La Hongrie a annoncé mercredi 17 juin une fermeture de sa frontière avec la Serbie: c’est un nouveau signe de la crise migratoire au lendemain de l’échec des Européens à décider d’une répartition solidaire des réfugiés sur leur territoire. La France va elle créer 10’500 places en faveur des réfugiés.
Budapest a lancé des «travaux préparatoires» pour la construction d’une clôture de quatre mètres de haut sur les 175 km de sa frontière avec la Serbie, a indiqué le ministre des Affaires étrangères, Peter Szijjarto. Il a précisé que ces travaux préparatoires seraient achevés d’ici mercredi 24 juin.
«De tous les pays de l’Union européenne, la Hongrie est celui qui subit la plus forte pression migratoire. Une réponse commune de l’UE à ce défi prend trop de temps et la Hongrie ne peut plus attendre. Elle doit agir», a-t-il déclaré.
De 2000 à 54’000 réfugiés
Opposée à une gestion européenne du dossier, la Hongrie revendique de pouvoir traiter à sa manière les flux migratoires. Le nombre de réfugiés entrant en Hongrie, 2000 pour toute l’année 2012, a bondi s’élevant à 54’000 depuis janvier et faisant de ce pays d’Europe centrale celui de l’UE, après la Suède, qui accueille le plus de réfugiés relativement à sa population.
A défaut de pouvoir refouler purement et simplement les migrants, comme le dirigeant populiste Viktor Orban dit le souhaiter, la Hongrie opte donc pour une clôture. «Cette décision ne contrevient à aucun traité international, d’autres pays ont opté pour la même solution», a souligné Peter Szijjarto, citant la Bulgarie, la Grèce, et l’Espagne pour ses enclaves en Afrique du Nord.
La Serbie, un pays ne faisant pas partie de l’UE, est considérée comme un point de transit majeur sur la route orientale des migrants vers l’Europe. Le premier ministre serbe Aleksandar Vucic s’est déclaré «surpris et choqué» par la décision hongroise.
«Loin d’un accord»
Réunis mardi à Luxembourg, les 28 ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur un dispositif solidaire d’accueil destiné à soulager les pays les plus exposés, alors que 100’000 personnes sont clandestinement entrées dans l’UE depuis le début de l’année, selon l’agence Frontex.
Mercredi, alors qu’il recevait à Berlin son homologue italien Paolo Gentiloni, le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a estimé que l’UE était encore «loin d’un accord» sur la prise en charge des migrants. «Ce sont des débats difficiles que nous conduisons en ce moment», a-t-il déclaré.
«L’Italie et l’Allemagne sont en tout cas de l’avis qu’il faut en venir à une répartition plus équitable (des migrants) en Europe», a poursuivi Frank-Walter Steinmeier alors que Paolo Gentiloni a affirmé que les deux pays apportaient «leur soutien aux propositions de l’UE».
Le pape François s’en mêle
Le pape François a lui mis en cause mercredi tous ceux, gouvernements ou individus, qui «ferment les portes aux migrants». Il a invité les catholiques à «demander pardon à Dieu» en leur nom. Son appel ne vise aucun pays, institution ou personne en particulier, mais intervient dans ce contexte de tensions croissantes dans l’UE.
La France a pour sa part décidé mercredi de mettre en place un dispositif de contrôle renforcé à la frontière italienne, bloquant de fait l’entrée sur son territoire de milliers de clandestins. Paris s’est toutefois dit résolu à créer 10’500 nouvelles places d’hébergement pour demandeurs d’asile et réfugiés, face à l’afflux de migrants. La France a enregistré 65’000 demandes d’asile en 2014.
Faciliter le relogement des réfugiés
Outre un renforcement des capacités d’hébergement, le plan présenté par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve et la ministre du Logement Sylvia Pinel vise également à faciliter le relogement des réfugiés tout en musclant la lutte contre l’immigration irrégulière.
La Lituanie fait aussi un effort. Son gouvernement a décidé le même jour d’accueillir jusqu’à 250 migrants dans le cadre du plan d’aide de l’UE.
Par ailleurs, Frontex, l’agence chargée des frontières extérieures de l’espace Schengen, a lancé mercredi en Sicile son premier poste de coordination, dit «hotspot». Il est conçu pour faire coopérer des organismes européens et internationaux et aider l’Italie à gérer la crise de migrations en Méditerranée. (ats/Newsnet)



