Je reste donc confiant. Le processus est solide. Mais il faut absolument que les FARC continuent d’affirmer qu’elles ne quitteront pas la table des négociations. Et le président Santos doit montrer aux ennemis de la paix qu’il est le chef et qu’il fera la paix.
Où en sont les négociations, après deux ans et demi?
Au cours de la première année, les négociateurs sont tombés d’accord sur trois des cinq points à résoudre: la question des terres, celle des cultures de drogues et la participation politique des guérilleros à la fin du conflit. Mais depuis, plus rien. Les discussions n’en sont pas moins extrêmement sérieuses. Mais actuellement, la question de la justice reste bloquée. Les dirigeants des FARC ne veulent pas aller en prison. Mais pour le gouvernement, et pour l’opinion publique, une amnistie n’est pas envisageable. D’autant que des centaines de militaires sont en prison et que 22 généraux sont poursuivis pour des crimes liés au conflit armé.
La population soutient-elle le processus?
Dans une certaine mesure. Mais moins en ville, où la baisse de l’intensité du conflit ne se fait pas autant sentir que dans les milieux ruraux. Dans les campagnes, par contre, l’effet de la trêve est indéniable. La semaine dernière mise à part, le niveau de violence actuel est le plus bas depuis trente ans.
(TDG.ch)




