Armes chimiques: L’armée d’Assad accusée de 31 attaques au chlore

 

Pour le Dr Mohamed Tennari, il n’y a guère plus de doute: l’armée syrienne mène bel et bien des attaques chimiques dans la province d’Idleb. Coordinateur de la Société médicale américano-syrienne (SAMS), il était hier à Washington pour présenter au Congrès des Etats-Unis un dossier accablant, qui documente 31 attaques au chlore entre le 16 mars et le 9 juin. S’appuyant sur des témoignages, des statistiques, des photos et des vidéos, il affirme que dix personnes sont mortes et que 530 autres ont subi des traitements pour avoir respiré les produits s’échappant de barils lâchés depuis des hélicoptères. Des moyens que l’armée de Bachar el-Assad serait la seule à détenir.

«Les personnes atteintes ont des symptômes bien connus qui apparaissent après un empoisonnement chimique: des complications respiratoires, des brûlures aux yeux et des brûlures sur l’épiderme», a confié à RFI le Dr Tennari, dont l’organisation gère 95 infrastructures médicales en Syrie. «Certaines victimes venaient de villages situés assez loin des cibles bombardées, ce qui prouve la volatilité de ces armes chimiques qui se dispersent sur de grandes superficies.»

Arme de destruction psychologique

A Washington, devant la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, il tenait à témoigner de ces attaques nocturnes, au cours desquelles les barils tombent sur les maisons sans exploser, laissant les vapeurs de chlore s’insinuer silencieusement dans tous les recoins, jusque dans les caves où les résidents se sont reclus pour se protéger des bombes conventionnelles.

«Mes contacts en Syrie sont absolument terrifiés par le chlore. Je leur dis que ce n’est pas terriblement toxique, mais ils rétorquent qu’ils peuvent toujours se cacher des bombes et des balles, mais ne peuvent pas se cacher du gaz», raconte au Guardian l’expert en armes chimiques Hamish de Bretton-Gordon. C’est cet impact psychologique dévastateur que rechercherait l’armée syrienne.

L’ONU dénonce. Et après?

Ce n’est pas la première fois que de telles accusations sont formulées. La plus grosse attaque, le 16 mars, sur les localités de Sarmin et Qaminas, a aussi été documentée par l’ONG étasunienne Human Rights Watch. Et le 6 mars, le Conseil de sécurité de l’ONU avait adopté une résolution condamnant l’usage de chlore et menaçant de prendre des mesures de rétorsion… sans préciser lesquelles.

(24 heures)