Madrid va décrocher les plaques de rues qui rappellent l’époque franquiste. La nouvelle maire de la capitale, Manuela Carmena, a en effet décidé que les artères, jardins et bâtiments publics de la capitale ne porteront plus de noms en hommage à l’époque de la dictature.
Selon les calculs des historiens qui ont passé à la loupe le plan de la ville, quelque 150 lieux devraient ainsi être débaptisés. Il s’agit de la première grande décision annoncée par le Conseil municipal intégré par Podemos, décidé à tourner symboliquement la page.
«Comment accepter que Madrid ait encore une place du Caudillo?» demande Arturo Peinado, responsable de l’association Forum de la mémoire, qui bataille depuis des années pour voir disparaître les vestiges du franquisme.
Le psychiatre favori de Franco
D’autres noms devraient aussi disparaître des plans de Madrid, comme ceux du Général Yagüe ou du général Mola. Ces deux personnages, promoteurs de l’insurrection contre la République qui a déclenché la guerre civile en 1936, sont restés célèbres dans les livres d’histoire pour la brutalité de la répression sur le passage de leurs colonnes durant la guerre civile, entre 1936 et 1939.
Perdront aussi leurs rues José Millan-Astray, responsable de la propagande durant les années les plus sombres de la dictature, ou encore le docteur Vallejo-Najera, psychiatre favori de Franco, connu pour ses théories sur le marxisme comme maladie mentale et sur la «rééducation» des enfants de «rouges» soustraits à leurs familles.
Imaginez une rue «Heil Hitler» !
Pour Arturo Peinado, «l’anomalie, c’est qu’aujourd’hui, quarante ans après la mort de Franco, il y ait encore des rues qui honorent les personnages les plus sinistres de la dictature, ou bien qu’on trouve une place «Arriba España», en hommage au cri de ralliement du franquisme». Et il interroge: «Vous imagineriez une rue «Heil Hitler» à Berlin?»
S’il a fallu tant d’années pour oser changer les noms des rues de Madrid, c’est sans doute à cause du rapport compliqué de l’Espagne avec son passé, explique Emilio Silva, petit-fils de fusillé du franquisme et fondateur de l’Association pour la récupération de la mémoire historique. «Au moment du retour à la démocratie, les partis politiques à gauche comme à droite ont opté pour ne pas demander de comptes, dit-il. Ils ont avancé sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller les fantômes de la guerre. C’était peut-être nécessaire au début des années 80, mais ça ne l’est plus aujourd’hui.»
Il était temps, quarante ans après la mort du général Franco, que le plan de la capitale se mette à l’heure démocratique. (24 heures)



