Elections en Turquie: L’avenir du parti prokurde demeure flou

 

Après les célébrations vient l’heure de la réflexion. Dimanche soir, le parti prokurde HDP a fait une entrée fracassante dans le parlement turc en remportant 13% des voix. Mais aujourd’hui, le paysage politique demeure flou et le rôle futur de la formation de gauche reste encore à déterminer.

Le HDP, devenu une force politique à part entière sur la scène nationale, a d’ores et déjà balayé l’éventualité d’une coalition avec l’AKP. Le parti islamo-conservateur a remporté ces législatives mais a perdu la majorité au parlement qu’il détenait depuis 2002. Les tractations et pronostics vont donc bon train. Mais pour l’instant, les cartes ne sont pas dans les mains du parti prokurde, rappelle Ahmet Insel, politologue turc. Tous les regards sont tournés vers le président de la République. «C’est très difficile de prévoir ce qui va se produire à court terme. On ne sait pas ce qu’il se passe dans la tête d’Erdogan», explique l’universitaire.

Cependant, le pire scénario pour les Kurdes semble pour l’heure écarté. En effet, dimanche dans la nuit, le leader du parti nationaliste MHP (3e force du pays avec 16,37% des voix) a écarté une éventuelle alliance avec le parti au pouvoir. La formation d’extrême droite ne cache en effet pas son hostilité face aux tentatives de négociation lancées à la fin de 2013 entre Ankara et les séparatistes kurdes du PKK. Son arrivé au pouvoir, en duo avec l’AKP, marquerait ainsi la fin d’un processus de paix déjà bien timoré.

Une autre option – très incertaine pour le moment – serait de voir l’AKP diriger un gouvernement minoritaire. Pour chaque projet de loi, le parti devra alors négocier avec l’opposition. Et dans cette configuration-là, «le HDP aura autant d’influence que le parti d’extrême droite nationaliste pour peser sur les décisions législatives», estime Ahmet Insel.

Un scénario qui donnerait au parti prokurde un vrai poids sur la scène politique mais jugé peu réaliste par Sinan Ülgen. Pour le président du Center for Economics and Foreign Policy, l’une des véritables options qui s’offrent au HDP serait de soutenir, lors du vote de confiance, «une coalition des minorités» entre les kémalistes du CHP (25%) et le MHP.

«Ce serait un gouvernement de courte durée, qui aurait pour but de faire évoluer la législation sur des thèmes importants comme le seuil électoral de 10%, l’indépendance des institutions ou le droit de la presse», imagine Sinan Ülgen. Une optique qui servirait à la fois les intérêts du HDP et maximiserait son influence sur la politique turque.

Une tournure politique que l’AKP et le président turc veulent à tout prix éviter. Pour cela, l’Exécutif envisagerait d’appeler à des élections anticipées si son nouveau gouvernement ne parvenait pas à obtenir la confiance des députés.

Or, la formation prokurde ne serait pas certaine de ressortir renforcée d’un nouveau round électoral, selon les observateurs. D’autant qu’avec un groupe parlementaire, la donne a maintenant bien changé pour le HDP, souligne Sinan Ülgen: «Il y a beaucoup de nouveaux avantages, en termes de visibilité et d’accès aux médias notamment.»

A cela s’ajoutent des aides financières non négligeables: «Proportionnellement à son score, le HDP pourrait toucher l’équivalent de plusieurs dizaines de millions de francs sur les quatre années à venir.» Soit une toute nouvelle façon d’envisager et de faire de la politique pour le parti prokurde.

(TDG)