La session d’été du Conseil des droits de l’homme démarre sur les chapeaux de roue ce lundi avec un débat hautement sensible sur la question des migrants qui pourrait bien se prolonger jusque tard en fin de journée. A l’origine de cette initiative, les pays de l’Union européenne las de «s’entendre donner des leçons de morale», dixit un diplomate.
S’ils sont en désaccord entre eux sur la question des quotas, les Européens comptent bien faire front commun au sein du Conseil des droits de l’homme pour «remettre les pendules à l’heure». Il y a quelques jours, le haut-commissaire aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a estimé que la gestion de la crise des migrants en Méditerranée par les Européens était centrée de manière «disproportionnée» sur la répression à l’encontre des trafiquants, au détriment du respect des droits des migrants. «L’agenda européen […] est inadapté à l’ampleur de cette crise», ajoutait le Jordanien. Une charge que certains pays européens ont mal digérée. Pour eux, une «clarification» s’impose.
Mise au point acide
Le groupe européen compte lancer le débat au sein du Conseil des droits de l’homme pour également souligner la responsabilité des pays d’origine des migrants dans le phénomène qui conduit des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes à tenter la traversée de la Méditerranée à leurs risques et périls. La mise au point risque tout de même d’être acide. Les initiateurs de ce débat comptent rappeler que les politiques de migrations européennes sont loin de se résumer à un blocus sécuritaire nourri d’égoïsme comme le prétendent les ONG qui ont manifesté dernièrement devant le Parlement européen.
«Qui intervient en mer pour sauver les naufragés? Qui mène des politiques d’intégration des migrants? Qui finance l’aide au développement?» interroge un diplomate européen. Les Etats qui nourrissent les flux de migrants ont toutes les chances de se voir poussés dans les filets et renvoyés à leurs propres responsabilités. «C’est aussi à eux d’avoir des conditions de vie qui ne conduisent pas les gens à s’enfuir»,
expliquent les Européens.
Le récent rapport sur l’Erythrée a montré que le régime «concentrationnaire» avait conduit les gens à s’enfuir. Le président érythréen n’a jamais eu un mot de compassion pour ses ressortissants morts dans des naufrages, relèvent les Européens. Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls à pointer du doigt les problèmes de mauvaise gouvernance.
Récemment, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a déploré le silence des pays africains face au drame de l’émigration clandestine avant de les exhorter à «répondre à la détresse de ces populations». Amsatou Sow Sidibé, ministre conseillère du président sénégalais Macky Sall, a elle-même jugé cette absence de réaction «troublante».
Une réalité glaçante
C’est donc une Europe offensive et droite dans ses bottes qui va pousser le débat sur les migrations ce lundi devant le Conseil des droits de l’homme. Un débat que sous-tendent une réalité et des chiffres glaçants puisque selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), environ 1770 hommes, femmes et enfants sont morts ou disparus en tentant la traversée de la Méditerranée du nord de l’Afrique et du Proche-Orient en 2015.
L’échange a toutes les chances de tourner au dialogue de sourds. Un certain nombre de pays ne vont pas manquer de rappeler que les flux migratoires ont explosé avec les conflits en Libye et en Syrie dans lesquels les Européens ont une part de responsabilité.
(24 heures)



