Les revers de l’armée du président syrien Assad face à l’EI et au Front al-Nosra pourraient le fragiliser dans l’Ouest, région essentielle à la pérennité de son régime. Après la perte de Palmyre, ville aussi symbolique que stratégique tombée le 21 mai aux mains de l’Etat islamique (EI), et celle de la quasi-totalité de la province d’Idlib, le chef de l’Etat semble avoir repositionné ses forces autour de cette zone qui, outre Damas, comprend Homs, Hama et la côte.
Au moins 37 Syriens tués par des barils largués par le régime
Au moins 37 personnes ont été tués mercredi par des barils d’explosifs largués par l’armée gouvernementale dans le nord de la Syrie, a annoncé l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Trois attaques ont visé la province d’Alep et celle d’Idleb (nord-ouest).
Dans la province d’Alep, 18 personnes ont été tuées, dont huit enfants, à Tal Rifaat, quand les hélicoptères ont lancé au moins quatre barils explosifs, rapporte l’ONG basée à Londres et proche de l’opposition au régime de Bachar al-Assad.
A Joub al-Qoubbeh, un quartier contrôlé par les rebelles dans l’est d’Alep, onze civils ont trouvé la mort, dont deux enfants, lorsqu’un baril est tombé sur ce quartier résidentiel. Et dans la province d’Idleb, huit membres d’une même famille ont péri dans une attaque similaire sur la localité de Kafr Sijna.
La pression militaire est, certes, de plus en plus forte, mais les autorités restent convaincues de la capacité des forces gouvernementales et de leurs alliés à conserver les positions les plus essentielles, disent de bons connaisseurs de la situation.
Elles attendraient notamment des renforts en provenance d’Iran, allié le plus proche de la Syrie du président Bachar al-Assad, qui a promis mardi de continuer à le soutenir. Le Hezbollah libanais, également engagé aux côtés des forces gouvernementales, n’a quant à lui jamais été aussi impliqué dans le conflit.
L’armée n’existe plus
M. Assad serait par ailleurs toujours persuadé que la défense de l’Ouest va le réhabiliter aux yeux des chancelleries occidentales en tant que partenaire de la lutte contre l’EI, un calcul qui aurait précipité la prise de Palmyre par les djihadistes.
«L’été va être dur sur le terrain, mais les lignes rouges ne seront pas franchies», dit-on de source informée.
Le régime baasiste, qui semblait déjà sur le point de s’effondrer en 2012, est alors parvenu à résister, mais la situation paraît aujourd’hui plus délicate. L’insurrection ne cesse de se renforcer alors que l’armée, mise à mal par quatre années de conflit, continue à s’affaiblir.
Elle a ainsi perdu l’appui de milices chiites irakiennes, qui, depuis la chute de Mossoul, en juin dernier, retournent combattre dans leur pays. La progression de l’Etat islamique en Irak contraint en outre l’Iran à s’impliquer sur plusieurs fronts.
Mieux organisés et mieux armés que jamais, les insurgés du Nord et du Sud, qui ont probablement reçu une aide matérielle des Etats de la région hostiles au président Assad, prennent depuis deux mois un net ascendant.
«La tendance n’est clairement pas favorable au régime, mais il semble que ses appuis, en particulier l’Iran, soient sur le point d’accroître leur aide pour retourner la situation», estime Noah Bonsey, membre de l’International Crisis Group.
Volontaires irakiens, iraniens et libanais
Selon le journal libanais As Safir, 20’000 volontaires irakiens, iraniens et libanais ont pris position récemment dans la province d’Idlib en vue d’une contre-offensive.
L’inquiétude augmente toutefois dans les zones toujours tenues par les forces gouvernementales, où vit le gros de la population, et le risque de partition de la Syrie a été l’un des thèmes majeurs de la conférence de presse donnée la semaine dernière à Damas par le ministre syrien des affaires étrangères.
Prié d’expliquer pourquoi l’appui de Téhéran et de Moscou n’avait pas mis fin aux revers de l’armée, le ministre a répondu: «L’opinion publique se pose certainement la question».
Selon un diplomate spécialiste du dossier, les autorités syriennes semblent désormais reconnaître qu’elles sont en mauvaise posture. «Il y a un changement dans leur attitude. L’état d’esprit général est sombre», dit-il.
L’idée selon laquelle les forces fidèles à M. Assad ne peuvent être vaincues en raison de leurs moyens aériens n’est selon lui plus d’actualité. L’armée syrienne a, «de fait, cessé d’exister», a, quant à lui, assuré cette semaine le numéro deux forces israéliennes.
(ats)



