En arrivant dimanche en Equateur, le pape François a entrepris un voyage d’une semaine en Amérique latine. Le premier qu’il réalise de son propre chef dans son continent natal, sa visite au Brésil en 2013 ayant été organisée à l’origine pour son prédécesseur Benoît XVI.
Peu après la publication de son encyclique Laudato Si au fort teint écolo, le pape a placé sa tournée, qui le mènera mercredi en Bolivie et vendredi au Paraguay, sous le signe du social. En choisissant trois «petits» pays d’abord, mais surtout en se rendant dans des nations historiquement pauvres et majoritairement peuplées d’Amérindiens.
En posant les pieds à Quito, le souverain pontife a salué «les progrès et le développement en cours» dans la région, qui «garantissent un avenir meilleur pour tous». Mais il a aussi demandé à son hôte, le président Rafael Correa, un chrétien de gauche convaincu, qu’il prête une attention spéciale «aux frères les plus fragiles». Avant d’ajouter: «Les pauvres sont la dette que maintient encore toute l’Amérique latine.»
Comme souvent, le pape argentin a prévu une importante série d’actions hautement symboliques. S’il s’entretiendra avec les présidents des trois pays visités, le souverain pontife a surtout agendé des rencontres avec des représentants de la société civile, des habitants de bidonvilles et même une immersion dans une prison. Une de ses messes en Bolivie sera également traduite en quechua, en aymara et en guarani, les principales langues indigènes de la région.
Pour marquer son engagement, François a aussi demandé à mâcher de la coca. Une plante dont est tirée la cocaïne, mais dont les feuilles sont traditionnellement mastiquées par les populations des pays andins pour leurs vertus médicinales.
Depuis sa nomination au Vatican, l’ancien archevêque de Buenos Aires a soulevé une vague d’enthousiasme en Amérique latine, où vivent près de 40% des catholiques du monde, notamment grâce à ses discours en faveur des pauvres. Des millions de personnes ont prévu d’aller voir le pape argentin lors de sa visite.
Mais son voyage a aussi relancé le débat sur la profondeur de ses actions. «Il n’a pas changé la doctrine de l’Eglise, du moins pas pour l’instant. C’est un pape ouvert, mais c’est un gardien de l’Eglise», affirme ainsi Edgar Leite, professeur d’histoire des religions et membre de l’Académie brésilienne de philosophie, cité par BBC Mundo.
Parmi les principaux reproches adressés à François en Amérique latine figurent ses contradictions face la pédophilie au sein de l’Eglise, mais aussi son opposition au mariage homosexuel ou à l’avortement… alors que des milliers de femmes – surtout pauvres – continuent de mourir chaque année de complications consécutives à des interruptions de grossesse clandestines.
Le pape avait en effet dit il y a deux ans ne pas pouvoir «juger» un «gay qui cherche le Seigneur», laissant entendre un changement d’attitude de la part de celui qui qualifiait en 2010 l’union homosexuelle en Argentine comme une «prétention destructive des plans de Dieu». Mais à la fin de mai, François a laissé dire au numéro 2 du Vatican que l’approbation du mariage gay en Irlande constitue une «défaite pour l’humanité».
Et si le Vatican a annoncé le 10 juin la création d’une instance chargée de juger les évêques qui ont couvert les crimes commis par des prêtres pédophiles, le Saint-Siège a défendu en mars la nomination d’un évêque chilien accusé d’avoir protégé un curé reconnu coupable de viols sur mineurs.
(24 heures)



