Samos, Lesbos, Kos… Toute l’année, le nom de ces îles grecques fait rêver les Européens: aller au soleil pour manger du poisson et boire de l’ouzo au bord de la mer… Mais à l’approche des vacances, l’image de carte postale est ternie. Car pour d’autres habitants de la planète, ces îles sont désormais la porte d’entrée en Europe. Plus de 48 000 réfugiés, principalement en provenance de Syrie, d’Afghanistan, d’Irak, de Somalie et d’Erythrée, sont arrivés en 2015 sur des embarcations de fortune, selon le HCR (Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés). L’affluence quotidienne en Grèce dépasse désormais celle de l’Italie. Sans véritables structures d’accueil, les habitants des îles, avec l’aide du HCR et de Médecins du monde, font tant bien que mal face à cet afflux: logements improvisés, secours de base (sacs de couchage et kits d’hygiène) pour les nouveaux arrivants, mais aussi attention prioritaire pour les plus vulnérables, tels que les enfants non accompagnés, les handicapés ou les personnes âgées.
Les réfugiés, y compris les familles avec enfants, qui attendent d’être enregistrés avant de partir pour Athènes, n’ont d’autre choix que de dormir dans la rue ou dans des bâtiments abandonnés.
Cette arrivée exponentielle de personnes démunies, en plus du défi humanitaire, menace l’économie de ces îles, déjà bien touchées par la crise. Car les insulaires attendent la saison d’été pour survivre et le risque est grand de voir les touristes se détourner de ces îles. A la fin de mai, un article du quotidien britannique Daily Mail, illustrant la plainte sur ses vacances gâchées d’une touriste anglaise par des photos de migrants dormant sur les bancs ou se lavant dans la rue, a fait beaucoup de bruit. Certains parlent de ne plus revenir en Grèce pour ne pas vivre ce «cauchemar».
Face à cette situation d’urgence, «la Grèce a besoin de plus de solidarité de l’Europe», a souligné Fabrice Leggeri, directeur de Frontex, l’agence en charge des frontières de l’Union européenne, qui va renforcer son dispositif. Pour le gouvernement grec, la réponse à long terme est politique, au niveau européen et pas seulement grec, et en s’attaquant aux causes des départs, comme les guerres et la misère.
Mais l’augmentation des arrivées, de près de 500% en 2015, génère une double crise à régler immédiatement: l’une humanitaire, et l’autre économique. Ceci, afin d’éviter de sombrer dans un conflit entre pauvres et très pauvres, qui opposerait les Grecs fauchés et les touristes européens de la classe moyenne aux réfugiés…
(24 heures)



