Sur les réseaux sociaux, l’ambition fantasmée de conquête du groupe Etat islamique (Daech) s’étend comme une tâche sombre sur la carte du monde. Le drapeau noir flotte sur la moitié de l’Afrique, le proche et Moyen-Orient, l’Inde, le Pakistan, une partie de la Chine et l’Asie centrale, le Caucase, le sud-est de l’Europe et l’Espagne, la Turquie et l’Iran. Cette carte est apparue le 29 juin 2014, en même temps qu’Abou Bakr al-Baghdadi proclamait le califat sur le territoire qu’il contrôle avec ses quelque 50’000 combattants entre l’Irak et la Syrie.
Ce planisphère d’origine inconnue, qui inclut des territoires sans passé islamique, en dit long sur la folie qui s’est emparée des admirateurs de Daech sur la Toile. La réalité de l’implantation de groupes se réclamant de l’Etat islamique inquiète encore plus. Le rythme d’allégeance de mouvements djihadistes, qui combattaient sous leur propre couleur, ou sous celle d’Al-Qaida, s’est accéléré avec les conquêtes territoriales de Daech. L’organisation, essentiellement composée de sunnites irakiens, a rallié à elle les Philippins d’Abou Sayaf comme les Nigérians de Boko Haram, et il y a quelques jours, les factions de l’Emirat du Caucase au Daghestan et en Tchétchénie. Il s’est installé comme chez lui dans le chaos libyen, régnant en maître à Syrte.
«Le carrefour de la mort»
La propagande de l’Etat islamique frappe les esprits et gagne aussi des recrues en Europe. Les jeunes musulmans et convertis d’Europe, partis ou ayant tenté de rejoindre le front des troupes de Daech en Syrie et en Irak, sont autant de potentiels agents dormants à leur retour. Au cœur de son territoire primitif, dans son bastion, celui de la province de Raqqa, Daech vient d’être bousculé militairement par les Unités de protection du peuple kurde (YPG). Daech a aussitôt contre-attaqué par surprise dans la ville symbole de Kobané, à la frontière turque, dont il avait été délogé en janvier. Les combattants présents en Syrie sont aussi entrés vendredi à Hassaké, une des capitales régionales qui était contrôlée par l’armée de Bachar el-Assad. Près de 60’000 habitants ont fui les combats.
Ces islamistes brutaux font régner la terreur dans les régions qu’ils quadrillent. A Tal-Abyad, une ville située à la frontière entre la Syrie et la Turquie, des témoignages des atrocités commises par ces combattants ont été recueillis par la chaîne américaine CNN, après sa prise par les forces kurdes. Un rond-point est décrit par les résidents comme le «carrefour de la mort». C’est là que Daech exécute par balles, coupe des têtes et flagelle ceux qui ne se plient pas aux règles strictes de l’organisation. Tout près un homme a été mis en cage pour trois jours. Sa faute? Il a joué aux cartes.
Beaucoup d’habitants craignent encore de parler. Certains parce qu’ils ont de la famille à Raqqa, la capitale de Daech. Quelques-uns racontent que fumer étant interdit, si vous êtes pris avec un paquet, vous devez payer l’équivalent de 5 francs par cigarette, avant d’être battu.
«Tout est haram (interdit)»
A Mossoul, des vidéos tournées depuis la prise de la ville par Daech et récupérés par la BBC, montrent comment Daech régente la vie quotidienne des habitants. Les femmes sont harcelées par la police islamique pour se couvrir entièrement de noir, mains comprises. D’autres dont la tenue est jugée indécente sont frappées, à moins qu’un parent n’endosse la punition. Les maisons appartenant à des minorités ethniques ou religieuses ont été réquisitionnées, mais restent vides.
Des images montrent des mosquées et des tombeaux détruits à l’explosif. Les imams en place ont été remplacés par des fondamentalistes de l’Etat islamique. «Le vol est puni par l’amputation d’une main. Un homme s’étant rendu coupable d’adultère est jeté du haut d’un immeuble et une femme est lapidée à mort. L’exécution des peines est publique pour terroriser les gens qui sont contraints d’y assister», témoigne Zaid, un habitant de la ville. Un autre explique qu’il a été emmené à la place de son frère recherché et torturé. «Quand mon frère s’est rendu. Ils se sont rendu compte que les accusations étaient fausses, mais ils m’ont quand même gardé en prison», s’exclame Fouad.
Tous disent que la vie quotidienne est totalement bouleversée. Beaucoup ont perdu leur emploi, le carburant est rationné. Les écoles sont fermées et les enfants sont endoctrinés. Chaque salarié doit payer une contribution équivalente à un quart de ce qu’il touche.
«Tout est haram (interdit) pour eux. Même les pique-niques.», glisse Hicham.
(24 heures)



