«J’ai entendu une énorme explosion. Les vitres ont tremblé puis il y a eu une odeur acide», explique Myriam, serveuse dans la Brasserie, située à quelque 300 mètres de l’Usine Airs Products, dans la zone industrielle de Saint-Quentin-Fallavier. Les forces de gendarmerie ont cerné le site pour empêcher les journalistes d’approcher. Toutes les minutes des avions survolent l’endroit qui se trouve juste dans l’axe de l’aéroport de Lyon-Saint-Exupery. Vers 13h, visage fermé, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, communique les premiers éléments sur l’attentat qui a fait une victime. Le scénario se précisera tout au long de la journée.
L’auteur présumé Y.S., est l’employé d’une société de transport. Un homme d’une trentaine d’années arrivé dans la région il y a six mois et déjà fiché par le passé pour sa proximité avec la mouvance radicale. Depuis 2008, il n’était plus l’objet d’un ciblage particulier. Comme Mohamed Merah ou encore les frères Kouachi, il s’était fait oublier, sans doute pour pouvoir passer à l’action le jour venu. Le choix de l’Usine Air Products – filiale française du groupe américain éponyme – comme le choix du jour ne doivent sans doute rien au hasard.
Vers 10h, Y.S. force l’entrée et jette sa camionnette contre des bonbonnes de Gaz provoquant aussitôt une violente explosion. Deux employés sont blessés mais par miracle, la chaleur dégagée n’a pas le temps de déclencher une réaction en chaîne sur ce site classé Sevéso, donc très dangereux.
Le terroriste qui semble avoir agi au nom de Daech a soigné sa mise en scène. A leur arrivée, les secours découvrent la tête d’un homme décapité accrochée à une grille. Sur son visage figé, des inscriptions en arabe. La victime âgée de 50 ans est le directeur commercial de la société de transport pour laquelle travaillait le terroriste. A-t-il été exécuté avant ou après l’explosion? Pour l’instant l’ordre dans lequel se sont produits les événements reste encore à préciser. L’opération n’a sans doute pas fonctionné comme prévu. L’auteur de l’attaque qui a peut-être agi avec un complice, un homme qui faisait le guet, a été appréhendé par les sapeurs-pompiers arrivés sur place quelques instants après l’explosion, leur caserne se trouvant à moins d’un kilomètre. Un acte de courage d’ores et déjà salué par François Hollande.
L’arrestation et l’identification du terroriste ont permis aux policiers d’avancer très rapidement. Peu après 14h, les événements se sont précipités. La police judiciaire lyonnaise accompagnée d’une équipe d’intervention a investi le domicile du suspect au rez-de-chaussée d’une résidence tranquille de Saint-Priest dans la banlieue de Lyon. L’épouse de ce dernier est interpellée et l’appartement fouillé de fond en comble. Moins de 20km séparent l’endroit de l’usine Air Products. Les voisins, pour la plupart des musulmans, sont incrédules. «Ses enfants jouaient avec le mien ce matin», explique Aziz qui habitait deux étages au-dessus. Tous ceux qui l’ont croisé parlent d’un homme sans histoire et très discret, père de quatre enfants.
Une adolescente précise qu’il ne lui disait jamais bonjour parce qu’elle était une femme. On se doutait bien qu’il avait une pratique rigoriste de l’islam mais de là penser qu’il pourrait commettre un jour «un acte aussi barbare»… Plusieurs mères de familles laissent éclater leur colère. «Mais ce n’est pas l’islam ça!», tempête Malika. Une autre femme, la tête couverte d’un foulard s’avance et fait part, elle aussi, de sa réprobation. «C’est le mois sacré du ramadan. Cet homme n’a pas seulement commis un crime horrible, il a aussi détruit sa famille. Ce n’est pas un comportement digne d’un bon musulman».
(24 heures)



