Pologne: L’ex-rocker fait valser le bipartisme

 

La surprise, c’est lui. L’ex-rock star Pawel Kukiz fait, à 52 ans, une entrée tonitruante sur la scène politique polonaise. Son mouvement citoyen arriverait en tête, avec 24% des intentions de vote, aux législatives de cet automne, à égalité avec le parti conservateur populiste PIS, selon un sondage publié hier. Le 10 mai dernier, au premier tour de la présidentielle, avec 20,8% des suffrages, il s’est hissé, à la surprise générale, à la troisième place de l’élection remportée par le candidat du PIS Andrzej Duda.

Mais qui est donc ce trouble-fête de l’alternance polonaise entre la Plate-forme civique de l’actuel président du Conseil européen, Donald Tusk, et le PIS de Jaroslaw Kaczynski? Après une riche carrière musicale démarrée dans les années 80, couronnée par le succès de son groupe Piersi (neuf albums), cet ancien punk rocker s’est assagi. Il n’incarnait d’ailleurs pas le «bad boy» de l’affiche présidentielle: ce rôle était tenu par Janusz Palikot, fumeur de joints et montreur de sex-toy et arme de poing en conférence de presse. Non, Kukiz est plus sérieux. Il n’a pour l’instant qu’une revendication en guise de programme: faire adopter le mode de scrutin uninominal britannique aux législatives et en finir avec la proportionnelle actuelle.

En soutien à cette réforme électorale, le candidat déroule un discours critique de rejet des grands partis au pouvoir depuis l’élection de Lech Walesa à la présidence de décembre 1990. Si le pays connaît une croissance ininterrompue depuis 1992 et de 3,5% sur la dernière année, les Polonais ont le sentiment que les fruits de la bonne santé économique de leur pays sont mal répartis et que les inégalités s’accroissent.

En promettant aux Polonais d’être mieux entendus, grâce à un scrutin ouvert par circonscription, minorant le rôle des partis, Pawel Kukiz a séduit. Il dispose déjà d’un capital sympathie, construit sur sa notoriété, mais il l’a considérablement fait fructifier en décrochant le soutien du présentateur vedette de la télévision nationale, Kuba Wojewodzki, sorte de Darius Rochebin polonais.

Mais surtout, Pawel Kukiz a su attirer les jeunes, qui constitueraient 40% de son électorat. Ils ont grandi avec le bipartisme qui s’est installé en Pologne après la fin du communisme. Et ils sont las d’entendre les querelles des deux camps, ayant le sentiment de ne pas avoir leur mot à dire.

«Les voix données à Pawel Kukiz montrent que beaucoup d’entre nous veulent transformer l’ordre démocratique en une foule rassemblée à un concert de rock», commentait néanmoins avec acidité Adam Michnik, rédacteur en chef du grand quotidien polonais Gazeta Wyborcza, dans un éditorial titré «Dommage pour la Pologne!» Olivier Bot

(TDG)