Cette fois-ci, c’est parti. La campagne présidentielle aux Etats-Unis démarre pour de vrai. La preuve? Ce samedi, la superfavorite des démocrates, Hillary Clinton, tient à New York son premier grand meeting électoral. Puis lundi, le poids lourd républicain Jeb Bush, fils et frère d’anciens présidents, promet de faire à Miami «une grande annonce»… au retour d’une tournée européenne digne d’un chef d’Etat. Enfin, une bonne douzaine d’autres candidats sont déjà entrés dans la course à la Maison-Blanche.
Une course qui pour l’instant semble très déséquilibrée, à en croire les sondages. Ne serait-ce que parce que la plupart des prétendants sont quasi inconnus des électeurs, au contraire d’une Clinton ou d’un Bush. Mais même ces deux-là ne sont pas à égalité: selon une enquête publiée le mois dernier par le New York Times et CBS, seulement 11% des personnes interrogées disaient ne pas en savoir assez pour se faire une opinion sur Hillary, contre 43% dans le cas de Jeb.
C’est un avantage à double tranchant pour celle qui tente à nouveau de devenir la première femme présidente des Etats-Unis. Selon une étude de la Quinnipac University, 60% des personnes interrogées estiment certes que la politicienne a l’étoffe pour diriger le pays, bien plus que tous les autres candidats. Mais en même temps, ils seraient 53% à ne pas la considérer «honnête» ou «digne de confiance».
Mais au fond, qui se cache réellement derrière ce célébrissime prénom: Hillary?
Une républicaine si pieuse
Croyez-le ou non. A 18 ans, une certaine Hillary Rodham fut élue présidente… des «Young Republicans» de Wellesley College, prestigieuse université privée pour femmes. Née à Chicago en 1947 dans une famille de la petite bourgeoisie conservatrice et de confession méthodiste (comme George W. Bush), son père était formateur dans l’US Navy. Adolescente, elle s’est passionnée pour la première campagne présidentielle de Richard Nixon. Jeune adulte, elle a milité pour les candidats républicains à la mairie et au sénat. Avant de glisser résolument vers le camp démocrate.
Mais aujourd’hui encore, la gauche accuse le couple Clinton d’être beaucoup trop au centre – voire à droite – de l’échiquier politique. On leur reproche leur proximité avec les gros bonnets de Wall Street et bien sûr aussi leur enrichissement personnel. Les «années Clinton» à la Maison-Blanche sont restées synonymes d’économie florissante et de dérégulation bancaire.
L’activiste sociale
Dans la biographie officielle de la candidate, on apprend surtout qu’elle fut marquée par la vie douloureuse de sa mère, Dorothy. Maltraitée puis abandonnée par ses parents après leur divorce, confiée à des grands-parents d’une sévérité perverse, elle fugua à 14 ans et travailla comme domestique pour subvenir à ses besoins et ceux de sa sœur. Une histoire souvent racontée par Hillary pour expliquer ses priorités politiques: épauler les familles défavorisées, veiller à la santé et l’éducation des enfants, garantir les droits des femmes…
Elle aime aussi rappeler qu’elle a grandi en écoutant les récits de ses aïeux, immigrés européens fuyant la misère. Un clin d’œil aux Latinos, un électorat en rapide croissance, qui aura apprécié d’entendre la candidate, le 5 mai à Las Vegas, se dire favorable à la régularisation des millions de sans-papiers.
Mais en réalité, le tournant social de la jeune Hillary Rodham s’est largement opéré en 1969, notamment au contact de son pasteur méthodiste. Celui-ci lui a fait rencontrer un confrère baptiste, Martin Luther King, leader du combat pour les droits civiques des noirs américains. Elle qui porte toujours, paraît-il, une Bible dans son sac à main, y a vu une juste cause. Après tout, jadis les méthodistes avaient déjà été parmi les premiers à s’élever contre l’esclavage! Mais en définitive, c’est son opposition à la guerre au Vietnam qui enclencha sa mue.
Femme et ambitieuse
Enfant, Hillary aurait écrit à la NASA pour demander comment devenir astronaute. Réponse: ce n’est pas pour les femmes. Plus tard, tentée par les Marines, on lui fit comprendre que ce n’était pas la place d’une femme pas si jeune et portant des lunettes. Ironiquement, l’an prochain, elle pourrait devenir leur commandant à tous.
Mais revenons à mai 1969: Mlle Rodham est repérée par Life Magazine après s’être illustrée en «démolissant» le discours prononcé à Wellesley par un élu républicain qui soutenait la guerre au Vietnam. Ainsi l’étudiante est déjà une célébrité en entrant à l’Université de Yale, où elle fera la connaissance de son futur époux.
Son diplôme en poche, cette femme pressée vit son nom figurer quelques années plus tard sur la liste des 100 avocats les plus influents des Etats-Unis. Mariée en 1975, elle fit sensation en 1979 en refusant d’être appelée «Mme Bill Clinton» quand celui-ci devint gouverneur de l’Arkansas. La même année, elle fut la première femme à devenir un associé du cabinet d’avocats Rose Law Firm.
First Lady ou coprésidente?
Entre Bill et Hillary, il y aurait un pacte d’égalité et de solidarité. Davantage qu’un couple, c’est un tandem. Une équipe. Lui est extraverti, intuitif, chaleureux. Elle est cérébrale, stratégique, déterminée. Quand Clinton prend la présidence des Etats-Unis en 1993, la première dame installe immédiatement ses bureaux et ceux d’une douzaine de fidèles collaboratrices dans la «West Wing», l’aile exécutive où se trouvent le Bureau ovale et le staff présidentiel. On commence à surnommer «Hillaryland» cette administration parallèle.
Mais surtout, à peine une semaine après l’entrée en fonction de son mari, elle est chargée d’un dossier clé: la réforme de la santé, bientôt surnommée «HillaryCare». Ce sera un fiasco politique, qui l’obligera à se faire plus discrète, œuvrant en coulisses. Ce qui ne l’empêcha pas en 1995 de prononcer un discours retentissant sur les droits des femmes au Sommet de Pékin. Bref, avec Clinton au pouvoir, les Etats-Unis ont eu droit à deux présidents pour le prix d’un.
Trahie et libérée
En 1998, l’affaire Monica Lewinski est un tournant pour Hillary Rodham Clinton. Ce n’est certes pas la première fois qu’elle est confrontée aux infidélités du grand Bill. Et à chaque fois, elle l’a sauvé politiquement en restant à ses côtés. Mais cette fois-ci, son président de mari frôle la destitution pour parjure. Blessée mais debout, garante de l’unité familiale, elle en retirera une formidable cote de popularité. Et surtout, la reconnaissance éternelle de son époux, qui se met immédiatement au service de sa carrière politique à elle. On dit même qu’ils ont ébauché son tout premier projet de candidature alors que son homme se débattait avec la procédure d’«impeachment».
Une sénatrice présidentiable
En 2000, c’est tout simplement sous son prénom, Hillary, qu’elle fait campagne et remporte le siège de sénatrice de l’Etat de New York. Du jamais vu, pour une ancienne First Lady. Parachutée dans la Grande Pomme, elle s’impose dans cette capitale mondiale de la finance, siège des Nations Unies et hub des grands médias étasuniens. C’est aussi un Etat clé pour toute élection présidentielle. Elle a d’ailleurs tenté sa chance pour 2008, échouant aux primaires démocrates face à Barack Obama. Mais tout n’est pas perdu: sa machine électorale est bien rôdée. Avant même de s’être officiellement déclarée à nouveau candidate en avril, elle disposait déjà de 3,6 millions de supporters et sa précampagne avait réuni 14 millions de dollars.
La globe-trotter d’Obama
En 2009, le président Obama la nomme secrétaire d’Etat. La diplomate en chef de la première puissance mondiale est chargée de redorer le blason des Etats-Unis, dont l’image a été ternie sous l’administration Bush, notamment à cause de l’intervention en Irak. Pendant son mandat, la ministre des Affaires étrangères visitera 112 pays – record absolu! – et a donc personnellement rencontré la plupart des dirigeants du monde.
Mamie pour présidente
Le 8 novembre 2016, lors du scrutin présidentiel, Hillary Clinton aura tout juste fêté ses 69 ans. Comment séduire l’électorat jeune? La solution s’appelle Chelsea, sa fille de 35 ans qui est déjà en première ligne de la campagne politique. Mariée avec le financier Marc Mezvinsky, elle permet aussi, par sa seule visibilité, de rassurer à la fois Wall Street et l’électorat juif, très important à New York. Enfin, leur bébé, Charlotte, a fait de la candidate démocrate une gentille grand-maman, adoucissant quelque peu son image de «bête politique», dépeinte comme manipulatrice et obsédée par le secret.
Casseroles à gogo
Tous contre Hillary! Sans surprise, les attaques contre la candidate Clinton se multiplient depuis des mois. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter. Florilège.
Onéreuses conférences. Les tarifs élevés pratiqués par celle qui n’était pas encore candidate ont fait jaser. Ceux qui paient autant en retireront-ils des avantages futurs?
E-mails hors de contrôle. Pourquoi n’a-t-elle pas utilisé la messagerie électronique sécurisée du gouvernement quand elle était secrétaire d’Etat? Avait-elle quelque chose à cacher?
Fondation Clinton. Sa mission est humanitaire, mais parmi les très généreux donateurs figurent notamment des pays du Golfe, dont l’Arabie saoudite. Conflit d’intérêts?
Libye. L’ambassadeur des Etats-Unis est mort en 2012 à Benghazi lors d’une attaque islamiste du consulat. Hillary Clinton l’a-t-elle mis en danger?
Whitewater. Même le scandale immobilier datant de l’époque où Bill Clinton fut gouverneur de l’Arkansas remonte à la surface. Ce n’est pas le dernier.
(24 heures)



