Maroc: Prostitution, un film fait éclater le tabou marocain

 

«Un outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine.» C’est ainsi que le gouvernement islamiste a décidé d’interdire – sans l’avoir visionné – le film «Much Loved», du réalisateur franco-marocain Nabil Ayouch. Les scènes de danses érotiques et le langage cru de quelques ¬extraits diffusés sur le Net ont suffi à enflammer la polémique dans le royaume. Mais avant tout, c’est le thème du long métrage qui dérange.

Présenté en avant-première au Festival de Cannes, le mois passé, «Much Loved» livre le portrait de quatre femmes avec pour toile de fond la prostitution. Le sujet est tabou, alors même que le sexe tarifé est endémique dans les villes et les stations touristiques du Maroc. En 2011, une ONG avait estimé le nombre de travailleuses du sexe à 19’000.

Comme ses actrices, Nabil Ayouch s’est retrouvé la cible de menaces de mort. «Il a une mère, une grand-mère, une sœur et une épouse. Il devrait revenir à Dieu et renoncer à ce travail», a tonné lors d’un meeting le patron d’un parti d’opposition conservateur.

«Je ne comprends pas pourquoi la société n’a pas accepté ce film. Peut-être parce qu’il montre une catégorie de la population qu’elle préfère maintenir cachée?» a demandé une travailleuse du sexe, invitée à témoigner à la radio. «La prostitution est autour de nous. Au lieu de refuser de la voir, il faut essayer de comprendre», a commenté le réalisateur au milieu du tumulte.

(arg/afp)