Rapport de l’ONU: L’Erythrée est plus que jamais un Etat prison

 

Chaque mois, pas moins de 5000 Erythréens fuient leur pays et le système féroce de répression mis en place par le régime de Issaias Afeworki. C’est le chiffre tiré de l’effarant rapport publié ce lundi à Genève par une commission du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.

Trois experts ont enquêté durant un an sur la base des témoignages de 550 Erythréens vivant à l’étranger. Car le gouvernement de l’un des pays les plus fermés au monde n’autorise pas les enquêteurs de l’ONU à se rendre sur place. Leur rapport de près de 500 pages, publié hier, est accablant. Il fait état de violations systématiques et à grande échelle des droits humains, dont certaines pourraient constituer des crimes contre l’humanité.

L’enquête met en évidence la manière dont le pays, qui a gagné son indépendance en 1991 après trente ans de guerre contre l’Ethiopie, a glissé vers un Etat prison. Il y a la violence psychologique d’abord, entretenue par un système de surveillance de masse de la population, au point que chaque citoyen, pour survivre, devient un délateur au service de l’Etat. Celui qui s’y refuse risque d’être arrêté et torturé. «Les Erythréens vivent dans la peur constante que leur conduite soit surveillée par des agents de l’Etat et que ces informations mènent à leur arrestation, à la torture, à leur disparition», souligne le rapport. Ils n’ont pas tort, car les piliers de ce régime de terreur reposent effectivement sur les détentions arbitraires, les disparitions forcées et même les exécutions extrajudiciaires. Le système d’espionnage de l’Etat dépasse d’ailleurs largement les frontières du pays. A l’étranger, les réfugiés craignent quasi tous de parler, car ils subissent toujours les pressions de l’appareil d’Etat.

L’Erythrée force également chaque année des milliers de jeunes Erythréens, dont certains sont encore mineurs, à entrer dans l’armée ou d’autres services de l’Etat pour une durée illimitée. Les filles n’y échappent pas, et sont bien souvent livrées à l’esclavage sexuel.

La répression est telle que l’exode, bien que très périlleux, s’accélère. En novembre dernier, le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU estimait à 360 000 le nombre de réfugiés érythréens dans le monde. Ils constituent désormais, en termes de nationalité, le deuxième groupe, derrière les Syriens, à tenter la traversée de la Méditerranée sur des embarcations de fortune. On compte quelque 46 000 arrivées en 2014 sur le sol européen.

Pour l’heure, ces réfugiés ne sont pas renvoyés. Mais certains pays d’Europe sont nerveux. Au point de tordre les faits pour permettre un changement de politique? En novembre dernier, un rapport danois arrivait à la conclusion que le service de recrutement illimité au sein de l’armée en Erythrée n’était pas si inacceptable et que les Erythréens attrapés pour avoir fui le pays n’étaient pas si maltraités que cela… Ce rapport, finalement sans conséquences au Danemark, avait suscité l’indignation des ONG.

(TDG)