Merkel et Hollande offrent une autre chance à Tsipras

 

«Equilibre entre solidarité et responsabilité, cela doit être notre ligne de conduite!» Ces mots ont été prononcés lundi soir soir à l’Elysée par François Hollande et Angela Merkel. Lors de leur brève allocution, les deux chefs d’Etat ont livré un discours quasi copier-coller. Au lendemain de la victoire du non au référendum grec, la chancelière allemande et le président de la République ont voulu montrer qu’ils avaient une ligne commune. Réunis lundi soir à Paris afin de préparer un sommet de l’Eurogroupe ce mardi avec les dix-neuf ministres de la zone euro, le couple franco-allemand a voulu faire la démonstration que les tensions de ces derniers jours étaient des incidents sans importance. Et leur message à la Grèce partagé: la porte reste ouverte mais ils attendent d’Alexis Tsipras des propositions. «Car il y a urgence pour la Grèce et urgence pour l’Europe», a glissé François Hollande.

La crise, si elle est financière en Grèce, est tout autant politique en Europe. Et de l’unité du couple franco-allemand dépend sans doute l’unité de l’Europe. Responsable de l’Institut allemand de politique étrangère (DGAP) à Berlin, Claire Demesnay le pense: «L’Allemagne est la porte-parole de l’intransigeance des Etats du Nord alors que la France porte une position, celle de l’allégement de la dette, qui est plus celle du Sud. Le compromis entre la France et l’Allemagne est la clé. Mais le couple franco-allemand devra encore ouvrir à ce compromis la Commission européenne (Exécutif) et la Banque centrale européenne (BCE). Cette fois, nous sommes face à un carré décisionnel», explique cette politologue qui a publié récemment «Que reste-t-il du couple franco-allemand?»

Ces dernières heures, le pari gagné de Syriza en Grèce a mis à l’épreuve l’unité européenne. L’inquiétude est palpable, les dissensions mises en exergue. Ainsi Jean-Dominique Giuliani, directeur de la Fondation Robert Schuman, a posté un commentaire analysant les risques d’une possible contagion des extrêmes. «L’Europe est là pour discuter plutôt que s’affronter, pour tenter de régler les problèmes à l’amiable au lieu de sombrer dans le chaos», écrit-il. Dans la même veine, le conseiller fédéral en charge des Affaires étrangères, Didier Burkhalter, estime que «le message grec est un message d’insécurité».

Tous deux ont perdu

En effet, le coup de tonnerre de ce «non» grec de dimanche a paradoxalement placé l’intransigeance de Merkel comme la médiation de Hollande dans le camp des perdants. «On ne peut pas dire pour autant qu’Alexis Tsipras a gagné, estime Claire Demesnay mais, poursuit-elle, l’objectif de l’Allemagne et de la France était le même: la stabilité de la zone euro et garder la Grèce à l’intérieur. Les deux chefs d’Etat ont défendu des politiques différentes et se sont retrouvés dans des situations similaires: soumis à des pressions et à des contestations de leur parti, de leurs alliés…» En effet de part et d’autre, il y a eu bataille de l’opinion publique et des partis politiques d’opposition reprochant à l’un ce qui fait défaut à l’autre: la fermeté.

Pour le coup, unis dans un destin personnel, tous deux «ont voulu sortir de cette vision binaire. En l’occurrence, ils étaient tous deux perdant-perdant!» estime la politologue française travaillant à Berlin. «En venant à Paris, Angela Merkel se montre de bonne volonté et aussi prête à la facilitation. Elle redonne de l’influence à François Hollande qui s’était isolé la semaine dernière.»

Le premier ministre grec Alexis Tsipras a en effet mis François Hollande dans l’embarras mercredi en appelant les Grecs à voter «non» alors que le Français, conciliateur en coulisses, travaillait pour assouplir la position des autres Etats membres. Ce problème de confiance envers le bouillonnant leader de Syriza est partagé par François Hollande et Angela Merkel.

Pour le coup, la réunion de la chancelière allemande et du président de la République devait aussi montrer que «l’entente entre la France et l’Allemagne reste la méthode qui fonctionne le mieux pour l’Europe. Non seulement, ces deux pays sont historiquement les initiateurs de l’Europe politique, mais ils ont acquis des réflexes, une connaissance l’un de l’autre. Ils travaillent ensemble aussi en dehors de la crise», explique Claire Demesnay. Quelle que soit l’issue de la crise grecque, Paris et Berlin ne se laisseront pas déstabiliser. Message reçu. (24 heures)